[Illustration: Phot. Paul Boyer. Mme JULIA BARTET, chevalière de la
Légion d'honneur.]
Mme Bartet, doyenne de la Comédie-Française, vient d'être nommée
«chevalière» de la Légion d'honneur. L'éminente artiste appartient à la
Maison de Molière depuis vingt-cinq ans; elle y compte à peu près une
égale durée de sociétariat et, en y accomplissant la plus brillante
partie d'une carrière dramatique de plus de trente ans, elle en est
devenue incontestablement une des gloires.
Si tous ceux qui l'ont admirée et applaudie avaient eu à trancher par
voie de référendum la question: «Mme Bartet mérite-t-elle la croix?» le
résultat du vote n'eût pas été douteux, étant donné que la
toute-puissance du talent n'est point seulement du côté de la barbe et
qu'aujourd'hui, dans les arts comme dans la littérature, la suprême
distinction honorifique a cessé d'être un privilège exclusivement
masculin. Or, le public n'eut pas voix au chapitre; l'affaire
ressortissait au gouvernement et à la grande Chancellerie et, pour ces
deux hautes autorités, soucieuses du formalisme, la question
préjudicielle se posait ainsi: «Pouvait-on décorer Mme Bartet?» Pourquoi
pas? Il y avait deux précédents: l'un récent, celui de Mme Adelina
Patti; l'autre datant d'une dizaine d'années, celui de Mme Marie
Laurent. Mais, objectait-on, la célèbre cantatrice a, suivant des
conventions admises, bénéficié de sa qualité d'étrangère et la populaire
actrice reçut le ruban rouge comme fondatrice de l'Orphelinat des arts,
tandis que, s'agissant simplement d'une grande comédienne, le cas était
grave. Fort heureusement ces chinoiseries n'ont pas prévalu; on a opté
pour la solution la plus juste et la plus élégante. Voilà comment Mme
Bartet a la fortune, que sa modestie avérée n'ambitionnait probablement
pas, d'être la première artiste femme décorée au seul titre de
comédienne et de voir son nom attaché à une petite révolution de
palais--et de théâtre.
[Illustration: 1. Sur la plage: un sauveteur et un groupe de naufragés
près de la pirogue qui les a transbordés (au fond, le _Chodoc_
échoué).--2. Les préparatifs d'un campement provisoire. 3. La promenade
des passagères à travers le camp improvisé, pendant l'installation des
tentes--4. Devant le photographe... en attendant le
rapatriement.--ROBINSONS MODERNES: LES PASSAGERS DU "CHODOC", NAUFRAGÉS
SUR LA COTE DES SOMALIS, A LA POINTE EXTRÊME-ORIENTALE DE L'AFRIQUE (CAP
GUARDAFUI). _Photographies instantanées communiquées par un des
naufragés._]
En mentionnant (nº du 29 juillet) l'échouement, dans les parages du cap
Guardafui, du _Chodoc,_ paquebot de la Compagnie des Chargeurs-Réunis,
venant d'Extrême-Orient, nous avons dit le concours précieux, sinon
désintéressé, apporté par les indigènes de la côte au sauvetage des
passagers.
Débarqués sur le rivage, les naufragés, au nombre d'environ six cents,
durent, bon gré mal gré, rester là jusqu'au dénouement problématique de
leur fâcheuse aventure. Ils installèrent donc un campement dont les
intéressants documents photographiques reproduits ici montrent l'aspect,
d'autant plus pittoresque et curieux que l'on comptait cent cinquante
femmes et enfants parmi les hôtes accidentels des Somalis. Ceux-ci,
d'ailleurs, profitant d'une rare aubaine, ne pratiquèrent nullement
l'hospitalité à l'écossaise: non contents de vendre aux voyageurs
jusqu'à l'eau potable, ils ne se firent pas faute de les alléger de
leurs bagages.
Aussi, pendant un jour et demi d'attente, les victimes de cette
robinsonnade forcée, les yeux anxieusement fixés vers l'horizon,
multiplièrent-elles les signaux de détresse. On juge avec quelle joie
elles saluèrent l'apparition du bateau sauveur, le vapeur russe
_Smolensk_, quel empressement elles quittèrent une plage n'ayant rien
des commodités ni des agréments des plages mondaines désignées d'autre
part.
[Illustration: Prince Dolgoroukof. Comte Heyden. LE CONGRÈS DE MOSCOU
(19-21 juillet).--Une des séances de l'assemblée générale des
représentants des zemstvos, présidée par le comte Heyden, chez le prince
Paul Dolgoroukof.]
[Illustration: APRÈS LE CONGRÈS (22 juillet).--Séance supplémentaire
chez M. Novosiltsef pour la formation d'un parti
constitutionnaliste-démocratique.--_Photographies Smirnoff._]