L’AMI.--Au sanctuaire de l’âme, prépare le royaume des cieux! Mets en
honneur ce qui sur terre est à la peine! Environne de beauté ce que la
vie courbe et flétrit! Libère les opprimés; à l’exilé donne une patrie,
un foyer au déshérité, un compagnon au solitaire! Pose la couronne sur
la tête des vaincus; répare les injustices, comble les distances!
C’est en nous que commence la victoire sur le monde, si d’abord nous
avons en nous lavé, effacé la vieille tache d’iniquité, rejeté la haine,
voulu le bien de toute la force de nos résolutions, accepté le
sacrifice. Ne fais pas baisser pavillon à l’idéal, devant les
démonstrations d’une réalité grossière! En haut ton cœur, mon fils!
Lorsqu’en dehors le fait brutal triomphe, que la sottise ou la
méchanceté s’étalent, unies à la force, et reçoivent l’hommage qui va au
succès, le moment est venu d’offrir à l’idéal un hommage intérieur.
Fais-lui fête, pavoise, illumine! Ne l’aime pas à moitié, avec mollesse
et regret, comme une chose impossible et d’avance condamnée! Aime-le de
toute ta foi! Marche à sa clarté! Et la nuit même, autour de toi,
deviendra le jour.
Il faut que l’œuf soit couvé, pour éclore. Aimé, réchauffé dans nos
cœurs, l’avenir plus beau, lentement prend figure. Un jour, la coque
pesante, la prison où le retiennent ses ennemis coalisés, se rompt sous
la poussée vivante, et l’idéal déploie ses ailes en pleine réalité.