A MA FILLEULE GHITA

I

En ce temps-là je n’avais pas encore tout à fait huit ans. Je passais

une bonne partie de mes journées chez mes grands parents Pâquin, qui

occupaient un petit appartement dans la maison d’un chapelier du nom de

Bonnétée. La maison était située dans une des rues commerçantes de

Juvigny, à côté de la salle de spectacle. Le chapelier occupait tout le

rez-de-chaussée. Je vois encore, comme si c’était hier, les deux corps

de logis séparés par une étroite cour où fleurissaient des balsamines et

des capucines, l’escalier blanchi à la chaux, la galerie à pilastres de

bois qui y faisait suite et conduisait à l’appartement de mes grands

parents, situé au premier étage. De cette galerie, à l’époque où la

troupe ambulante donnait ses représentations, j’entendais parfois, de

l’autre côté d’un gros mur mitoyen, les accords d’un violon et les voix

chantantes des acteurs qui répétaient des vaudevilles;--et je me

forgeais toute sorte d’idées étranges au sujet de ce théâtre des grandes

personnes, où les marionnettes que j’avais vues à la foire étaient

remplacées par des acteurs en chair et en os.

Le logis de mes grands parents Pâquin était la simplicité même. On

entrait tout de go dans la cuisine passablement enfumée, et de là dans

une salle à manger très claire, dont les fenêtres donnaient sur la rue.

Cette seconde pièce était tapissée d’un papier gris à personnages,

représentant des épisodes de la retraite de Russie:--grognards

bivouaquant autour d’un feu où cuisait la soupe, grenadiers chargeant à

la baïonnette des Russes au schako recourbé en pointe, longues files de

cavaliers à manteau traversant une rivière glacée.--Rien qu’à regarder

les murs, j’en avais pour des heures de silencieux amusement. Mais ma

grand’mère n’aimait pas les enfants «musards»; elle m’arrachait à ces

paresseuses contemplations en m’invitant d’un ton bref à venir auprès

d’elle lire à voix haute une page de mon livre de lecture, dont elle

suivait les lignes avec une aiguille à tricoter. Je n’allais pas encore

à l’école et mon aïeule était chargée de m’inculquer les premiers

éléments de lecture et d’écriture.

Elle n’avait pas l’humeur commode, ma grand’mère, et quand j’étais

distrait, l’aiguille à tricoter quittait les lignes du livre pour me

cingler lestement les doigts. C’était une petite femme sèche au teint

bilieux, avec un nez camard, et des yeux bleus renfoncés qui dardaient

un regard sévère à travers des lunettes à branches d’acier. Excellente

ménagère, très active, très propre, elle avait l’esprit méthodique et

positif et n’admettait pas les fantaisies, pas plus celles de mon

grand-père que les miennes. N’importe, malgré ses façons un peu

revêches, je passais de bonnes matinées dans la petite salle, en

attendant l’heure du dîner, qui avait lieu invariablement à la cloche de

midi. En hiver surtout, c’était un plaisir de baguenauder dans cette

pièce si intime, près du poêle de faïence qui ronflait doucement, tandis

que deux canaris, du haut de leur cage accrochée au mur, n’en

finissaient pas de gazouiller. Dans le four du poêle, il y avait

toujours quelque bon petit plat qui mijotait; tout en feuilletant un

almanach à images, je respirais voluptueusement le fumet qui s’échappait

de la porte du four et je cherchais à deviner, d’après l’odeur, quelle

était la surprise culinaire réservée pour le repas de midi.

