--Écoutez donc ce que dit M. de Chenehutte, mon cher Delorge, dit-il,
c'est on ne peut plus intéressant... Vous dites donc, monsieur, que
personne ne voudrait plus accepter les invitations de Mme de
Maillefert?...
--Je le dis parce que cela est.
--Et pourquoi?
M. Bizet rapprocha sa chaise, et d'un air à la fois pudique et
mystérieux:
--Parce que, répondit-il, la duchesse est une femme absolument
compromise...
--Pas possible!...
--Demandez à mon oncle! Il vous dira qu'elle mène une telle vie, que
toute sa fortune, qui était énorme, y a passé. Il vous dira qu'on n'en
est plus à compter ses aventures et que tous les ans, ici, elle
s'affiche sans pudeur avec quelque nouveau fat... Ah! c'est du propre!
Quant à ses fêtes, on sait ce qu'elles sont; un homme peut y aller, mais
une femme!...
Si M. de Boursonne jouissait sans vergogne des ridicules de M. Bizet, il
n'en était pas de même de Raymond.
Singulièrement agacé:
--Je ne vois pas, dit-il d'un ton rude, en quoi tout cela atteint
M^[lle] Simone.
M. Savinien Bizet de Chenehutte cligna de l'oeil d'un air qui voulait
être excessivement malin.
--Oh! elle, fit-il, c'est une autre paire de manches.
--Comment cela? interrogea M. de Boursonne.
--Elle est aussi dissimulée que sa mère l'est peu. Ainsi, à en croire
les paysans et les malheureux du pays, c'est la plus pure, la plus
chaste, la meilleure, la plus charitable des créatures...
--Eh mais! c'est une assez bonne réputation, ce me semble.
--Oui, mais ce n'est qu'une réputation... Tenez, raisonnons. Mlle
Simone est-elle forcée de vivre comme elle le fait? Non. Elle n'est pas
plus laide qu'une autre et elle est immensément riche...
--Vous disiez la duchesse ruinée...