ANNÉE 1602.

Le Roi et la Reine à Saint-Germain.—Premier portrait du

Dauphin fait en crayon par Decourt.—Départ de la seconde

nourrice.—La marquise de Verneuil.—Première sortie.—Autre

portrait du Dauphin.—M. de Rosny.—Les enfants de

Gabrielle d'Estrées, élevés avec le Dauphin, ont la petite

vérole.—Premières caresses de la Reine.—Portrait fait par

Quesnel.—Réception d'ambassadeurs.—Premier instinct de la

chasse.—Première dent.—M. de Mansan.—Projet de mariage

avec l'infante d'Espagne.—Lettre du maréchal de Biron à

Mme de Montglat.—Émotion d'un vieil officier général.—M.

de Mayenne.—Le comte d'Auvergne.—Mme Boursier.—Premier

vêtement.—Concini.—Mot du Roi sur la bouillie.—Tienette

Clergeon.—Second portrait fait par Decourt.—Singulières

habitudes données à l'enfant.—Le Roi joue à cache-cache avec

son fils, lui fait voir la curée du cerf.—Exécution de Biron

et chute du Roi.—La fête de Saint-Louis.—Nouvelle grossesse

de la Reine.—Le Dauphin entre dans sa deuxième année.—Mœurs

singulières.—Présents des députés du Dauphiné.—Audience des

ambassadeurs suisses.—Singulier hommage des courtisans.—Le

prince de Condé.—Naissance de Madame à Fontainebleau; son

arrivée à Saint-Germain.

_Le 12 janvier, samedi, à Saint-Germain._—Porté à la chambre de Mme

de Montglat pour éventer la chambre et son berceau, et le parfumer de

bois de genièvre. M. de la Tuillerie, maître d'hôtel du Roi, arrive,

attendant le Roi venant de Verneuil; ce pendant la Reine arrive. Elle

a été longtemps dans le parquet, se chauffant, accompagnée de Mme la

marquise de Guiercheville, sa dame d'honneur, et de Mme de Montglat.

Le Roi arrive demi-heure après; elle lui va au-devant à la porte de la

chambre, où elle le rencontre; mines [_sic_]. Ils vont ensemble voir le

Dauphin au berceau; le Roi lui a manié et considéré les pieds[28].

[28] Sans doute à cause de la ressemblance avec les siens

signalée plus haut par Héroard, page 4.

_Le 13, dimanche, à Saint-Germain._—LL. MM. le viennent voir, oyent la

messe en sa chambre puis s'en vont dîner; LL. MM. sont parties à une

heure et demie. La Reine avoit, le jour de devant, amené Antoinette

Joron pour nourrice, l'autre n'ayant point été trouvée propre.

_Le 16, mercredi._—Le cavalier Juigny, ambassadeur du Grand-Duc,

l'est venu voir pour lui dire adieu; et, par commandement de la Reine,

Decourt, peintre du Roi[29], en tire un crayon pour l'envoyer à

Florence.

[29] Charles Decourt, est porté dans les comptes de l'hôtel de

Henri IV, comme peintre du Roi. (_Hist. du Règne de Henri IV_,

par M. Poirson, 1856, in-8º, tome II. p. 815.)

_Le 18, vendredi._—Achevé de peindre par M. Decourt.

_Le 20, dimanche._—Le chevalier de Sancy le vient voir.

_Le 21, lundi._—Je lui donne le bonjour et pars à onze heures pour

aller à Paris, en compagnie de Mlle Lemaire, sa seconde nourrice, qui

se retire pour n'avoir point été agréable à la Reine, par la persuasion

de quelques personnes qui étoient près de Sa Majesté. C'étoit une

très-honnête femme, fort douce, qui avoit beaucoup de lait et fort bon;

et plût à Dieu que Monseigneur le Dauphin en eût été nourri au lieu de

la première. Il en eût été mieux pour sa santé, et je crois qu'il eût

été nourri seulement d'un lait. Dieu le veuille pardonner à ceux qui en

sont cause.

