M. Paul Thureau-Dangin, l'éminent historien qui, on 1908, avait
remplacé, au secrétariat perpétuel de l'Académie française, le savant
Gaston Boissier, est mort, cette semaine, à Cannes, où, après une
maladie de plusieurs mois, il prolongeait une lente convalescence.
M. Thureau-Dangin était âgé de soixante-seize ans. C'est une belle et
digne figure qui disparaît au milieu du respect attristé de tous ceux
qui l'approchèrent. Son oeuvre, considérable, est celle d'un monarchiste
et d'un catholique. Son érudition, très vaste, était servie par une
sévère méthode et un style précis.
D'abord, il s'était révélé comme publiciste militant. Il avait renoncé à
ses fonctions d'auditeur au Conseil d'État pour faire dans le
_Correspondant_ et le _Français_--qui eut aussi pour collaborateurs Mgr
Dupanloup et, plus tard, Mgr Delagrange--de la politique catholique et
monarchiste libérale. Deux intéressantes études sur la Restauration:
_Royalistes et Républicains_ (1874) et _le Parti libéral sous la
Restauration_ (1876), furent les débuts de sa carrière d'historien. Mais
il se fit définitivement et universellement connaître par sa grande
histoire en sept volumes de _la Monarchie de Juillet_ (1884-1892), d'une
grande richesse d'information, et qui, après avoir valu à son auteur le
grand prix Gobert à l'Académie française, motiva son admission, en 1893,
dans cette compagnie.
En 1897, commença la publication du second très important ouvrage de M.
Thureau-Dangin: _l'Histoire de la Renaissance catholique en Angleterre,
au dix-neuvième siècle_, achevé seulement en 1906, ouvrage qui résume la
pensée dominante des dernières années de ce catholique fervent et auquel
fut ajouté un _Newman_ catholique, recueil, très soigneusement élaboré,
des lettres et des notes de Newman, publiées à Londres par M. Wilfrid
Ward.
La mort de M. Thureau-Dangin a causé à l'Institut une émotion profonde,
et la jeune littérature ne doit pas oublier que c'est à l'initiative de
ce consciencieux et de ce bienveillant qu'est due la création du prix de
10.000 francs réservé aux oeuvres d'un ordre élevé.
«M. Thureau-Dangin, a dit excellemment, dans le _Figaro_, M. André
Beaunier, avait un peu la figure et l'air de ces personnages qui, dans
les anciens tableaux religieux, se tiennent à quelque distance du saint
miraculeux ou patient et l'accompagnent d'une humble ferveur.»
Le portrait que nous reproduisons ci-contre exprime toute la bonté,
toute la clarté douce et la dignité gracieuse du visage disparu.
[Illustration: Guillaume II. Phot. Y. Zelir, comm. par L. Wende.
L'empereur d'Allemagne inspectant ses établissements agricoles, à
Cadinen. LE SEIGLE DE L'EMPEREUR]