Tout à coup le bruit d’une canne frappant le parquet résonnait au fond

de la galerie avec l’accompagnement d’une voix de basse, chantant faux,

mais sur un ton très joyeux:--Brum! brum! brum!--C’était le grand-père

qui rentrait de sa promenade matinale. Il ouvrait vivement la porte et

apparaissait enveloppé dans son ample manteau marron à agrafe de métal

et à collet de fourrure. Avec lui entrait une bouffée de jeunesse et de

bonne humeur. Il avait alors près de soixante-huit ans, mais il était

resté gaillard et alerte comme à trente. Grand, sec, droit comme un I et

haut sur jambes, il avait encore tous ses cheveux d’un blanc d’argent,

et toutes ses dents saines, solides, bien rangées; avec cela, l’oreille

rouge, le teint fleuri, les yeux gris et rieurs bridés dans des

paupières ridées, un long nez un peu gobeur, de grosses lèvres rosées, à

l’expression gourmande et bienveillante. Il répandait autour de lui une

atmosphère de bonté et d’honnête jovialité. Son cœur était ouvert à tout

venant comme sa bourse; c’était tout l’opposé de ma grand’mère, qui se

montrait très serrée et fort regardante. Ajoutez à cela une franchise et

une rondeur militaires;--il avait été lieutenant de dragons sous le

premier empire, puis sous-inspecteur des forêts à la restauration,--et

vous aurez le portrait de mon grand-père Pâquin.

Quelquefois, les jours de marché, quand le temps était beau et que le

grand-père était rentré de bonne heure, il me criait de la cuisine, sans

quitter sa houppelande:--Allons, drôle, viens faire un tour de

ville!--Il ne me le disait pas deux fois; j’empoignais ma casquette et

mes moufles, et nous nous en allions gaîment tous deux jusqu’à la place

de la mairie, où les maraîchers étalaient en plein air leurs

_charpagnes_ pleines de légumes, et où des paysannes, assises les pieds

sur leur _couvet_ de cuivre jaune, détaillaient des pains de beurre et

des pots de crème fraîche. Toutes ces denrées exhalaient une savoureuse

odeur de village et d’étable qui me faisait plaisir à respirer. En

chemin, nous nous arrêtions aux devantures des charcutiers et des

marchands de comestibles. Mon grand-père, qui était un tantinet sur sa

bouche, étudiait du regard les bonnes choses exposées à l’étalage: les

champignons, les crépinettes truffées, les galantines enveloppées d’un

manchon de gelée transparente, les andouillettes appétissantes et

dodues. Ses narines se dilataient et ses lèvres gourmandes devenaient

humides. Parfois, quand la tentation était trop forte, il me poussait

dans la boutique et nous jetions notre dévolu sur un friand morceau que

le grand-père payait sans marchander. Seulement, redoutant le courroux

de ma grand’mère et se défiant de ma langue d’enfant terrible, avant de

remonter chez nous, il me faisait la leçon au sujet des questions

insidieuses qu’on ne manquerait pas de nous poser, car la maman Pâquin

n’entendait pas raison sur le chapitre des _extras_. Une fois rentrés et

la table servie, mon grand-père, tout en chantonnant, déballait le plat

de supplément et le déposait d’un air distrait sur une assiette.

--Qu’est-ce que c’est? grommelait ma grand’mère en fronçant les

sourcils, encore une gourmandise!

--Une occasion, répondait-il timidement, j’ai eu cela presque pour rien.

--Pour rien! pour rien!... combien?

--Vingt sous.

--Ça, vingt sous?... menteur!

--Demandez plutôt à ce drôle.

Et le drôle était soumis à un interrogatoire en règle, qui tournait

toujours à la confusion des coupables. Alors éclataient des gronderies

et des récriminations qui se prolongeaient pendant tout le dîner et qui

servaient d’expiation à notre gourmandise. Après le dessert, frugalement

composé de poires _tapées_ et de cerises séchées au four, mon

grand-père, allumant sa pipe, allait lire les _feuilles_ au Casino; moi,

je restais en tête-à-tête avec ma grand’mère et une page blanche que je

devais couvrir de _bâtons_. C’était la portion la moins amusante de la

journée. Heureusement ma grand’mère aimait le jeu;--on n’est pas

parfait.--Vers deux heures arrivaient deux ou trois vieilles dames, ses

contemporaines, et on organisait un loto. Je profitais de l’attention

avec laquelle ces enragées joueuses surveillaient leurs cartons et

poussaient des jetons de verre sur les numéros; je me faufilais

adroitement sur la galerie par une porte entre-bâillée, et de là, en

trois sauts, je gagnais la boutique de mon ami le chapelier.

