Lorsqu'un funeste accident priva tout à coup vos parents et tous ceux
qui vous aiment du plaisir d'entendre vos spirituelles causeries,
Sainte-Beuve m'écrivait: «Pourquoi faut-il qu'elle soit frappée là d'où
vient le charme?» Quelle joie n'eut pas éprouvée cet esprit curieux
et délicat entre tous s'il lui eut été donné, comme à moi, de lire
vos lettres si pleines d'esprit et de cœur, de grâce et d'élégance,
de finesse et de goût, d'imagination et de saillies, ces lettres
d'un style si ferme et si pur, d'une couleur si vraie. Bien loin de
contredire ce que je pense de ces merveilles, il les eut saluées comme
une découverte, comme une révélation nouvelle du style épistolaire au
XIXe siècle, et, un peu malgré vous et les vôtres, de cette main vive,
alerte et légère, qui excellait à fixer les formes et les nuances
les plus fugitives, il vous eut saisie au vol, et se fut empressé
de suspendre votre portrait dans sa galerie de femmes, le plus près
possible de Mmes de Sévigné, de La Fayette, de Staal de Launay. Comme
il eut aimé à vous présenter à ses lecteurs d'élite! Malheureusement le
grand maître n'est plus. Qui jamais le remplacera? Qui retrouvera sa
plume et son pinceau?
Permettez-moi, chère amie, à moi son indigne élève, mais son fervent
admirateur, ainsi que le vôtre, d'inscrire votre nom en tête de cette
Dédicace. A vrai dire, le livre que je vous offre est moins un livre
qu'une mosaïque, mais une mosaïque composée de fragments du grand
siècle. C'est à ce titre surtout qu'il me semble digne de vous être
offert. Puissiez-vous être aussi indulgente pour le cadre que vous
l'êtes depuis longtemps pour celui qui l'a dessiné et sculpté tant bien
que mal.
A vous de tout cœur,
R. C.
Paris, ce 26 septembre 1880.