SCÈNE II

_Un serviteur a ouvert les volets et la pièce tout entière apparaît. Le

petit jour._

_Il fait grand vent et il pleut à verse. La pluie flaquée avec violence

ruisselle sur les carreaux. De grands arbres dont les branches touchent

presque les fenêtres assombrissent la pièce. On entend par intervalle

le cri âpre d'une girouette rouillée. Un chien au poil hérissé est

couché devant la porte d'entrée._

_Soudain un panneau de la bibliothèque s'écarte, découvrant pendant

un moment l'ouverture d'une porte secrète. On aperçoit dans le fond

la flamme d'un cierge et le coin d'un autel couvert de sa nappe avec

le Missel. Entre un vieillard en soutane noire, la tête coiffée d'une

calotte blanche._

LE PAPE PIE.--Mon fils, que la paix soit avec vous. C'est moi.

_COUFONTAINE qui était debout, pensif à l'une des fenêtres, se retourne

vivement et s'agenouille devant le vieillard qui lui donne sa main à

baiser._

COUFONTAINE, _relevé_.--Saint Père, mangez et buvez, car la route a

été longue et rude jusqu'ici, et votre repos court jusqu'à cette messe

matinale.

LE PAPE PIE.--Quel est ce pain que vous voulez me donner à manger?

COUFONTAINE.--Un pain de loyale farine. Une maison chrétienne vous

abrite.

LE PAPE PIE.--J'ai reconnu un bien ecclésiastique.

COUFONTAINE.--C'est ici l'abbaye des Cisterciens de Coûfontaine, que

mes pères ont fondée et nourrie.

L'otage: Drame en trois actes · 第 22 / 83 题