Les samedis de tous les mois, j'allais, comme je l'avais promis à mon
père et à ma tante, au châtaignier leur porter des nouvelles de leur
enfant, et lui rapporter des châtaignes, et leur porter à eux la
nourriture et les petites gouttes de rosolio que j'avais gagnées pour
Hyeronimo et pour eux, et je revenais la nuit, sans peur et sans
honte, à Livourne, passer la journée dans la cour, auprès de la loge
de mon _sposo_, l'écoutant gémir de la fièvre, et veillant quand il
dormait.
Que de mois, monsieur, nous passâmes ainsi: lui, toujours plus
languissant; moi, toujours vaillante!
Un soir, cependant, le chagrin me saisit tellement dans la nuit, que
les douleurs me prirent. La concierge du couvent alla chercher la
sage-femme; mais quand elle arriva j'avais déjà un bel enfant sur mon
sein. Le même soir je me levai et je le portai embrasser à son père.
Huit jours après, je le portai à mon père et à ma tante. Ah! quelle
joie ce fut dans la maison! Le père Hilario le baptisa et lui donna le
nom de Beppo, qui veut dire «joie dans les larmes.»
De ce jour, j'eus deux soucis au lieu d'un, et je l'emportai partout
avec moi pour le faire sourire à son père en le tenant sur le rebord
extérieur de la loge; quelquefois même il passait ses petites mains à
travers la grille et jouait avec les chaînes d'Hyeronimo; je
l'endormais, je l'allaitais, je riais avec lui.
Cela ranimait le pauvre Hyeronimo; il le regardait, il me regardait,
il revenait à la santé en jouissant de notre vue. J'avais oublié nos
malheurs, et quand je jouais dans la rue de la zampogne, l'enfant
paraissait goûter la musique, et les jeunes mères s'arrêtaient pour le
contempler et pour m'entendre.