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--À toi, maintenant, dit l'aveugle à Fior d'Aliza, raconte à

l'étranger ce qui s'était passé dans la prison pendant cette lugubre

agonie de nos deux âmes dans la cabane.

--Voilà, monsieur, reprit naïvement la belle _sposa_, après avoir

retiré le sein à son nourrisson qui s'était endormi sur la coupe.

Le lendemain du jugement à mort, comme je vous ai dit, le bourreau

vint avec les hommes noirs au cachot. Ils portaient des outils, de

grands ciseaux et des charbons rouges, comme s'ils avaient voulu

supplicier un saint Sébastien; mais ce n'était pas cela, au contraire;

le bourreau coupa l'anneau de fer qu'il avait rivé les premiers jours

à la chaîne scellée dans le mur; il fit fondre le plomb qui rivait le

clou des menottes aux poignets et les entraves aux pieds; il laissa le

prisonnier libre de tous ses membres; il ouvrit la deuxième grille de

fer qui rétrécissait de la moitié son cachot; il ouvrit de même une

petite porte basse toute en plaque de tôle qui donnait accès par un

corridor souterrain, étroit, surbaissé et sombre, dans la petite

chapelle des condamnés à mort.

Cette chapelle, pas plus large que notre cabane, faisait partie des

cloîtres par le côté de la cour; par le côté opposé, derrière l'autel,

elle recevait le jour par une fenêtre haute qui ouvrait sur des

jardins plantés de légumes et sur un petit verger d'oliviers où les

blanchisseuses de la ville étalaient le linge après l'avoir lavé dans

un canal du Cerchio.

Ces vergers et ces potagers, déserts pendant la nuit, étaient bornés

par le rempart de Lucques; il n'y avait, sous ce rempart, qu'un étroit

passage pour laisser le canal des lavandières rejoindre dans la

campagne le lit sinueux du Cerchio.

J'avais vu tout cela du haut d'une échelle, en balayant avec une tête

de loup le plafond de la chapelle et les vitraux peints qui

garnissaient la fenêtre. Ces vitraux représentaient le supplice du bon

malfaiteur dans Jérusalem, demandant pardon au Christ sur sa croix,

qui lui promet le paradis. La fenêtre était si étroite, qu'une grosse

barre de fer scellée en bas et en haut dans la pierre de taille,

derrière le vitrail, suffisait pour empêcher un regard même d'y

passer. Les murs avaient deux brasses d'épaisseur; ils étaient

construits de blocs de marbre noir aussi lourds que nos rochers, pour

que les condamnés à mort qu'on y abandonnait seuls avec Dieu ne

pussent pas songer seulement à s'évader. Un confessionnal et un banc

de bois noir étaient les seuls meubles de l'oratoire. Un capucin

venait tous les matins, à l'aube du jour, dire la messe pour tous les

prisonniers; ils l'entendaient, à travers la porte ouverte, chacun, de

sa lucarne ouvrant sous le cloître; cela les consolait de voir et

d'entendre qu'on priait du moins pour eux; c'était moi qui servais la

messe du capucin, armée d'une petite sonnette de cuivre qu'on m'avait

appris à sonner à l'élévation; c'était moi qui lui versais le vin et

l'eau des burettes dans le calice. Quand il avait fini, on fermait la

porte de l'oratoire en dehors avec de gros verrous et un cadenas; moi

seule, comme porte-clefs, je pouvais y entrer quelques moments avant

la messe du lendemain pour allumer les deux petits cierges, remettre

de l'huile dans la lampe, et du vin et de l'eau dans les burettes du

vieux prêtre à moitié aveugle.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 92 / 186 题