Au bout d'une demi-semaine, d'une attente si douce et cependant si
inquiète, le frère Hilario revint de son couvent: il raconta à
Hyeronimo que l'évêque et le prieur n'avaient pas balancé à lui
accorder le consentement, l'autorisation, les dispenses
ecclésiastiques, motivées sur le salut du meurtrier repentant, à qui
le pardon et la résignation ne coûteraient rien s'il mourait avec le
droit et la certitude de retrouver, dans le paradis des repentants,
l'éternelle union avec celle qu'il aimait, union dans le temps,
symbole de l'union de l'éternité bienheureuse.
--Je sais, lui avait dit l'évêque, que cette superstition pieuse est
dans le pays de Lucques une opinion populaire que rien ne peut
extirper dans les campagnes; mais c'est la superstition de la vertu et
de l'amour conjugal, utile aux moeurs; il n'y a aucun mal à y
condescendre pour la fidélité des époux et surtout pour le salut des
condamnés.
Le supérieur de San Stefano avait dit de même.
Quant à la mère d'Hyeronimo et à mon père, comment auraient-ils hésité
à donner un consentement à une union sainte de tout ce qu'ils aimaient
sur la terre, surtout quand ils espéraient que cette union serait
peut-être le gage de la grâce accordée à Hyeronimo et tout au moins de
mon retour auprès d'eux, si l'iniquité des hommes le retenait en
captivité après sa commutation de peine.
Muni de toutes ces autorisations, le père Hilario avait amené avec
lui, à la ville, le père aveugle avec le chien qui le conduisait, et
ma tante qui les précédait de quelques pas, pour éclairer de la voix
les mauvais pas de la descente à son beau-frère.
Le père Hilario les avait conduits tous les deux, comme des mendiants
sans asile qu'il avait rencontrés sur les chemins; il avait obtenu
pour eux un coin obscur sous le porche du couvent de Lucques qu'il
habitait lui-même; ils y recevaient la soupe qu'on distribuait deux
fois par jour aux habitués de la communauté; sur leurs deux parts,
ils en avaient prélevé une pour le petit chien à trois pattes de
l'aveugle, le pauvre Zampogna. La petite bête semblait comprendre
qu'il y avait un mystère dans tout cela, et, couché sur les pieds de
son maître ou sur le tablier de ma tante, il les regardait avec
étonnement et il avait cessé d'aboyer, comme il avait l'habitude de
faire à notre porte, au passage des pèlerins.