III

Et toi, tu fus conquis par l'immobilité

Et le vide du cloître et les poids de silence

Qui pesant sur le coeur lèvent la volonté.

Les hommes te lassaient avec leur turbulence

Et leur clameur banale et leurs oeuvres d'un jour.

Tes bras s'étaient meurtris à tordre des chimères,

Tes mains à pavoiser de tes désirs l'amour.

La vie, âpre total de nombres éphémères,

Tu ne la fixas plus que d'un regard d'adieu.

Et t'en allant, chargé d'orgueil et de pensée,

Loin du monde roulant sans idéal, sans Dieu,

Chrétien, tu ravalas ta suprême nausée.

Tu te marmorisas depuis et ton cerveau

Devint tranquille et pur et d'égale lumière.

Comme une lampe d'or aux parois d'un caveau,

Tu suspendis ton âme au temple, et ta prière

Y consuma son feu d'argent; ton front dompté

Ne s'appesantit plus sous la science vaine

Et ton corps se figea, vêtu d'éternité.

La nuit, quand tu songeais dans les stalles d'ebène,

Immobile et muet, inflexible et serein,

La foudre aurait roulé le long de la muraille

Que rien n'eût remué dans ta pose d'airain.

Tout ton esprit tendait vers l'ultime bataille,

Et ta mort fut superbe et magnifiquement

Tu fermas tes grands yeux aux choses de la terre

Et le tombeau t'emplit de son isolement,

Lutteur victorieux, tranquille et solitaire.

Poèmes: Les bords de la route. Les Flamandes. Les Moines · 第 131 / 245 题