LE DOYEN DES MARECHAUX. Sire, l'Armée

Est heureuse de faire hommage à son souverain.

_(Il salue)_

LE ROI, _gracieusement lui saisissant les mains, comme si l'autre avait

voulu mettre genou en terre_.--Relevez-vous, Monsieur!

Le Roi de France est fier de voir autour de son trône rétabli vos épées.

Ce n'est point à l'étranger que vous les avez remises, mais au Roi de

France, Louis votre Roi, et qui est seul

_(Majestueusement)_

La paix.

_(Demi-pause)_

Gardez la gloire! elle est à vous et ne vous sera pas ôtée.

Et s'il y a quelque opprobre à encourir pour le salut du peuple.

Que le Roi seul l'assume, selon qu'il convient au père de famille.

Je reviens pour me jeter entre mon peuple et l'ennemi.

Je reviens à vous,

Non point avec, mais à travers vos ennemis, à cette heure où la France

est blessée, et seules mes mains ici sont sans armes et n'en savent

tenir aucune.

Et il est vrai que nous souffrons violence. Mais considérez avec équité

que l'Europe ne peut se passer de la France,

Et cet empire que l'on vous a fait, ce n'était plus la France, ce

n'était plus sa mesure et sa forme,

Non point étendue, dis-je, mais diminuée.

LE MARECHAL.--Nous sommes vos loyaux soldats et les plus fidèles de vos

sujets.

LE ROI.--Demeurez et soyez Nos témoins.

_(Il s'avance au milieu de la pièce, et, se tournant un peu vers la

droite, puis, vers la gauche, d'une voix forte)_

Et vous tous, Evêques, Officiers, Corps de l'Etat, dont j'accueille la

démarche,

Soyez témoins de cet acte que je vais accomplir.

_(Il revient vers la table que l'on a préparée et où sont disposés des

flambeaux, des plumes, des parchemins, de la cire et le Grand Sceau de

France)_

_(Entrent le ROI D'ANGLETERRE, le ROI DE PRUSSE, l'EMPEREUR D'AUTRICHE,

l'EMPEREUR DE RUSSIE, le NONCE DU PAPE.)_

Messieurs mes frères, soyez les bienvenus dans mon royaume,

Et remerciés de votre loyal service.

Souverains de l'Europe!

Soyez témoins de ce nouveau contrat que le Roi de France va signer avec

son peuple.

_(Il se retourne lentement vers la fenêtre où paraissent quelques

rougeurs.)_

Quelles sont ces fumées?

TURELURE.--Ce n'est rien. Quelques mauvais quartiers de Paris qui

brûlent, bon nettoyage!

Quelques mauvaises têtes que Monsieur de Raguse achève de mettre à la

raison.

Et le tison de la Révolution s'éteint en puant et en fumant.

LE ROI, _avec mépris_.--Ces extravagances ont pris fin. _(Il s'assied

lourdement)_

Et le Roi avec la France recommence suivant l'ordre légitime.

_(Il est assis derrière la table entre les deux flambeaux. A sa gauche,

TURELURE; à sa droite MONSIEUR LE DAUPHIN, LE GRAND CHANCELIER; par

derrière, LES SOUVERAINS. Devant, massés dans les fenêtres, LES

MARECHAUX. A droite et à gauche, LES EVEQUES et LES CORPS DE L'ETAT

débordent des deux portes ouvertes. LE ROI promène lentement ses gros

yeux sur l'assemblée, puis s'adressant à Turelure):_

Monsieur le Comte!

TURELURE, _ricanant_.--Je suis comte!

LE ROI.--Veuillez quérir des sièges pour Leurs Majestés.

L'otage: Drame en trois actes · 第 69 / 83 题