Paris, 3l juillet 1810.
_Paroles de Napoléon au jeune duc de Berg, fils de Louis Bonaparte,
après l'abdication faite par celui-ci de la couronne de Hollande._
Lorsque Napoléon eut reçu l'abdication de Louis, il fit venir le jeune
prince son neveu, le tint long-temps embrassé et lui parla en ces
termes:
«Venez, mon fils, lui a-t-il dit, je serai votre père, vous n'y perdrez
rien.
La conduite de votre père afflige mon coeur; sa maladie seule peut
l'expliquer. Quand vous serez grand, vous paierez sa dette et la vôtre.
N'oubliez jamais, dans quelque position que vous placent ma politique et
l'intérêt de mon empire, que vos premiers devoirs, même ceux envers les
peuples que je pourrais vous confier, ne viennent qu'après.»
Paris, 15 août 1810.
_Réponse de Napoléon à une députation du corps législatif batave, après
l'abdication du roi Louis._
Messieurs les députés du corps législatif, des armées de terre et de mer
de la Hollande, et Messieurs les députés de ma bonne ville d'Amsterdam,
vous avez été depuis trente ans le jouet de bien des vicissitudes.
Vous perdîtes votre liberté lorsqu'un des grands officiers de votre
république, favorisé par l'Angleterre, fit intervenir les baïonnettes
prussiennes aux délibérations de vos conseils: les constitutions
politiques que vous teniez de vos pères furent déchirées et le furent
pour toujours.
Lors de la première coalition, vous en fîtes partie. Par suite, les
armées françaises conquirent votre pays, fatalité attachée à l'alliance
de l'Angleterre.
Depuis la conquête, vous fûtes gouvernés par une administration
particulière; mais votre république fit partie de l'empire. Vos places
fortes et les principales positions de votre pays restèrent occupées par
mes troupes. Votre administration changea au gré des opinions qui se
succédèrent en France.
Lorsque la providence me fit monter sur le premier trône du monde, je
dus, en fixant à jamais les destinées de la France, régler le sort de
tous les peuples qui faisaient partie de l'empire, faire éprouver à tous
les bienfaits de la stabilité et de l'ordre, et faire disparaître chez
tous les maux de l'anarchie. Je terminai les incertitudes de l'Italie en
plaçant sur ma tête la couronne de fer; je supprimai le gouvernement
qui régissait le Piémont. Je traçai dans mon acte de médiation les
constitutions de la Suisse, et conciliai les circonstances locales de ce
pays, les souvenirs de son histoire, avec la sûreté et les droits de la
couronne impériale.
Je vous donnai un prince de mon sang pour vous gouverner: c'était un
lien naturel qui devait concilier les intérêts de votre administration
et les droits de l'empire. Mes espérances ont été trompées. J'ai, dans
cette circonstance, usé de plus de longanimité que ne comportaient
mon caractère et mes droits. Enfin, je viens de mettre un terme à la
douloureuse incertitude où vous vous trouviez, et de faire cesser une
agonie qui achevait d'anéantir vos forces et vos ressources. Je viens
d'ouvrir à votre industrie le continent. Le jour viendra où vous
porterez mes aigles sur les mers qui ont illustré vos ancêtres. Vous
vous y montrerez alors dignes d'eux et de moi. D'ici là, tous les
changemens qui surviendront sur la face de l'Europe auront pour cause
première le système tyrannique, aveugle et destructif de sa prospérité,
qui a porté le gouvernement anglais à mettre le commerce hors de la loi
commune, en le plaçant sous le régime arbitraire des licences.
Messieurs les députés du corps législatif, des armées de terre et de mer
de la Hollande, et messieurs les députés de ma bonne ville d'Amsterdam,
dites à mes sujets de Hollande que je suis satisfait des sentimens
qu'ils me montrent, que je ne doute pas de leur fidélité; que je compte
que leurs efforts se réuniront aux efforts de tous mes autres sujets,
pour reconquérir les droits maritimes que cinq coalitions successives
fomentées par l'Angleterre, ont fait perdre au continent. Dites-leur
qu'ils peuvent compter, dans toutes les circonstances, sur ma spéciale
protection.
_Réponse de Napoléon à une députation des provinces Illyriennes._
Messieurs les députés de mes provinces Illyriennes, j'agrée vos
sentimens. Je désire connaître les besoins de vos compatriotes et
assurer leur bien-être.
Je mets du prix à vous savoir contens, et je serai heureux d'apprendre
que les plaies de tant de guerres sont cicatrisées, et toutes vos pertes
réparées.
Assurez mes sujets de l'Illyrie de ma protection impériale.
Fontainebleau, 13 novembre 1810.
_Lettre de Sa majesté impériale et royale au président du sénat._
Monsieur le comte Garnier, président du sénat, la satisfaction que nous
fait éprouver l'heureuse grossesse de l'impératrice, notre très-chère et
bien aimée épouse, nous porte à vous écrire cette lettre pour que vous
fassiez part, en notre nom, au sénat de cet événement aussi essentiel
à notre bonheur, qu'à l'intérêt et à la politique de notre empire. La
présente n'étant à autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait, monsieur
le comte Garnier, président du sénat, en sa sainte et digne garde.