--Celle que vous allez me rendre.
Maintenant, Médéric hésitait, l'attitude du maire ne lui paraissait pas
naturelle. Il y avait peut-être un secret dans cette lettre, un secret
de politique. Il savait que Renardet n'était pas républicain, et il
connaissait tous les trucs et toutes les supercheries qu'on emploie aux
élections.
Il demanda: «A qui qu'elle est adressée, c'te lettre?
--A M. Putoin, le juge d'instruction; vous savez bien, M. Putoin, mon
ami!»
Le piéton chercha dans les papiers et trouva celui qu'on lui réclamait.
Alors il se mit à le regarder, le tournant et le retournant dans ses
doigts, fort perplexe, fort troublé par la crainte de commettre une
faute grave ou de se faire un ennemi du maire.
Voyant son hésitation, Renardet fit un mouvement pour saisir la lettre
et la lui arracher. Ce geste brusque convainquit Médéric qu'il
s'agissait d'un mystère important et le décida à faire son devoir, coûte
que coûte.
Il jeta donc l'enveloppe dans son sac et le referma, en répondant:
--Non, j'peux pas, m'sieu le maire. Du moment qu'elle allait à la
justice, j'peux pas.»
Une angoisse affreuse étreignit le coeur de Renardet, qui balbutia:
--Mais vous me connaissez bien. Vous pouvez même reconnaître mon
écriture. Je vous dis que j'ai besoin de ce papier.
--J'peux pas.
--Voyons, Médéric, vous savez que je suis incapable de vous tromper, je
vous dis que j'en ai besoin.
--Non. J'peux pas.
Un frisson de colère passa dans l'âme violente de Renardet.
--Mais, sacrebleu, prenez garde. Vous savez que je ne badine pas, moi,
et que je peux vous faire sauter de votre place, mon bonhomme, et sans
tarder encore. Et puis je suis le maire du pays, après tout; et je vous
ordonne maintenant de me rendre ce papier.