Chant de Chrysostome[101]

«Puisque tu veux, cruelle, que l'on publie de bouche en bouche et

de pays en pays l'âpre violence de ta rigueur, je ferai en sorte

que l'enfer lui-même communique à ma triste poitrine un accent

lamentable qui change l'ordinaire accent de ma voix. Et, au gré de

mon désir, qui s'efforce de raconter ma douleur et tes prouesses,

il en sortira un effroyable cri, auquel seront mêlés, pour plus de

tourment, des morceaux de mes misérables entrailles. Écoute donc,

et prête une oreille attentive, non pas au son harmonieux, mais au

bruit confus qui, pour ma satisfaction et pour ton dépit, s'exhale

du fond de ma poitrine amère:

«Que le rugissement du lion, le féroce hurlement du loup, le

sifflement horrible du serpent écailleux, l'effroyable cri de

quelque monstre, le croassement augural de la corneille, le

vacarme du vent qui agite la mer, l'implacable mugissement du

taureau vaincu, le plaintif roucoulement de la tourterelle veuve,

le chant sinistre du hibou, et les gémissements de toute la noire

troupe de l'enfer accompagnent la plainte de mon âme, et se mêlent

en un son qui trouble tous les sens; car la peine qui me déchire a

besoin, pour être contée, de moyens nouveaux.

«Ce ne sont point les sables dorés du Tage, ni les oliviers du

fameux Bétis, qui entendront les échos de cette étrange confusion:

c'est sur le sommet des rochers et dans la profondeur des abîmes

que, d'une langue morte, mais de paroles toujours vivantes, se

répandront mes déchirantes peines; ou dans d'obscurs vallons, ou

sur des plages arides, ou dans des lieux que le soleil n'éclaira

jamais de sa lumière, ou parmi la multitude de bêtes venimeuses

que nourrit le limon du Nil. Et, tandis que, dans les déserts

sauvages, les échos sourds et incertains résonneront de mon mal et

de ta rigueur sans pareille, par privilège de mon misérable

destin, ils seront portés dans l'immensité du monde.

«Un dédain donne la mort; un soupçon faux ou vrai met à bout la

patience; la jalousie tue d'une pointe cruelle; une longue absence

trouble la vie, et à la crainte de l'oubli ne résiste nulle

espérance d'un sort heureux; en tout se montre la mort inévitable.

Mais moi, prodige inouï! je vis jaloux, absent, dédaigné, et

certain des soupçons qui me tuent. Dans l'oubli où mon feu

s'avive, et parmi tant de tourments, ma vue ne peut atteindre

l'ombre de l'espérance, et, dans mon désespoir, je ne la désire

pas; au contraire, pour me plonger et m'opiniâtrer dans ma

plainte, je jure de la fuir éternellement.

«Peut-on, par hasard, dans le même instant, espérer et craindre?

ou est-ce bien de le faire, quand les raisons de craindre sont les

plus certaines? Dois-je, si la cruelle jalousie se présente à moi,

dois-je fermer les yeux, quand je ne peux manquer de la voir à

travers les mille blessures dont mon âme est percée? Qui

n'ouvrirait toutes grandes les portes à la méfiance et à la

crainte, quand il voit l'indifférence à découvert, ses soupçons

devenus, par une amère conviction, des vérités palpables, et la

vérité nue déguisée en mensonge? Ô jalousie, tyran du royaume

d'Amour, mets-moi des fers à ces deux mains! Donne-moi, Dédain, la

corde du supplice! Mais, hélas! par une cruelle victoire, la

Souffrance étouffe votre souvenir!

«Je meurs enfin, et pour n'espérer jamais aucun bon succès, ni

dans la vie, ni dans la mort, je m'obstinerai et resterai ferme en

ma pensée; je dirai qu'on a toujours raison de bien aimer, et que

l'âme la plus libre est celle qui est le plus esclave de la

tyrannie de l'amour; je dirai que celle qui fut toujours mon

ennemie a l'âme aussi belle que le corps, que son indifférence

naît de ma faute, et que c'est par les maux qu'il nous fait

qu'Amour maintient en paix son empire. Cette opinion et un lacet

misérable, accélérant le terme fatal où m'ont conduit tes dédains,

j'offrirai aux vents le corps et l'âme sans laurier, sans palme de

gloire à venir.

