Le lendemain, il n'était pas jour encore que je me revêtis de mon
costume de la prison de Lucques pour aller à Livourne voir mon pauvre
Hyeronimo. J'avais apporté sa zampogne, afin qu'on me prît pour un des
_zampognero_ des Maremmes qui viennent jouer dans les rues de Livourne
pour consoler les pauvres galériens. Les sentinelles me laissèrent
librement passer la grille de l'arsenal et entrer dans la cour
intérieure des galériens.
On ne leur refuse pas chez nous, monsieur, en Italie, l'innocent
plaisir d'écouter les airs de leurs montagnes, et de causer, tout le
temps qu'ils ne travaillent pas, librement avec leurs parents, leur
femme, leur fiancée, s'ils en ont, à travers les barreaux de fer de
leurs cages qui prennent jour sur leurs cours, ni même de s'entrelacer
leurs doigts dans les doigts de celles qu'ils aimaient pendant qu'ils
étaient libres.
Il dormait encore; je m'étendis sur les dalles de la cour, sous le
rebord de sa loge, qu'on m'avait indiquée en entrant, et je jouai
l'air que nous avions inventé ensemble, au gros châtaignier, avant
notre malheur. J'entendis un bruit; il bondit de sa couche et s'élança
vers les barreaux.
--Fior d'Aliza, est-ce toi? s'écria-t-il.
La zampogne m'échappa des mains, et sa bouche fut sur ma joue.