CCLXXI

Les samedis de tous les mois, j'allais, comme je l'avais promis à mon

père et à ma tante, au châtaignier leur porter des nouvelles de leur

enfant, et lui rapporter des châtaignes, et leur porter à eux la

nourriture et les petites gouttes de rosolio que j'avais gagnées pour

Hyeronimo et pour eux, et je revenais la nuit, sans peur et sans

honte, à Livourne, passer la journée dans la cour, auprès de la loge

de mon _sposo_, l'écoutant gémir de la fièvre, et veillant quand il

dormait.

Que de mois, monsieur, nous passâmes ainsi: lui, toujours plus

languissant; moi, toujours vaillante!

Un soir, cependant, le chagrin me saisit tellement dans la nuit, que

les douleurs me prirent. La concierge du couvent alla chercher la

sage-femme; mais quand elle arriva j'avais déjà un bel enfant sur mon

sein. Le même soir je me levai et je le portai embrasser à son père.

Huit jours après, je le portai à mon père et à ma tante. Ah! quelle

joie ce fut dans la maison! Le père Hilario le baptisa et lui donna le

nom de Beppo, qui veut dire «joie dans les larmes.»

De ce jour, j'eus deux soucis au lieu d'un, et je l'emportai partout

avec moi pour le faire sourire à son père en le tenant sur le rebord

extérieur de la loge; quelquefois même il passait ses petites mains à

travers la grille et jouait avec les chaînes d'Hyeronimo; je

l'endormais, je l'allaitais, je riais avec lui.

Cela ranimait le pauvre Hyeronimo; il le regardait, il me regardait,

il revenait à la santé en jouissant de notre vue. J'avais oublié nos

malheurs, et quand je jouais dans la rue de la zampogne, l'enfant

paraissait goûter la musique, et les jeunes mères s'arrêtaient pour le

contempler et pour m'entendre.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 147 / 186 题