«Toi qui fais voir, par tant de traitements cruels, la raison qui

m'oblige à traiter de même la vie qui me lasse et que j'abhorre;

puisque cette profonde blessure de mon coeur te donne d'éclatantes

preuves de la joie qu'il sent à s'offrir aux coups de ta rigueur,

si, par bonheur, tu me reconnais digne que le pur ciel de tes

beaux yeux soit troublé par la mort, n'en fais rien: je ne veux

pas que tu me donnes un regret en échange des dépouilles de mon

âme. Au contraire, que ton rire, dans le moment funeste, prouve

que ma fin est une fête pour toi. Mais c'est une grande simplicité

de te donner cet avis, sachant que tu mets ta gloire à ce que ma

vie arrive si promptement à son terme.

«Viennent donc, puisque l'heure a sonné, viennent du profond de

l'abîme, Tantale avec sa soif, Sisyphe avec le poids de son

rocher; que Prométhée amène son vautour, qu'Ixion n'arrête point

sa roue, ni les cinquante Soeurs leur interminable travail; que

tous ensemble transportent dans mon coeur leur mortel supplice, et

qu'à voix basse (si l'on en doit à celui qui meurt de sa main) ils

chantent de tristes obsèques à ce corps auquel on refusera un

saint linceul; que le portier de l'enfer, aux trois têtes, que

mille autres chimères et mille autres monstres fassent à ce

concert un douloureux contre-point: il me semble que nulle autre

pompe ne peut mieux convenir aux funérailles d'un homme mort

d'amour.

«Chant de désespoir, n'éclate pas en plaintes quand tu

abandonneras ma triste compagnie; au contraire, puisque la cause

qui t'a fait naître augmente de mon malheur son bonheur, garde-

toi, même en la sépulture, de montrer ta tristesse.»

Bons furent trouvés les vers de Chrysostome par ceux qui en

avaient entendu la lecture. Toutefois Vivaldo fit remarquer qu'ils

ne paraissaient pas d'accord avec ce qu'on lui avait raconté de la

modestie et de la vertu de Marcelle; Chrysostome, en effet, s'y

plaignait de jalousie, de soupçons, d'absences, toutes choses fort

au détriment de la bonne et pure renommée de son amante. Mais

Ambroise, comme un homme qui avait su les plus secrètes pensées de

son ami, répondit aussitôt:

«Il faut que vous sachiez, seigneur, pour éclaircir votre doute,

qu'au moment où cet infortuné écrivit les vers que vous venez de

lire, il était loin de Marcelle, qu'il avait volontairement

quittée pour essayer si l'absence userait avec lui de son

ordinaire pouvoir, et comme, pour l'amant absent, il n'est soupçon

qui ne le poursuive ni crainte qui ne l'assiége, de même

Chrysostome souffrait les tourments trop réels d'une jalousie

imaginaire. Ainsi demeure hors de toute atteinte la vérité que

publie la renommée sur la vertu de Marcelle, à laquelle, au défaut

près d'être cruelle, un peu arrogante et très-dédaigneuse, l'envie

même ne pourrait reprocher ni découvrir la moindre tache.»

