L'heure, qui sonna midi au cadran de la tour, nous rappela à peine que
le temps comptait encore pour nous, car nous nous croyions vraiment
dans le temps qui ne compte plus, dans l'éternité.
--Adieu! lui dis-je en retirant ma main de la sienne; voici ce qu'il
faut faire, vois-tu, Hyeronimo: il faut penser à ta chère âme comme un
homme qui va mourir, bien que nous ne mourrons pas, je le crois
fermement. Parmi tous ces moines, ces pénitents et ces prêtres qui
vont venir tous les jours pour t'exhorter et te préparer à la mort par
les sacrements, il faut dire que tu préfères les frères de l'ordre des
Camaldules, qui t'ont enseigné la religion dans ton enfance, et que tu
serais plus résigné et plus content si l'on pouvait t'accorder pour
confesseur le vieux frère Hilario, du couvent de la montagne, dont tu
as l'habitude, et qui daignera bien descendre pendant quelques
semaines à Lucques pour adoucir tes derniers moments; le _bargello_
m'a dit qu'on ne refusait rien aux condamnés de ce qui peut leur
ouvrir le paradis en sortant de la prison; la présence de cet ami de
la cabane dans ton cachot et dans la ville de Lucques, où il est connu
et aimé, qui sait? pourra peut-être intéresser pour toi les braves
gens; et qui sait encore s'il ne pourra pas arriver jusqu'à
monseigneur le duc et t'obtenir la grâce de la vie? Quand le
_bargello_ va venir te visiter ce matin avec les pénitents noirs et
les frères de la Miséricorde, dis-leur ton désir d'obtenir ici la
présence du frère Hilario, le vieux quêteur des Camaldules de San
Stefano. Le bon Dieu fera le reste; nous saurons par lui des nouvelles
de nos pauvres parents; je me ferai connaître de lui avec confiance,
il ne me trahira pas de peur de t'enlever ta dernière consolation
jusqu'à l'heure suprême; nous lui ferons transmettre nos propres
messages à la cabane, il empêchera ta mère et mon père de désespérer,
et, si nous devons mourir, soit l'un ou l'autre, soit tous les deux,
il les soutiendra dans leur misère et dans leurs larmes.