VASE ET POTIER

--«Le vase dira-t-il au potier: Pourquoi m’as-tu fait ainsi?» (Ésaïe.)

L’AMI.--L’esprit de contestation est un des plus stériles parmi les

stériles. Mais nous empêcher de parler, qui le pourra? Lorsqu’on

souffre, on a le droit de se plaindre, voire même de crier tout haut. Le

silence même se transforme en cri. Quand elle ne peut plus ni implorer,

ni crier, alors la douleur est vraiment éloquente. Ne te prive pas, vase

infirme, de dire à ton créateur tout ce que tu ressens! Sois d’une

sincérité limpide! Ne te trouve pas beau si tu es laid, heureux si tu es

misérable! N’approuve pas, pour plaire à plus grand que toi, ce que ta

conscience réprouve! Fais à ton Père l’honneur de ne pas le confondre

avec ce riche dont parle le vieux Sirach: «Le riche commet des

injustices et y ajoute l’impudence, le pauvre souffre et doit encore

remercier.» Dis-lui ta peine. Dis-lui: _Regarde comme je suis

fait!_--Ton avis, plus que tu ne saurais penser, est partagé. Que toute

infirmité soit guérie; que les aveugles voient, que les sourds

entendent, que les prisonniers soient libérés, que les méchants

deviennent justes, et que les morts vivent! Voilà le dessein caché qui

s’élabore sous le mystère de notre vie. Si pauvre soit le vase, si

magnifique le Potier, ils doivent être d’accord, non pour le maintien du

_statu quo_, mais dans le _souci du mieux_.

L'ami · 第 40 / 158 题