IV

Voici les nuits, les nuits longues, les jours blafards,

Novembre emplit d'hiver, l'immense plaine morne,

Où tout est boue et pluie et se fond en brouillards,

Où nuit et jour, matin et soir, l'ouragan corne.

Villages et hameaux geignent au vent du Nord;

L'humidité flétrit les murs de plaques vertes,

La neige tombe et pèse et lourdement endort

Les chaumes noirs groupant entre eux leurs dos inertes.

Les chiens, au seuil des cours de ferme, sont muets;

Les chemins recouverts de flaques et de fanges;

On travaille les lins à nonchalants poignets,

Avec la roue à bras qui ronfle dans les granges.

Le fleuve, à clapotis rudes, fouette son bord.

Dans les bouleaux, plantés en rangée équivoque

Sur les digues, un nid d'oiseau ballotte encor,

Un seul--et lentement la bise l'effiloque.

Des bruits lointains et sourds sortent des horizons,

Comme des grondements venus du bout des mondes,

Ils passent, tristes vents des funèbres saisons,

Et sonnent le néant dans leurs notes profondes.

La terre geint et crie à les subir, les bois

Ont des plaintes d'enfant, des râles et des rages,

A se sentir plies et domptés sous leur poids,

Dans un cassement sec et brutal de branchages.

Ils s'acharnent au ras des champs planes et mous,

Cinglant les nudités scrofuleuses des terres,

La végétation pourrie--et leur remous

Abat sur les chemins les ormes solitaires.

Les sapins isolés sont coupés au jarret,

Ou fendus tout du long, en ligne verticale,

Les chênes débranchés--il faut une forêt

Pour résister aux chocs hurleurs de la rafale.

Et dans la plaine vide, on ne rencontre plus

Que sur les chemins noirs de poussifs attelages,

Que des voleurs, le soir, le matin, des perclus,

Se traînant mendier de hameaux en villages,

Que de maigres troupeaux, rentrant par bataillons,

Sous les soufflets du vent, avec des voix bêlantes,

Que d'énormes corbeaux plânants, aux ailes lentes,

Qu'ils agitent dans l'air ainsi que des haillons.

Poèmes: Les bords de la route. Les Flamandes. Les Moines · 第 69 / 245 题