_Le 28, lundi._—Le Roi et la Reine arrivent.

_Le 29, mardi._—La Reine le vient voir à trois heures; le Roi et la

Reine le viennent voir à cinq heures.

_Le 30, mercredi._—Le Roi et la Reine y sont venus à une heure, le Roi

et la marquise de Verneuil à cinq heures; il leur a fort ri et s'est

joué avec eux.

_Le 1er février, vendredi._—Le Roi et la Reine ont été présents depuis

quatre heures et demie jusqu'à cinq heures.

_Le 2, samedi, à Saint-Germain._—Joué, amusé, le Roi et la marquise de

Verneuil présents.

_Le 5 février, mardi, à Saint-Germain._—Remué, le Roi et la Reine

présents.

_Le 8, vendredi._—A cinq heures le Roi arrive; remué en sa présence.

Il est porté à la salle où le Roi soupoit.

_Le 15, vendredi._—Il prend la bouillie avec la cuiller; Mme de

Montglat la lui donne dorénavant, auparavant c'étoit la remueuse.

_Le 19, mardi, jour de carême prenant[30]._—Il faisoit fort beau

temps; il fait sa première sortie par le pont de la chapelle, ayant

son chapeau de paille; porté par Mlle Lecœur, l'une de ses femmes de

chambre.

[30] Le mardi gras.

_Le 21, jeudi._—Un peintre flamand est venu de la part de M. de

Noailles, pour le peindre en huile et l'envoyer en Guyenne, par

permission du Roi. Il a fait beau jeu au peintre durant deux heures,

autant qu'il eût su désirer.

_Le 23, samedi._—Le Roi et la Reine arrivent de Paris, l'ont amusé et

fait longtemps causer dans le berceau.

_Le 27, mercredi._—M. de Rosny le voit remuer.

_Le 1er mars, vendredi._—Porté au jardin; à deux heures le comte

Hercole Tasson, ambassadeur pour le duc de Modène devers LL. MM., le

vient voir.

_Le 2, samedi._—A dix heures le comte de Sulmo, ambassadeur de

l'Électeur Palatin, arrive avec une douzaine de gentilshommes; à trois

heures et demie Mme la présidente Dudrach, avec sa grande troupe.

_Le 3, dimanche, à Saint-Germain._—M. de Ventelet l'entretient, lui

dit qu'il n'avoit que Dieu pour maître; il répond en souriant: _Oui_.

M. de Saint-Germain (de Saintonge) et M. de Lauzeré, premier valet

de chambre de Roi, M. Bovier, gentilhomme des ordinaires du Roi, le

viennent voir. Il danse fort gaiement au son du violon.

_Le 6, mercredi._—La petite vérole paroît à Alexandre Monsieur, et à

Mlle de Vendôme[31].

[31] Alexandre, nommé d'abord Alexandre Monsieur, puis le

chevalier de Vendôme, né à Nantes, en 1598, de Gabrielle

d'Estrées, légitimé en 1599, reçu chevalier de Malte en 1604,

puis grand prieur de France, mort en 1629.—Catherine-Henriette,

nommée Mlle de Vendôme, fille de Henri IV et de Gabrielle

d'Estrées, légitimée en 1597, mariée en 1619 à Charles de

Lorraine, duc d'Elbeuf, morte en 1663.

_Le 7, jeudi, à Saint-Germain._—A une heure Mme de Beuvron le vient

voir; à huit heures et demie arrive un courrier de la part du Roi pour

aller au bâtiment neuf[32].

[32] Le Dauphin était logé au vieux château de Saint-Germain.

_Le 9, samedi._—Il est porté au château neuf pour y loger.

_Le 12, mardi._—Il commence à tendre les mains à ce qui lui est

présenté; ce fut un livre que je lui montrois. Le livre étoit les

_Psalmes de David_, de la version de M. de Bourges, que j'avois donné à

Mme de Montglat.