Vivaldo lui répondit qu'il avait raison; et, comme il voulait lire

un autre papier de ceux qu'il avait sauvés du feu, il en fut

empêché par une merveilleuse vision (tel en paraissait du moins

l'objet) qui tout à coup s'offrit à leurs yeux. Sur la roche au

pied de laquelle se creusait la sépulture apparut la bergère

Marcelle, si belle, que sa beauté passait sa renommée. Ceux qui ne

l'avaient point encore vue la regardaient dans le silence de

l'admiration, et ceux qui avaient l'habitude de la voir ne

restèrent pas moins étonnés que les autres. Mais dès qu'Ambroise

l'eut aperçue, il s'écria avec l'accent d'une âme indignée:

«Viens-tu par hasard, sauvage basilic de ces montagnes, dont le

seul regard empoisonne, viens-tu voir si ta présence fera couler

le sang des blessures de ce malheureux que ta cruauté a privé de

la vie? Viens-tu t'applaudir et te glorifier des cruelles

prouesses de ta bizarre humeur? ou bien voir, du haut de cette

colline, comme un autre impitoyable Néron, l'incendie de sa Rome

en flammes, ou fouler aux pieds ce misérable cadavre, comme la

fille dénaturée de Tarquin foula celui de son père[102]? Dis-nous

vite ce qui t'amène, et ce que tu souhaites de nous; car, sachant

que jamais la volonté de Chrysostome ne cessa de t'obéir durant sa

vie, je ferai en sorte, après sa mort, que tu sois également obéie

par les volontés de tous ceux qui s'appelèrent ses amis.

-- Je ne viens, ô Ambroise, répondit Marcelle, pour aucune des

choses que tu as dites; je viens prendre moi-même ma défense, et

prouver combien ont tort ceux qui m'accusent de leurs peines et de

la mort de Chrysostome. Je vous prie donc, vous tous qui êtes ici

présents, de m'écouter avec attention; il ne faut dépenser ni

beaucoup de temps ni beaucoup de paroles pour démontrer une vérité

aux esprits intelligents.

«Le ciel, à ce que vous dites, m'a faite belle, de telle sorte

que, sans pouvoir vous en défendre, ma beauté vous force de

m'aimer; et, en retour de l'amour que vous avez pour moi, vous

dites et vous prétendez que je suis tenue de vous aimer. Je

reconnais bien, par l'intelligence naturelle que Dieu m'a donnée,

que tout ce qui est beau est aimable; mais je ne puis comprendre

que, par la raison qu'il est aimable, ce qui est aimé comme beau

soit tenu d'aimer ce qui l'aime, d'autant mieux qu'il pourrait

arriver que ce qui aime le beau fût laid: or le laid étant digne

de haine, il vient mal à propos de dire: Je t'aime parce que tu es

belle; tu dois m'aimer quoique je sois laid. Mais supposons que

les beautés soient égales: ce n'est pas une raison pour que les

désirs soient égaux, car de toutes les beautés ne naît pas

l'amour: il y en a qui réjouissent la vue sans soumettre la

volonté. Si toutes les beautés touchaient et forçaient les coeurs,

le monde serait une confusion où les volontés se croiseraient et

s'entrechoqueraient sans savoir où se prendre et se fixer; car,

rencontrant des beautés en nombre infini, les désirs seraient

également infinis; et l'amour véritable, à ce que j'ai ouï dire,

ne se divise point: il doit être volontaire et non forcé. S'il en

est ainsi, comme je le crois, pourquoi voulez-vous que mon coeur

cède à la contrainte, et seulement parce que vous dites que vous

m'aimez bien? Mais, dites-moi, si le ciel, au lieu de me faire

belle, m'eût faite laide, serait-il juste que je me plaignisse de

vous parce que vous ne m'aimeriez pas? D'ailleurs, vous devez

considérer que la beauté que j'ai, je ne l'ai pas choisie; telle

qu'elle est, le ciel me l'a donnée par pure grâce, sans prière,

sans choix de ma part; et, de même que la vipère ne mérite pas

d'être accusée du venin qu'elle porte dans sa bouche, bien que ce

venin cause la mort, parce que la nature le lui a donné, de même

je ne mérite pas de reproches pour être née belle. La beauté, dans

la femme honnête, est comme le feu éloigné, comme l'épée immobile;

