III

Brusques, sonnent au loin des tintements de cloche,

Qui cassent du silence à coups de battant clair

Par-dessus les hameaux, jetant à travers l'air

Un long appel, qui long, parmi l'écho, ricoche.

Ils redisent que c'est le moment justicier

Où les moines s'en vont au choeur chanter Ténèbres

Et promener sur leurs consciences funèbres

La froide cruauté de leurs regards d'acier.

Et les voici priant: tous ceux dont la journée

S'est consumée au long hersage en pleins terreaux,

Ceux dont l'esprit sur les textes préceptoraux

S'épand, comme un reflet de lumière inclinée.

Ceux dont la solitude âpre et pâle a rendu

L'âme voyante et dont la peau blême et collante

Jette vers Dieu la voix de sa maigreur sanglante,

Ceux dont les tourments noirs ont fait le corps tordu.

Et les moines qui sont rentrés aux monastères,

Après visite faite aux malheureux des bourgs,

Aux remueurs cassés de sols et de labours,

Aux gueux chrétiens qui vont mourir, aux grabataires,

A leurs frères pieux disent, à lente voix,

Qu'au dehors, quelque part, dans un coin de bruyère.

Il est un moribond qui s'en va sans prière

Et qu'il faut supplier, au choeur, le Christ en croix,

Pour qu'il soit pitoyable aux mendiants avides

Qui, le ventile troué de faim, ne peuvent plus

Se béquiller au loin vers les enclos feuillus

Et qui se noient, la nuit, dans les étangs livides.

Et tous alors, tous les moines, très lentement,

Envoient vers Dieu le chant des lentes litanies;

Et les anges qui sont gardiens des agonies

Ferment les yeux des morts, silencieusement.

Poèmes: Les bords de la route. Les Flamandes. Les Moines · 第 120 / 245 题