_Un serviteur a ouvert les volets et la pièce tout entière apparaît. Le
petit jour._
_Il fait grand vent et il pleut à verse. La pluie flaquée avec violence
ruisselle sur les carreaux. De grands arbres dont les branches touchent
presque les fenêtres assombrissent la pièce. On entend par intervalle
le cri âpre d'une girouette rouillée. Un chien au poil hérissé est
couché devant la porte d'entrée._
_Soudain un panneau de la bibliothèque s'écarte, découvrant pendant
un moment l'ouverture d'une porte secrète. On aperçoit dans le fond
la flamme d'un cierge et le coin d'un autel couvert de sa nappe avec
le Missel. Entre un vieillard en soutane noire, la tête coiffée d'une
calotte blanche._
LE PAPE PIE.--Mon fils, que la paix soit avec vous. C'est moi.
_COUFONTAINE qui était debout, pensif à l'une des fenêtres, se retourne
vivement et s'agenouille devant le vieillard qui lui donne sa main à
baiser._
COUFONTAINE, _relevé_.--Saint Père, mangez et buvez, car la route a
été longue et rude jusqu'ici, et votre repos court jusqu'à cette messe
matinale.
LE PAPE PIE.--Quel est ce pain que vous voulez me donner à manger?
COUFONTAINE.--Un pain de loyale farine. Une maison chrétienne vous
abrite.
LE PAPE PIE.--J'ai reconnu un bien ecclésiastique.
COUFONTAINE.--C'est ici l'abbaye des Cisterciens de Coûfontaine, que
mes pères ont fondée et nourrie.