ni l'un ne brûle, ni l'autre ne blesse ceux qui ne s'en approchent

point. L'honneur et la vertu sont des ornements de l'âme, sans

lesquels le corps peut, mais ne doit point paraître beau. Eh bien,

si l'honnêteté est un des mérites qui ornent et embellissent le

plus le corps et l'âme, pourquoi la femme qu'on aime pour ses

charmes devrait-elle la perdre, afin de correspondre aux désirs de

l'homme qui, pour son plaisir seul, essaye, par tous les moyens,

de la lui enlever? Libre je suis née, et, pour pouvoir mener une

vie libre, j'ai choisi la solitude des champs. Les arbres de ces

montagnes sont ma compagnie, les eaux claires de ces ruisseaux,

mes miroirs; c'est aux arbres et aux ruisseaux que je communique

mes pensées et mes charmes. Je suis un feu éloigné, une épée mise

hors de tout contact. Ceux que j'ai rendus amoureux par ma vue, je

les ai détrompés par mes paroles; et si les désirs ne s'alimentent

que d'espérance, n'en ayant jamais donné la moindre ni à

Chrysostome ni à nul autre, on peut dire que c'est plutôt son

obstination que ma cruauté qui lui a donné la mort. Si l'on

m'objecte que ses désirs étaient honnêtes, et que, pour cela,

j'étais obligée de m'y rendre, je répondrai que quand, dans ce

même endroit où l'on creuse à présent sa fosse, il me découvrit

l'honnêteté de son intention, je lui dis que la mienne était de

vivre en perpétuelle solitude, et que la terre seule possédât les

dépouilles intactes de ma beauté; que si, malgré cet avis qui

devait lui dessiller les yeux, il voulut s'obstiner contre

l'espérance et naviguer contre le vent, est-il étonnant qu'il ait

fait naufrage au milieu du golfe de son imprudence? Si je l'avais

abusé, j'aurais été fausse; si je l'avais satisfait, j'aurais

manqué à ma sainte résolution. Il s'opiniâtra, quoique détrompé;

il se désespéra, sans être haï. Voyez maintenant s'il est juste

qu'on m'accuse de ses tourments. Ai-je trompé quelqu'un, qu'il se

plaigne; ai-je manqué à mes promesses, qu'il se désespère; l'ai-je

appelé, qu'il prenne confiance; l'ai-je admis à mes faveurs, qu'il

se glorifie. Mais doit-il me nommer cruelle et homicide, celui que

je n'ai point trompé, point appelé, point choisi? Le ciel, jusqu'à

présent, n'a pas voulu que j'aimasse par fatalité; croire que

j'aimerai par choix, c'est une erreur. Que cet avertissement

général serve à tous ceux qui me sollicitent pour leur goût

particulier, et que l'on sache dorénavant que, si quelqu'un meurt

pour moi, ce ne sera ni de jalousie ni de dédain; car celle qui

n'aime personne ne peut donner de jalousie à personne, et

détromper les gens n'est pas les dédaigner. Celui qui m'appelle

basilic et bête féroce, qu'il me fuie comme une chose haïssable et

dangereuse; celui qui m'appelle ingrate, qu'il ne me serve pas;

étrange et impénétrable, qu'il ne cherche point à me connaître;

cruelle, qu'il cesse de me poursuivre. Cette bête, ce basilic,

cette ingrate, cette cruelle, cette impénétrable, ne veut les

chercher, les suivre, les servir et les connaître en aucune façon.

Si ses impatiences et ses ardents désirs ont fait périr

Chrysostome, la faute en est-elle à ma conduite honnête et à ma

circonspection? Si je conserve ma vertu parmi les arbres de ces

solitudes, pourquoi veut-il me la faire perdre, celui qui veut que

je la garde parmi les hommes? J'ai, comme vous le savez, des biens

à moi; je ne convoite pas ceux des autres; ma situation me rend

libre, et il ne me plaît pas de me faire esclave. Je n'aime ni ne

hais personne. On ne peut dire que je trompe celui-ci, que je

flatte celui-là, que je me raille de l'un et m'adoucis avec

l'autre. L'honnête compagnie des bergères de ces villages et le

soin de mes chèvres suffisent à mes plaisirs. Ces montagnes

forment tout le domaine de mes désirs, et si parfois ils en

franchissent les limites, c'est pour contempler la beauté du ciel,

où l'âme doit diriger ses pas, comme à son premier et dernier

séjour.»

