CCLXIX

Le lendemain, il n'était pas jour encore que je me revêtis de mon

costume de la prison de Lucques pour aller à Livourne voir mon pauvre

Hyeronimo. J'avais apporté sa zampogne, afin qu'on me prît pour un des

_zampognero_ des Maremmes qui viennent jouer dans les rues de Livourne

pour consoler les pauvres galériens. Les sentinelles me laissèrent

librement passer la grille de l'arsenal et entrer dans la cour

intérieure des galériens.

On ne leur refuse pas chez nous, monsieur, en Italie, l'innocent

plaisir d'écouter les airs de leurs montagnes, et de causer, tout le

temps qu'ils ne travaillent pas, librement avec leurs parents, leur

femme, leur fiancée, s'ils en ont, à travers les barreaux de fer de

leurs cages qui prennent jour sur leurs cours, ni même de s'entrelacer

leurs doigts dans les doigts de celles qu'ils aimaient pendant qu'ils

étaient libres.

Il dormait encore; je m'étendis sur les dalles de la cour, sous le

rebord de sa loge, qu'on m'avait indiquée en entrant, et je jouai

l'air que nous avions inventé ensemble, au gros châtaignier, avant

notre malheur. J'entendis un bruit; il bondit de sa couche et s'élança

vers les barreaux.

--Fior d'Aliza, est-ce toi? s'écria-t-il.

La zampogne m'échappa des mains, et sa bouche fut sur ma joue.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 145 / 186 题