[Illustration: EN CHEMIN NOUS NOUS ARRÊTIONS AUX DEVANTURES DES

CHARCUTIERS.]

J’aimais cette boutique, bien qu’à première vue elle ne parût pas offrir

grand attrait à un enfant. Dans les vitrines à coulisses qui

garnissaient les murs on ne voyait, de la plinthe aux corniches, que des

spécimens de toutes les coiffures d’homme alors en usage: chapeaux de

soie enveloppés dans une coiffe de papier bleu, chapeaux de paille,

feutres gris, casquettes. La clientèle de Bonnétée étant surtout

composée de gens de la campagne, ces dernières dominaient. Il y en avait

de toutes formes et de toutes couleurs: casquettes plates, curvilignes,

à côtes de melon, ornées de ganses et de passe-poils, fourrées de loutre

ou de vulgaire lapin. Au milieu, dans la boiserie, une glace en deux

morceaux reflétait de longues rangées de couvre-chefs. A gauche de la

porte, régnait le comptoir où s’asseyaient la demoiselle de boutique et

Lise, la fille aînée, cousant des coiffes et piquant des visières. A

droite, derrière une muraille de chapeaux étagés sur un châssis à

claire-voie, se dissimulaient le laboratoire où le père Bonnétée donnait

ses coups de fer et le bureau où il tenait ses écritures. C’était

justement dans ce recoin que gisait pour moi le charme de la boutique,

car, derrière le bureau, il y avait un placard vitré plein de livres

dont on me laissait la libre disposition. Tout le _Cabinet des Fées_

reposait pêle-mêle avec la _Bibliothèque bleue_ dans cette modeste

vitrine; je n’avais qu’à puiser.

Perché sur un haut tabouret de paille, les coudes sur le pupitre, le

front dans les mains, je dévorais l’un après l’autre ces affriolants

volumes recouverts d’un papier à marbrures bleues et rouges. Pendant ce

temps les clients entraient et sortaient; le père Bonnétée essayait des

casquettes sur d’étroits fronts d’enfants ou sur des têtes

embroussaillées de paysans. Le bonhomme s’agitait comme un possédé pour

placer sa marchandise à un prix avantageux; les clients marchandaient

sou à sou la coiffure convoitée. Il y avait des discussions orageuses à

propos d’une casquette ou d’un bonnet fourré. Des dialogues passionnés

s’établissaient sur le pas de la porte:

--C’est votre dernier mot, monsieur Bonnétée?

--Je vous jure sur l’honneur que j’y perds.

--Eh bien, coupons la différence en deux.

--Nenni, je n’en rabattrai pas un liard!

--Au revoir donc, à une autre fois, quand vous serez plus raisonnable.

--Jamais!

Les clients détalaient lentement. Le père Bonnétée s’accrochant d’une

main au chambranle de la porte, penchait sa tête pointue et les suivait

de l’œil, puis, quand ils étaient déjà au tournant du _Café de la

Comédie_, il les rappelait, en leur criant d’un ton désolé:

--Allons, prenez-la, c’est donné!...

Tous ces marchandages comiques, entendus machinalement à travers mes

lectures, ne me troublaient guère. J’étais à cent lieues de la boutique

du chapelier; je voyageais dans le royaume de la féerie. Je vivais en

compagnie de _Gracieuse_ et de _Percinet_, de la _Belle Mélusine_ et de

_Riquet à la houppe_. Je m’enfonçais avec Aladin dans ces vergers

mystérieux où chaque fleur était un diamant et chaque fruit, une

émeraude ou une topaze. Je maudissais la méchante _Truitonne_ et je

soupirais avec _Florine_:

Oiseau bleu, couleur du temps,

Vole à moi promptement!

