Aurons-nous donc à la fin une théocratie? Non! Si la foi nous maintient
unis, la science nous rend libres. Par conséquent, nous ne laisserons
point prendre racine aux velléités théocratiques de nos ecclésiastiques.
Nous saurons les maintenir dans leurs temples, de même que nous
maintiendrons dans leurs casernes nos soldats professionnels. L’armée et
le clergé doivent être aussi hautement honorés que leurs belles
fonctions l’exigent et le méritent. Dans l’État qui les distingue, ils
n’ont rien à dire, car autrement ils provoqueraient des difficultés
extérieures et intérieures.
Chacun est aussi complètement libre dans sa foi ou dans son incrédulité
que dans sa nationalité. Et s’il arrive que des fidèles d’une autre
confession, des membres d’une autre nationalité habitent aussi chez
nous, nous leur accorderons une protection honorable et l’égalité des
droits.
Nous avons appris la tolérance en Europe. Je ne dis même pas cela par
ironie. L’actuel antisémitisme ne peut passer que dans quelques lieux
isolés pour de la vieille intolérance religieuse. C’est le plus souvent,
chez les peuples civilisés, un mouvement par lequel ils voudraient
chasser le spectre de leur propre passé.