«Comme j’entrais à pied, la sentinelle ne me dit rien, ce qui m’évite
une explication avec le gouverneur.
«Je déposai mon sac à l’écurie, et dès le même soir, je courus dans la
ville pour découvrir le consulat de France. Je vis plusieurs mâts de
pavillon: l’obscurité m’empêcha de reconnaître le nôtre. Je n’osais
m’adresser aux musulmans. Je passai à l’écurie une nuit bien agitée...
«Rendu, le lendemain, dans la rue où j’avais vu les mâts de pavillon,
j’aperçus une porte ouverte. Un _chrétien_ était auprès; après avoir
regardé autour de moi, je lui demandai, en anglais, la résidence du
consul britannique: «Vous y êtes,» répondit-il; je voulus entrer; mais
cet homme s’y opposa en me repoussant avec horreur, tant j’étais sale et
défiguré. Je lui demandai la demeure de notre consul: il me répondit
brusquement: _Il est mort._ Mais un Juif qu’il appela m’enseigna la
porte du vice-consul, et d’un air curieux me demanda qui j’étais et ce
que je voulais à un _chrétien_. Sans lui répondre je m’éloignai un
peu... Je retournai, quelques minutes après, à la porte du vice-consul,
et, comme elle était entr’ouverte, j’y entrai: une femme juive appela M.
_Delaporte_ qui me reçut avec empressement, et me fit monter dans un
appartement où je ne pouvais être aperçu de personne... Dans son
transport, il alla jusqu’à m’embrasser et à me serrer dans ses bras,
sans répugnance pour ma personne ni pour les sales lambeaux dont j’étais
couvert. Enfin, je ne saurais trop parler de la réception que me fit cet
homme généreux.»