La foule de leurs amis se pressait à la porte de la ville; on sortait
de toutes les maisons et de toutes les boutiques pour leur faire fête;
les fenêtres étaient garnies de jeunes filles et de jeunes garçons qui
jetaient des oeillets rouges sur les pas des boeufs, sur le ménétrier
et sur le char; nous en étions tout couverts; on battait des mains et
on criait: Bravo! _pifferaro_.
À chaque air nouveau qui sortait, avec des variations improvisées,
sous mes doigts, cela m'excitait, monsieur, et je crois bien qu'après
l'air au pied de la Madone, je n'ai jamais joué si juste et si fort de
ma vie. Ah! c'est que, voyez-vous, il y a un dieu pour les musiciens,
monsieur! Ce dieu, c'est la foule; quand elle est contente, ils sont
inspirés; j'étais au-dessus de moi-même, ivre, folle, quoi! Chacun me
tendait une fiasque de vin ou un verre de _rosolio_; on m'attachait
une giroflée à ma zampogne ou un ruban à ma veste pour me témoigner le
contentement.
Quand nous arrivâmes à la sombre porte à clous de fer du _bargello_,
tout à côté de l'énorme porte de la prison, et que les boeufs
s'arrêtèrent, je ressemblais à une Madone de Lorette: on ne voyait
plus mes habits à travers les rubans, les couronnes et les bouquets.