PHOTOGRAPHIES SUB-AQUATIQUES

Nos lecteurs n'ont certainement pas oublié les photographies de ce

distingué médecin d'Ipswich, le docteur Francis Ward, qui, passionné

d'histoire naturelle, a imaginé un ingénieux moyen d'enregistrer les

faits et gestes de la gent aquatique. Rappelons simplement qu'il a fait

construire sur sa propriété, profondément entamée par une calanque, une

chambre d'observation séparée de l'eau par une grande glace sans tain.

A l'égard du poisson ou de la créature amphibie qui nage dans la

calanque, cette glace joue le rôle d'une muraille opaque: le nageur,

même en s'approchant jusqu'à la toucher, ne voit rien de ce qui se passe

de l'autre côté de la glace, et n'aperçoit donc pas l'observateur,

plongé _pour lui_ dans les ténèbres. Au contraire, cet observateur

aperçoit si nettement les plus petits poissons qui vont et viennent à

quelques mètres de lui qu'il en oublie parfois l'existence même de cette

glace!

Grâce aux dernières photographies prises par le docteur Ward dans son

laboratoire sous-marin, grâce aussi aux notes que notre savant

collaborateur a bien voulu nous adresser, il nous est possible de

reconstituer certaines phases de l'existence de la truite.

Par exemple, on croyait jusqu'ici que la femelle creusait un trou dans

le gravier, y déposait ses oeufs, et les recouvrait soigneusement en

repoussant le sable avec son museau. Le docteur Ward nous décrit

l'opération d'une tout autre façon.

La truite, couchée sur le flanc, écarte sous elle les grains de gravier

et creuse ainsi une sorte de tranchée où se déposent les oeufs. Elle se

traîne un peu plus loin et répète l'opération; et, tandis qu'elle dépose

une nouvelle quantité d'oeufs dans le prolongement de la tranchée, sa

queue, en s'agitant, ramène le gravier sur le sillon labouré à

l'instant.

C'est à cette époque que les mâles se livrent de terribles combats, dont

les photographies du docteur Ward retracent les principales péripéties.

«J'avais déposé dans mon bassin, nous a-t-il raconté, trois grandes

truites arc-en-ciel, dont une femelle. Un matin, je remarquai que la

surface était très agitée, et, comprenant que les deux mâles se

querellaient, je m'empressai de descendre dans ma chambre d'observation.

Ce fut ainsi que je pus assister à un duel qui dura vingt minutes.

» Les deux truites se poursuivaient en cercle tout autour du bassin, la

plus féroce réussissant parfois à mordre l'autre aux filaments de la

queue. Soudain, celui des deux mâles qui s'était tenu jusqu'alors sur la

défensive se retournait, exaspéré, et s'élançait sur son ennemi, et le

duel s'engageait.

» Après de rapides passes, les deux rivaux se saisissaient mutuellement

par les mâchoires et s'efforçaient de se retourner l'un l'autre sur le

dos. Au bout de deux minutes, l'un faiblissait visiblement, et l'autre

commençait à le secouer, comme un terrier fait d'un rat. Puis, ainsi que

deux boxeurs aux sons du gong, ils se séparaient brusquement, faisaient

quelques tours dans le bassin, comme pour reprendre haleine, et

retournaient au combat avec plus de rage.

» Après plusieurs reprises, le plus fort réussissait à saisir le plus

faible plus profondément entre les mâchoires, et, le secouant avec une

extrême violence, il le retournait sur le dos et commençait à tournoyer

avec lui. Épuisé, il lâchait enfin prise, et le vaincu remontait

lentement à la surface, le ventre en l'air, prêt à exhaler son dernier

soupir, tandis que le vainqueur allait rejoindre la femelle, cause et

objet de ce duel à mort.»

Comme nous l'a fait remarquer l'auteur, dans la première des trois

photographies consacrées à ce combat, les deux images supérieures sont

les réflexions des poissons, reflétés par la surface de l'eau, formant

miroir. Dans la deuxième, les combattants sont si près de la surface

qu'elle est troublée, et n'offre conséquemment qu'une réflexion

imparfaite. Dans la troisième, qui représente la fin du duel, nous

distinguons à l'arrière-plan de petits poissons qui s'enfuient,

épouvantés par l'ardeur des combattants.

Quant aux photographies ci-dessous, qui nous montrent à nouveau les

curieux mouvements des oiseaux plongeurs, déjà traités dans un précédent

article, elles font partie de la documentation d'un livre que le docteur

Francis Ward prépare sur la photographie sous-marine.

L'Illustration, No. 3653, 1er Mars 1913 · 第 21 / 53 题