SYGNE.--Ce qui veut dire

Que je dois achever et dépouiller ma famille?

TOUSSAINT TURELURE.--Au profit de votre enfant qui est le dernier mâle.

Et pour notre vaillant cousin, le généreux Agénor, le Roi sans doute

lui réserve des compensations.

SYGNE.--Je verrai ce que j'ai à faire.

TOUSSAINT TURELURE.--J'ai toute confiance en vous.

SYGNE.--Qui est le plénipotentiaire du Roi?

TOUSSAINT TURELURE.--Il est ici. Je m'en vais vous l'amener.

SYGNE.--Je suis prête.

TOUSSAINT TURELURE.--Nul doute que vous ne vous vous

entendiez.--Plaît-il?

SYGNE.--Je n'ai rien dit.

TOUSSAINT TURELURE.--C'est ce mouvement que vous faites avec la tête.

_(Il pose la main sur les papiers qui sont déposés sur la table)_

Telles sont mes conditions à qui panse d'âne peut être changée.

Ce n'est pas le moment de discuter. La France, pour le moment, c'est

moi, Toussaint Turelure,

Préfet de la Seine, général en chef de l'armée de Paris,

A qui tous pouvoirs civils et militaires ont été par Sa Majesté

Impériale et Royale remis.

SYGNE.--Vous justifiez sa confiance.

TOUSSAINT TURELURE.--Je suis l'homme de la France et non point d'un

particulier.

Le Corse a eu sa chance et moi je prends la mienne où je la trouve.

SYGNE.--Craignez qu'il ne revienne avec ses grandes bottes.

TOUSSAINT TURELURE.--C'est pourquoi il faut choisir son temps avec art,

et ce n'est pas pour rien que le Suprême-Artiste _(Il fait un geste

maçonnique)_

M'a rendu boiteux comme une balance.

Tout dépend de Paris et Paris pour quelques moments est entre mes mains

compétentes.

SYGNE.--Pensez-vous tenir ici tout seul contre trois armées?

TOUSSAINT TURELURE.--L'empereur vient de remporter une victoire à

Saint-Dizier, j'en ai reçu la nouvelle à l'instant.

Il me prescrit de tenir bon et de faire le brave, tandis qu'il attache

les trois bourriques par la queue.

La route d'Allemagne est coupée, l'Alsace et les Vosges sont pleins de

partisans, les places du Rhin ne sont pas prises.

Il y a de beaux jours encore pour l'homme d'Austerlitz.

Et puis ne croyez pas que tous ces larrons soient d'accord; il y a

moyen de négocier. Vous savez que je suis entouré d'émigrés et de

renégats.

SYGNE.--Vous n'avez pas de troupes.

TOUSSAINT TURELURE.--J'ai un terrier. Qu'ils voient donc voir à

m'enfumer dans Paris. J'y tiens plus dur qu'un blaireau, je suis croche!

Et vous dites que je n'ai pas de troupes? Que l'Empereur de Russie y

vienne avec ses riflandouilles et le Prussien avec ses Jonas Müller en

bois de navet!

Je ne crains rien tant que j'ai avec moi ces nourrissons de Bellone,

les pompiers de Pantin et les Garde-Nationale de Saint-Denis et les

volontaires de Popincourt!

Vous avez entendu le canon ce matin?

SYGNE.--Oui.

TOUSSAINT TURELURE.--On est entré dedans, comme disait mon ordonnance.

On a torché Miloradovitch aussi propre qu'une assiette à pain.

Quatre cents Wurtembourgeois en pantalon rose sont couchés dans les

vignes de Noisy-le-Sec.

Le pot-à-beurre sur la tête et le petit doigt sur la couture du

pantalon.

Les yeux encore dans la mort et le petit nez tout rond tournés à gauche

vers le Herr Adjutant «Habt Acht!»

--En l'honneur de quoi nous allons boire de ce vin de Mareuil.

SYGNE.--Tout cela n'est pas sérieux.

TOUSSAINT TURELURE.--Je ne sais. Mais il y a encore un point que je

vous conjure de méditer.

L'Empereur déchu, il n'y a pas qu'un seul roi possible pour la France.

Il y a le fils de Marie-Louise, il y a le papa d'Oscar.

Tout dépend de moi et de ces mains à qui je remettrai les clefs de

Paris.

Qui a reçu Paris, voici tous les doutes tranchés, il est l'héritier

incontestable.

Je suis Français! il me répugne de capituler.

L'otage: Drame en trois actes · 第 47 / 83 题