--Et les gages? me dit-elle, toute contente en me voyant consentir à
son idée, combien veux-tu d'écus de Lucques par année, outre ton
logement, ta nourriture et ton habillement, que nous sommes chargés de
te fournir?
--Oh! mes gages, dis-je, vous me donnerez ce que vous me jugerez
devoir gagner honnêtement, quand vous aurez éprouvé mes pauvres
services; pourvu que mon père et ma tante mangent leur pain retranché
du morceau que vous me donnerez, je ne demande que leur vie par-dessus
la mienne.
--Eh bien! c'est dit, s'écria-t-elle en battant ses mains l'une contre
l'autre, comme quelqu'un qui est content; descends avec moi dans le
guichet où mon mari t'attend pour t'enseigner le métier, et laisse-là
ton bâton, ton manteau de peau et ta zampogne dans ta chambre; il te
faut un autre costume et d'autres airs maintenant. Mais ton visage,
ajouta-t-elle en riant, et en me passant la main sur la joue pour en
écarter les boucles blondes, ton visage est bien doux pour la face
d'un porte-clefs; il faudra que tu te fasses, non pas méchant, mais
grave et sévère: voyons, fais une moue un peu rébarbative, quoique tu
n'aies pas encore un poil de barbe.
--Soyez tranquille, madame, lui répondis-je, en pâlissant d'émotion,
je ne rirai pas souvent en faisant mon métier; je n'ai pas envie de
rire en voyant la peine d'autrui et, de plus, je n'ai jamais été
rieur, tout en jouant, pour ceux qui rient, des airs de fête.