DES PRIMEURS ET DES FLEURS

A l'occasion du concours général agricole qui vient de se tenir au Grand

Palais, la Compagnie P.-L.-M. nous a présenté, en cet aride mois de

février, un hall fleuri rappelant par l'abondance, la fraîcheur et la

variété des coloris, les plus jolis décors de l'horticulture française

aux expositions de printemps. A côté des roses, des anémones, des

giroflées, des oeillets cueillis dans les jardins de la Méditerranée, les

légumes de Provence ou d'Algérie faisaient ressortir l'or des oranges et

des citrons récoltés à Nice, à Blida, au Maroc, chantant aux Parisiennes

encadrées de fourrures les bienfaits du soleil. Une telle exposition,

irréalisable il y a une vingtaine d'années seulement, apparaît

aujourd'hui comme une chose toute simple. Nous sommes, en effet,

habitués à fleurir nos salons hiver comme été; les fraises embaument nos

tables avant que les marronniers aient achevé leur feuillaison, nous

savourons les petits pois d'Algérie quand ceux de Clamart sont à peine

sortis de terre. Ces résultats, dont le réseau P.-L.-M. a voulu nous

offrir une synthèse amusante, ont, pourtant, nécessité un effort

considérable et un grand esprit de suite.

Les Compagnies du Midi et d'Orléans ont montré un zèle louable; mais la

question a été résolue avec une ampleur exceptionnelle par la Compagnie

P.-L.-M., dont le réseau court sous tous les climats, depuis les plaines

de la Beauce et les hautes vallées alpestres jusqu'aux rives africaines

de la Méditerranée.

Il fallait, avant tout, assurer la rapidité de transport, problème que

rendent particulièrement ardu l'affluence des voyageurs hivernaux, la

longueur du parcours entre la région de Nice et Paris, la nécessité

d'arrêts fréquents pour recueillir les colis amenés sur des points

multiples de la grande artère.

Naguère encore, les fleurs expédiées de Nice étaient remises, dans la

mesure du poids disponible, à certains trains de voyageurs, à

l'exclusion des grands rapides. Devant l'accroissement du trafic, la

Compagnie n'a pas hésité à créer un train spécial, à marche accélérée,

qui ramasse les colis de fleurs dans tous les centres d'expédition

situés entre Nice et Marseille. De cette dernière gare les fourgons sont

acheminés par des trains rapides ou express sur leurs différentes

destinations: Paris; Londres, via Boulogne; la Belgique, la Hollande,

l'Allemagne, via Jeumont et Petit-Croix; la Suisse, via Genève, etc.

[Illustration: Graphiques montrant la progression du trafic des fleurs

et des primeurs, en grande vitesse, sur le réseau P.-L.-M.]

Dans ces conditions, les fleurs cueillies à Nice le matin et expédiées

à une heure du soir parviennent à:

Durée

de transport.

Paris, le lendemain à 10 h. 30 matin. 21 h. 30

Boulogne, 6 h. 30 soir. 29 h. 30

Francfort-sur-Mein, 1 h. 01 soir. 33 h.

Londres, surlendemain 4 h. 30 matin. 39 h. 30

Bruxelles, 5 h. 06 matin. 40 h.

Cologne, 6 h. 58 matin. 40 h. 58

Berlin, 8 h. 06 matin. 42 h.

Pour les fruits et primeurs, l'organisation est plus complexe.

Indépendamment des trains de messagerie habituels, la Compagnie met en

marche, chaque jour, de six à dix trains spéciaux de denrées qui

assurent le transport rapide des fruits et primeurs en provenance de

l'Algérie ou du midi de la France, à destination de Paris, de

l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Suisse. La vitesse moyenne atteint

60 et 65 kilomètres à l'heure sur la majeure partie du parcours, et la

durée totale du trajet Marseille-Paris varie de 22 à 24 heures.

La région d'Avignon et de Barbentane, centre de production le plus

important du réseau, est desservie par trois groupes de trains qui

partent respectivement d'Avignon entre 2 heures et 4 heures de

l'après-midi, entre 7 heures et 9 heures du soir, entre 1 heure et 4

heures du matin. Ces trains arrivent à Paris le lendemain entre 10

heures du matin et 1 heure, entre 3 heures et 5 heures de l'après-midi,

ou le jour même entre 7 heures et 11 heures du soir.

Des services de correspondance rapides, créés par les Compagnies du Nord

et de l'Est et par les chemins de fer allemands permettent aux fruits et

légumes expédiés d'Avignon d'arriver à Londres en 37 heures, à Cologne

en 40 heures, à Berlin en 68 ou 72 heures.

Pour éviter les effets de la chaleur et de la fermentation en cours de

route, le P.-L.-M. a fait construire des wagons spéciaux, largement

aérés, avec caisse et toiture à doubles parois, admis à franchir la

frontière sans transbordement; 2.900 voitures de ce type sont

actuellement en service.

En même temps qu'elle doublait presque la rapidité du transport, la

Compagnie réduisait les tarifs dans des proportions dépassant souvent

60% et dont le tableau ci-dessous fait ressortir l'importance.

[Illustration: _Tableau montrant un exemple des réductions de tarifs

appliqués par le P.-L.-M. au transport en grande vitesse des fruits et

légumes frais. (On a négligé les centimes.)_]

Dans ces conditions, le trafic intérieur, le trafic international et le

trafic franco-algérien devaient suivre une marche ascensionnelle

constante que résument les graphiques ci-dessus. (Les périodes de baisse

correspondent, en général, à des années de mauvaise récolte.)

Enfin, l'administration du P.-L.-M. ne s'est point seulement préoccupée

de diminuer le temps et le prix du transport; elle a encore envisagé la

question de l'emballage qui joue un grand rôle dans le commerce des

fruits et des primeurs. Elle a établi des concours d'emballage dans

toutes les régions desservies par son réseau: à Marseille à Digne, à

Bastia, à Avignon, à Lyon, à Auxerre, à Beaune, à Nice, à Antibes, à

Tunis, à Bizerte, etc. Cette initiative a produit d'excellents

résultats, car les fruits du Midi nous arrivent plus frais et plus beaux

qu'il y a dix ans.

Ils nous arrivent également meilleurs, car la Compagnie a distribué

gratuitement dans nos départements méridionaux et en Corse une quantité

considérable de boutures de vignes, des milliers de plants de fraises,

des semences de tomates et de pommes de terre très appréciées sur

certains marchés: elle a encouragé la production de la prune

«reine-Claude verte» et de la mirabelle, en donnant un grand nombre de

beaux plants de ces deux variétés dans les régions convenant le mieux à

la culture du fruit.

Notons enfin que la Compagnie a institué en Angleterre, en Allemagne, en

Belgique, en Suisse, des représentants et des agents commerciaux

destinés à servir de trait d'union entre la clientèle étrangère et les

producteurs de Provence. Ces agents font connaître à nos cultivateurs

les goûts des acheteurs, et, d'autre part, ils indiquent aux marchands

de Londres ou de Berlin, par exemple, les sources d'approvisionnement.

Il y a là un ensemble d'efforts admirablement raisonné et un esprit

d'initiative qui font le plus grand honneur à la Compagnie P.-L.-M. et

dont profitent également le producteur et le consommateur.

L'Illustration, No. 3653, 1er Mars 1913 · 第 42 / 53 题