Et de fait, du haut des rayons poudreux, l’_Oiseau bleu_ descendait pour

moi, ailes déployées, et nous nous envolions ensemble vers un pays

enchanté. Les jardins plantés de fleurs qui chantent, les oiseaux doués

de la parole; les fées jeteuses de sorts qui changent un homme en arbre

et une citrouille en carrosse; les géants qui gardent des fontaines

merveilleuses; les princesses exilées qui mènent paître des dindons, et

les fils de roi qui arrivent de la chasse, juste à point pour les

épouser; c’était mon monde à moi, le seul beau et le seul vrai à mon

sens. Avec cette bonne foi et ce respect du livre imprimé qui

caractérisent l’enfant et le paysan, je croyais que tout ce que je

lisais était arrivé. Je connaissais par cœur les moindres volumes de la

vitrine, je vivais familièrement avec les personnages de Perrault et de

la comtesse d’Aulnoy. Ils avaient pris dans mon imagination une telle

intensité de vie que j’en étais comme halluciné, et j’aurais rencontré

au détour d’une rue la fée Réséda ou la marraine de Cendrillon que la

chose m’eût semblé des plus naturelles. J’avais la mémoire pleine de

leurs propos et de leurs gestes; je voyais devant mes yeux reluire les

robes couleur de lune et couleur de soleil de Peau d’âne.

Un jour, comme je levais le nez de dessus mon livre, je vis tout à coup

à travers le châssis un chatoîment d’étoffes éblouissantes sur le chêne

ciré du comptoir. Il y en avait de jaunes d’or, de vert-pomme, de lilas

et de mordorées. Au milieu de l’obscur magasin c’était comme une fête de

couleurs. Lise et la demoiselle de boutique maniaient doucement ces

étoffes soyeuses et les faisaient miroiter à la lumière; puis elles en

garnissaient des chaperons, des toques et des bonnets pointus,

agrémentés de plumes et de dorloteries. Quel client princier avait pu

commander ces mirifiques coiffures au père Bonnétée? Est-ce que les gens

du pays des fées, sachant le goût du chapelier pour leur histoire, lui

avaient soudain donné leur pratique? Je me décidai à descendre de mon

tabouret et à questionner les demoiselles du comptoir, qui

m’expliquèrent la raison de ce luxueux étalage de taffetas et de

paillon.

Une troupe ambulante jouant la pantomime venait de débarquer à Juvigny.

Elle devait donner au théâtre sa première représentation le dimanche

suivant, et le directeur avait commandé au chapelier le plus voisin une

série de coiffures destinées aux figurants. Or savez-vous quelle était

cette attrayante pièce de début? Rien que le titre me remua des pieds à

la tête, quand je lus le jour même, imprimé en lettres grandes comme la

main, sur l’affiche rouge collée au mur du théâtre: «_La Belle au bois

dormant_, ballet-féerie en sept tableaux, avec changements à vue et

costumes entièrement neufs.»--Dans l’après-midi, tandis que j’errais sur

notre galerie, collant mon oreille au mur mitoyen, je distinguai les

sons d’une lointaine musique aérienne, toute différente des flons-flons

de vaudevilles que j’avais entendus jusqu’alors, et cela acheva de me

mettre martel en tête. Le lendemain matin, je manœuvrai de façon à

sortir avec mon grand-père, je l’entraînai devant l’affiche rouge, et je

n’eus de repos qu’après lui avoir arraché la promesse de m’emmener au

spectacle du dimanche.

Le plus difficile fut de faire ratifier cette promesse par ma

grand’mère. Outre son horreur pour les dépenses de luxe, sa sévérité lui

suggérait de nombreuses objections:--on ne devait pas donner sitôt aux

enfants le goût des plaisirs; c’était malsain de veiller; cela me ferait

travailler l’imagination, etc.--Il fallut batailler fort et ferme. Nous

l’emportâmes cependant, et on décida qu’après le spectacle je

reviendrais coucher chez mes grands parents.--Comme vous le pensez, la

journée du dimanche me parut d’une longueur démesurée; enfin le soir

arriva, mon grand-père agrafa son manteau et nous partîmes pour le

théâtre.

