On ne tarda pas de m'en prier, monsieur, nous touchions enfin aux
portes de la ville. C'est l'habitude du pays de Lucques, quand la noce
des paysans est riche et la famille respectée, qu'un musicien, soit
fifre, soit violon, soit hautbois, soit musette, soit même tambour de
basque, se tienne debout sur le devant du char à boeufs et qu'il joue
des aubades, ou des marches, ou des tarentelles joyeuses en l'honneur
des mariés et des assistants.
--Notre bon ange nous a bien servis ce matin, dit la bonne femme du
_bargello_, de nous avoir fait rencontrer par hasard sur le pont un
joli petit musicien des Abruzzes, tel que nous n'aurions pas pu, pour
cinquante carlins, en trouver un aussi habile et aussi complaisant
dans toute la grande ville de Lucques, excepté dans la musique de
monseigneur le duc.
--Allons, enfant, dit tout le monde en approuvant la bonne mère d'un
signe de tête, fais honneur à la mariée et à sa famille; enfle la
zampogne, et qu'on se souvienne à Lucques de l'entrée de noce de la
fille du _bargello_ et de Placidio!