Yédo. L'on dirait. Tant elle est de potiches trapues et de stores
bariolés pleine la chambre. La chambre aux rideaux bleus où
fleurissaient les yeux de _l'absente_, plus bleus que les fleurs bleues
s'étiolant dans des vases bleus. Et les grands éventails palpitent
cloués sur les panneaux comme des papillons, les grands éventails où des
papillons sont peints, les grands éventails diaprés comme des perruches,
les grands éventails où des perruches sont peintes.
Et le petit masque japonais, don de _l'absente_, rêve sur le mur blanc
juste en face du lit, du grand lit froid comme un catafalque, où sur les
taies fleurant les parfums aimés de _l'absente_, tristement accoudé,
_il_ songe. Il songe que les nuits veuves s'entassent, que l'hallali des
désirs sonne dans ses nerfs exaspérés; il songe au cabaret grouillant
là-bas sous la flambée du gaz, il songe à la petite brune, fine et futée
jusques au bout de l'orteil, à la grande rousse, grasse comme une oie,
et bête donc! Et cependant que la roue du fiacre attardé chante sur la
chaussée, _il_ regarde ses bas de soie rouge traînant sur le tapis, ses
bas de soie rouge qui le fixent de leurs prunelles rouges avec un air de
_viens-nous-en_. Et sa _fidélité_ sombre, sombre comme la carène prise
dans un ressac, et la tunique de lin des chères _remembrances_ va être
souillée.
Et, ses yeux tombent sur le masque japonais, don de _l'absente_, pâle
sur le mur blanc, juste en face du lit. Et le pauvre petit _masque_ le
regarde si tristement, si tristement que l'hallali des désirs ne sonne
plus dans ses nerfs exaspérés, si tristement qu'il ne songe plus à la
petite brune, fine et futée jusques au bout de l'orteil, qu'il ne songe
plus à la grande rousse, grasse comme une oie, et bête donc! Si
tristement que la tunique de lin des chères _remembrances_ ne sera pas
souillée--encore.