_(Apparaissent derrière les fenêtres vitrées, et suivant TOUSSAINT
TURELURE, un homme tenant une lanterne d'écurie, puis quatre autres
portant sur le battant d'une porte démontée le corps de COUFONTAINE
sous son manteau.--Ils entrent.)_
TOUSSAINT TURELURE.--Monsieur le curé, comment va la bonne?
_(Pas de réponse.)_
Madame.
_(Il prend la lanterne et, l'approchant du visage de la morte, il
l'examine. Puis, déposant la lumière par terre, il fait le signe de la
croix._
_Aux gens qui se tiennent par derrière):_
Avancez!
Que l'on apporte ici le corps de mon cousin, et qu'on le couche sur
cette table,--à côté de celui de ma femme, je dis!
Afin que les deux Coûfontaine reposent côte à côte,
Et que ceux qui ont été séparés durant la vie aient le même lit dans la
mort.
Et que le poing fermé se pose dans la main ouverte.
_(Ils font ainsi. On étend COUFONTAINE près de SYGNE et l'on déploie
sur eux le drapeau fleurdelysé. Mais la main ouverte de SYGNE sort du
drap sans qu'on puisse la faire rentrer en dessous. Sur une table à
la tête de la couche funèbre, couverte d'une serviette, on place un
crucifix entre deux flambeaux qu'on allume et un seau d'eau bénite avec
le goupillon._
_Pendant ce temps le bruit au dehors peu à peu s'est accru jusqu'à
ébranler la terre, d'une armée en marche et de troupes interminables
qui passent. Bruit de chevaux, roulement de l'artillerie et des
fourgons._
_Puis tout à coup bruit de grelots et d'une voiture attelée de chevaux
lancés à toute vitesse qui soudain s'arrêtent devant la maison. Tapage.
On entend des portes qu'on ouvre violemment et toute la maison s'emplit
d'une grande lumière._
_Soudain la porte à deux battants est comme arrachée du dehors et l'on
entend un grand cri):_