_Le château de Pantin près de Paris. Un grand salon au rez-de-chaussée
avec quatre portes-fenêtres donnant sur une terrasse. Mobilier officiel
du temps de l'Empire, cuivres et acajou massif. Un grand portrait au
mur représentant l'Empereur Napoléon en costume de sacre. Toute la
pièce est en désordre et souillée de boue. C'est le quartier-général de
l'Armée qui défend Paris contre les Alliés, et que commande le général
baron TOUSSAINT TURELURE, Préfet de la Seine, réunissant dans ses mains
les pouvoirs civils et militaires._
_Coups de canon dans le lointain. Puis, tout près, carillon de trois
cloches sonnant le baptême._
_TOUSSAINT TURELURE debout, SYGNE cachée dans un grand fauteuil à
oreillettes..._[1]
TOUSSAINT TURELURE.--Vous avez mes instructions. Maintenant il faut que
je vous quitte; excusez-moi. Voici le cortège qui quitte l'église.
Tous mes officiers sont réunis dans la pièce à côté et nous allons
fêter autour d'une galette chaude et de quelques bouteilles de vin de
la Marne l'entrée dans le sein de l'église du petit Turelure.
Profitons de ces loisirs que Messieurs vos amis nous font.
Nous regretterons de n'avoir point le plaisir de votre compagnie,
Madame. Mais les affaires d'abord!
Triste temps que celui où le père et la mère ne peuvent assister
ensemble au baptême de leur enfant!
SYGNE.--Vous ne paraissez pas si triste. Vous vous accommodez de ce
triste temps assez bien.
TOUSSAINT TURELURE.--C'est ma foi vrai! Je n'ai jamais été si heureux!
La guerre, les affaires, un peu d'intrigue, l'aliment du corps et de
l'esprit,
Que faut-il de plus à un homme?
J'oubliais une épouse aimante et le petit Turelure à qui l'on met son
premier grain de sel sur le bout de la langue.
SYGNE.--Que ne traitez-vous donc vos affaires vous-même?
TOUSSAINT TURELURE.--Les miennes sont les vôtres, il n'y a aucune
différence. Je vous ai vue à l'œuvre et j'ai pleine confiance en vous.
Et vous voyez que de mon côté j'ai les mains pleines.