UNE CHOSE EST NÉCESSAIRE

L’AMI.--Mais, en tout cela, il n’y a d’essentiel que la vie et la

puissance. Les mots pour en parler, les formules pour enfermer ces

expériences, sont riches et variées. Leur office est de traduire,

faiblement et de loin, l’intraduisible, d’exprimer, en bégayant,

l’ineffable. Leur attitude vraie est l’entière humilité, je dirais

presque l’effacement. Elles ne sont jamais plus efficaces que

lorsqu’elles demeurent à tout moment prêtes à se retirer devant la

grandeur de ce qu’elles essaient de faire pressentir.

Si la parole, la doctrine, la croyance se substituent à la foi vivante,

elles sont usurpatrices.

Regardez vivre et enseigner le Christ. Jamais il n’a _endoctriné_

personne: il embrasait les cœurs par son contact. Son Évangile n’est pas

un corps de doctrines qu’il impose et dont il confie la garde à des

scribes jaloux d’exactitude littérale. C’est une force de tendresse, de

lumière, de courage, de joie, de paix. C’est de la vie infinie et

divine, palpitant dans la poitrine d’un homme, vibrant dans sa voix,

brillant dans son regard. L’âme, déconcertée par les étrangetés et les

contradictions du monde, se sent envahie comme par un souffle de la

patrie. Les yeux s’ouvrent, le cœur se dilate, l’espérance renaît. Les

vieilles souillures et les vieilles méchancetés cèdent sous cette

influence, comme la glace fond au rayon de juin. L’auditeur même d’un

seul jour, sentant passer dans l’air une vertu libératrice, se dit:

«Dieu a visité son peuple. Ceux qui étaient assis dans l’ombre de la

mort ont vu une grande lumière.»

L'ami · 第 142 / 158 题