La petite salle modestement tapissée d’un papier vert d’eau, avec ses

deux galeries et son étroit parterre, me parut magnifique.

J’écarquillais les yeux pour admirer le lustre qui descendait lentement

du haut des frises et dont les lampistes allumaient un à un les

quinquets fumeux. Je regardais les deux uniques loges, à l’avant-scène:

celle du maire et celle du préfet;--les bancs de l’orchestre où de vieux

amateurs accordaient leurs instruments;--et surtout le grand rideau

rouge masquant la scène et d’où, de temps à autre, par deux trous

pratiqués à hauteur d’appui, des doigts mystérieux s’agitaient

curieusement.--La salle s’emplit peu à peu et devint tumultueuse; le

chef d’orchestre attaqua l’ouverture. Mon cœur battait violemment. Trois

coups résonnèrent sur le théâtre et le rideau se leva.

Je ne vous dirai pas mon éblouissement et mes transports à la vue des

seigneurs et des pages en costumes chatoyants qui peuplaient la scène.

Aux sons d’une musique douce, en sourdine, les fées arrivaient sur des

chars vaporeux. Elles descendaient d’un nuage, aigrette au front,

baguette en main, pirouettaient et faisaient chacune un don à la jeune

princesse. Des cuivres éclataient en accords menaçants: la vieille fée

qu’on avait oubliée apparaissait et prédisait en branlant sa tête

rechignée que la princesse mourrait en se perçant la main d’un fuseau.

Au tintement d’un timbre invisible, le décor changeait et l’on était

transporté dans le galetas d’une fileuse, où la prédiction de la

méchante fée devait s’accomplir.

J’avais le cou tendu vers la scène. Tout ce qui s’y passait constituait

pour moi la réalité; le reste n’existait plus ou ne me semblait qu’un

accessoire désagréable. Les entr’actes m’étaient insupportables et je ne

commençais à vivre que lorsque le rideau se relevait. Mon enivrement fut

au paroxysme quand l’enchantement de la fée Azur commença, et qu’une

fois la princesse évanouie sur son lit à colonnes, toute la cour fut

soudain engourdie.--Les pages accoudés aux portes, les suisses appuyés

sur leur hallebarde, les files de marmitons apportant des plats,--tout

ce monde, sur un coup de baguette, se figea dans le sommeil. Puis le

silence se fit sur le palais endormi, les arbres grandirent tout autour,

le lierre s’étendit sur les fenêtres, jusqu’au moment où le fils du roi

arriva, beau comme le jour, resplendissant dans son costume de velours

pailleté d’acier. Il traversa lentement la scène assoupie, s’agenouilla

au chevet de la belle princesse qui se réveilla et sourit; et

immédiatement les pages s’étirèrent, les hallebardiers firent résonner

leurs piques, les marmitons reprirent leur course affairée; les dames

commencèrent à marcher, à se congratuler et à danser des sarabandes. Un

ballet succéda à la pantomime, avec des trémoussements, des

jetés-battus, des frissonnements de jupes de gaze tournoyantes... Le

rideau était tombé, et je ne bougeais pas, espérant qu’il se relèverait

encore sur un nouveau tableau. Il fallut que mon grand-père m’arrachât

de dessus ma banquette et m’entraînât dehors. Au logis, nous trouvâmes

ma grand’mère, qui nous attendait en tricotant et en bougonnant. Tout

échauffé encore, je voulais lui raconter les merveilles de la

représentation, mais elle ne m’en laissa pas le temps. En un tour de

main, je fus déshabillé et couché dans le lit de la _chambre d’amis_. Je

m’assoupis difficilement; il me semblait toujours être en pleine féerie.

A un certain moment, je me réveillai en sursaut, j’entendis le tintement

grave d’un timbre et j’ouvris les yeux dans l’obscurité, croyant

assister à un nouveau changement de décor... Mais ce n’était que la

sonnerie de la pendule d’albâtre, et je me rendormis du profond sommeil

des enfants.

Les enchantements de la forêt · 第 3 / 32 题