En achevant ces mots, et sans attendre aucune réponse, la bergère

se retourna, et disparut dans le plus épais d'un bois qui couvrait

la montagne, laissant dans l'admiration, aussi bien de son esprit

que de sa beauté, tous ceux qui l'avaient entendue. Quelques-uns

de ceux qu'avait blessés la puissante flèche des rayons de ses

beaux yeux firent mine de vouloir la suivre, sans mettre à profit

l'avertissement qu'elle venait de leur donner. Mais aussitôt que

don Quichotte s'aperçut de leur intention, il lui sembla que

l'occasion était belle d'exercer sa chevalerie, en portant secours

aux demoiselles qui en avaient besoin. Mettant la main à la garde

de son épée, d'une voix haute et intelligible, il s'écria:

«Que personne, de quelque état et condition que ce soit, ne

s'avise de suivre la belle Marcelle, sous peine d'éveiller mon

indignation et d'encourir ma colère. Elle a prouvé, par

d'éclatantes raisons, qu'elle est à peu près, ou plutôt tout à

fait innocente de la mort de Chrysostome; elle a prouvé combien

elle est éloignée de condescendre aux voeux d'aucun de ses amants.

Au lieu donc d'être suivie et poursuivie, il est juste qu'elle

soit estimée et honorée de toutes les âmes honnêtes qui peuplent

le monde; car elle y est sans doute la seule femme qui passe sa

vie en de si pures intentions.»

Soit que les menaces de don Quichotte leur imposassent, soit

qu'Ambroise les priât de remplir jusqu'au bout leur devoir envers

son ami, aucun des bergers ne fit un pas pour s'éloigner jusqu'à

ce que, la fosse creusée, et les papiers de Chrysostome brûlés,

ils eussent déposé son corps dans la tombe: ce qui ne s'acheva

point sans arracher des larmes à tous les assistants. On couvrit

la fosse d'un large éclat de rocher, en attendant qu'on eût achevé

une pierre tumulaire sur laquelle, à ce que dit Ambroise, il

pensait faire graver ces vers pour épitaphe:

«Ci-gît le corps glacé d'un amant malheureux, qui fut un berger de

troupeaux, et que perdit un refus d'amour[103].

«Il mourut sous les coups de la rigueur d'une ingrate beauté par

qui l'Amour étend la tyrannie de son empire.»

On répandit ensuite sur la sépulture une infinité de fleurs et de

branchages, et tous les bergers, ayant témoigné à leur ami

Ambroise la part qu'ils prenaient à sa douleur, lui dirent

successivement adieu. Vivaldo et son compagnon en firent autant,

et, de son côté, don Quichotte prit congé de ses hôtes et des

voyageurs, lesquels le conviaient à les accompagner à Séville,

lieu si fécond en aventures, lui disaient-ils, qu'on en trouve

plus au coin de chaque rue qu'en nulle autre ville du monde. Don

Quichotte les remercia de leur conseil et de la bonne grâce qu'ils

montraient à lui rendre service; mais il ajouta qu'il ne voulait

ni ne devait aller à Séville avant qu'il eût purgé toutes ces

montagnes des bandits dont elles passaient pour être infestées.

Les voyageurs, le voyant en cette bonne résolution, ne voulurent

pas l'importuner davantage. Au contraire, après lui avoir dit une

autre fois adieu, ils poursuivirent leur chemin, pendant lequel

les sujets d'entretien ne leur manquèrent pas, ayant à converser

sur l'histoire de Marcelle et de Chrysostome, et sur les folies de

don Quichotte. Celui-ci résolut d'aller à la recherche de la

bergère Marcelle, et de s'offrir à son service. Mais les choses

n'arrivèrent point comme il l'imaginait, ainsi qu'on le verra dans

la suite de cette véridique histoire, dont la seconde partie se

termine en cet endroit.

L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche - Tome I · 第 21 / 73 题