A Saint-Jean-de-Luz, le 20 octobre 1659[532].
Je reconnais bien qu'à moins que les Anges[533] vous eussent inspiré de
m'écrire une lettre si obligeante que celle que je viens de recevoir
du 7 du courant, il vous (eût) été impossible de la fermer avec des
termes si tendres et si avantageux pour moi qui ne désire autre chose,
avec plus de passion, que d'être toujours assuré de l'honneur de votre
amitié. Je vous déclare encore une fois que rien n'est capable de m'en
faire douter, quelque chose qui puisse arriver; mais je vous avoue, à
même temps, que vous me combleriez d'obligations si vous aviez la bonté
un jour de vouloir apporter quelque remède à ce que vous savez, qui
me fait de la peine et qui me la fera toute ma vie. Je vous conjure
de vous souvenir de ce qu'il a plu de me faire espérer sur ce sujet,
et qu'assurément la passion et la fidélité que j'ai pour vous et
pour la moindre de vos satisfactions mérite bien que vous songiez un
petit à guérir la maladie qui, sans votre assistance, sera incurable.
Vous en avez eu, depuis peu de jours, une belle occasion, ayant vu
plusieurs lettres de la cour qui portaient que la personne dont il est
question[534] vous avait bien fâchée par des emportements qui étaient
fort contre le respect que tout le monde vous doit, et pour une affaire
dont il n'y a qui que ce soit qui ne la condamne, outre que l'ouverture
de la cassette[535] sera de grand préjudice puisqu'il sera public ce
que du Bosc y avait laissé pour servir le _Confident_ en ce que vous
savez. Je vous réplique que tout le monde témoigne d'être scandalisé du
procédé de ladite personne, et, chacun sachant qu'elle ne m'aime pas
et que vous avez la bonté de souffrir la hauteur avec laquelle elle se
conduit avec sa propre maîtresse, tous tirent une conséquence qu'elle a
tout pouvoir avec vous. Je vous demande pardon de ce que je prends la
liberté de vous écrire sur cette matière puisque cela ne procède que de
l'amitié et de la confiance que j'ai aux Anges qui seront toujours (les
maîtres)[536] d'en user en cela et en tout ce qui me regardera comme
ils voudront, sans que je change jusqu'à la mort d'être ce que je dois.
En quoi vous ne m'avez pas beaucoup d'obligation puisque, quand même je
le voudrais, il me serait impossible de l'exécuter; mais j'ai grande
joie de savoir que je ne le pourrai et je ne le voudrai jamais.