L’AMI.--Celui qui mène Orion comme un troupeau a mis pour limite à sa
puissance la liberté d’une âme. Il n’en violente aucune, même dans
l’intérêt du salut. Pour toucher un misérable qui se souille et s’égare,
il se fait petit, presque suppliant. Quelle leçon donnée à l’homme
toujours enclin à imposer sa volonté; aux justes regardant les pécheurs
du haut de leur justice! Nous sommes trop grands devant les petits,
c’est le meilleur signe de notre médiocrité morale. Dominer, régenter,
diriger, contraindre, voilà notre méthode à nous! Les résultats sont
déplorables: soumission feinte, adhésions superficielles, indifférence,
révolte.
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Peser sur les consciences, est de pratique courante. Chacun fait
intervenir les mobiles qui lui paraissent qualifiés pour provoquer une
détermination. Les parents pèsent sur leurs enfants. Ils remplacent la
juste autorité par l’abus de leur privilège d’aînesse. Ils déforment le
caractère et la volonté de leur propre chair.
Les Églises font de même. Partout l’âme est sacrifiée à l’alignement.
L’Écriture a dit: «Tu ne passeras pas le rasoir sur la tête de mes
prophètes!» Ce sont ces têtes-là qu’on rase le plus. Bien mieux: on les
supprime.
Ne contraignons personne, n’endoctrinons personne! C’est un abus immoral
de peser sur les esprits. Faisons de la lumière, simplement! Éclairons
la vie par cette clarté que propage l’amour vrai! Ainsi notre influence
sera libératrice, vivifiante, créatrice d’activité nouvelle et de
conviction personnelle. Nous n’éteindrons pas l’esprit. Nous enfanterons
des âmes à la vie supérieure, au lieu de transformer quelques semblables
en automates, et quelques germes d’âmes en momies.