Que dire aux écrasés, à ceux qui n’ont plus rien à attendre, que la mort
détruit, s’ils ne savent ni espérer, ni prier, ni croire?
L’AMI.--Aime-les et tais-toi! Dans l’amour, toutes les questions sont
résolues. Le silence de l’amour vrai, contient tout l’infini des
révélations. Toute parole comparée à lui n’est qu’un effort inégal au
but. Tais-toi! Si tu parlais, tu dirais ce qu’on ne comprend pas, tu
ajouterais une misère au fardeau des misères. Tu n’expliquerais rien et
ne prouverais rien à cet être dans la fournaise, incapable de t’écouter,
et tu le quitterais, l’ayant plongé dans la nuit plus avant. Tu le
quitterais, pensant peut-être que tu as dit de bonnes choses et content
de toi-même, ô ironie! A ceux qui se débattent aux griffes du malheur,
offrir une formule est cruel. Et parfois il ne leur est prouvé par là
qu’une chose, c’est que nous restons sur le rivage, tandis qu’ils sont
dans les flots.
Tais-toi! Le silence est dans ce monde une grandeur inconnue. Il règne
volontiers aux abords du royaume de paix. C’est un des messagers qui
environnent l’Esprit. Quand le silence se fait, grand, sacré, sois sûr
que Dieu n’est pas loin. Tais-toi!
Mais aime-les bien, ceux qui souffrent! Prends sur toi leur fardeau,
entre dans la fournaise, souffre avec eux. Et dans ce saint silence,
actif et dévoué, tu briseras la chape étouffante où le malheur isole et
enferme ses victimes. Ils te sentiront près d’eux, dans le désert
d’angoisse qu’ils traversent. Près de quelqu’un qui vous aime, on n’est
pas loin de Dieu. S’ils ne le connaissent pas, ils en sentiront
l’immense douceur, innommée, passer comme un souffle des cieux sur leur
front enfiévré.
* * * * *
L’AMI.--Couche les morts dans Ses bras, quelque terrible que soit leur
fin!