_Le 17, dimanche._—La Reine arrive à douze heures et demie, on le lui

porte couvert de son chapeau de taffetas; elle le trouve grand, blanchi

et lui a fort plu. A cinq heures et demie le Roi arrive de Verneuil

avec la Reine, qui étoit allée au-devant de lui jusques à Herbelay, où

il avoit dîné. Il est porté devant le Roi; S. M. en est satisfaite et

de sa santé.

_Le 18, lundi._—A huit heures le Roi arrive et l'a fort caressé; à

deux heures Mme de Nemours le vient voir.

_Le 19, mardi._—LL. MM. le font porter au cabinet, l'ont fort caressé,

la Reine particulièrement, ce qu'elle n'avoit encore fait.

_Le 20, mercredi._—A une heure trois quarts M. Zamet; à six le Roi en

la galerie avec MM. les secrétaires, la Reine y entre.

_Le 21, jeudi._—M. de Souvré et Mme de Montglat parlent au Dauphin; il

est porté sur la terrasse au Roi et à la Reine.

_Le 22, vendredi._—Il caresse le Roi, qui part à dix heures pour

aller à Paris, la Reine pareillement, et de là à Fontainebleau, puis à

Poitiers. Le Roi revient à quatre heures trois quarts, ramené par la

chasse et accompagné de M. le prince de Conty, de M. le Grand[33], des

sieurs de Termes, de Frontenac et de Nançay; il retourne à Paris dans

le carrosse de M. de Frontenac.

[33] Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde, grand écuyer de

France.

_Le 27 mars, mercredi, à Saint-Germain._—A onze heures est arrivé le

comte Henri de Saint-Georges, ambassadeur extraordinaire du duc de

Mantoue, accompagné du sieur de la Brosse, agent pour ledit duc, et du

sieur Braccio, écuyer ordinaire de la Reine. Ils ont mené le peintre

du Quesnel[34], qui l'a tiré tout de son long; il avoit deux pieds et

demi. Ils ont dîné aux dépens de Mme de Montglat.

[34] François Quesnel.

_Le 29, vendredi._—A onze heures est arrivé le sieur de Schomberg,

grand chambellan de l'Empereur, ambassadeur extraordinaire vers LL.

MM. pour la naissance de Monseigneur le Dauphin, accompagné des sieurs

de Souvré, de Bois-Dauphin et du jeune Schomberg. Cet ambassadeur est

neveu de feu le sieur Diétrich Schomberg, qui fut tué pour le service

du Roi à la bataille d'Ivry. Il a baisé les mains, le chapeau au poing,

et fait une révérence à Monseigneur le Dauphin; à douze heures et demie

il est allé dîner à la salle, accompagné desdits sieurs, aux dépens du

Roi. L'ambassadeur revenu lui a demandé s'il vouloit mander quelque

chose à l'Empereur son oncle; il a répondu en souriant en son jargon:

_Dré_. L'ambassadeur, de joie, lui a baisé les mains, est allé aux

fontaines, et de là à Paris.

_Le 1er avril, lundi._—Mme de Vilette, M. Canaye-Branay et leur

compagnie, la comtesse de Montgomery et les filles de son mari, le sont

venus voir.

_Le 2, mardi._—Mme de Souvré, Mme de Loménie le viennent visiter.

_Le 3, mercredi, à Saint-Germain._—M. de Soboles, gouverneur de Metz,

Mme de Fervaques, veuve de M. de Laval, le viennent voir.

_Le 4, jeudi._—M. le baron de la Châtre, Mme de Villegomblin le

viennent voir.

_Le 6, samedi._—A onze heures M. de Vitry, gendre de Mme de Montglat,

arrive; M. de la Bastide, capitaine des gardes de M. de Lorraine,

arrive de sa part; à deux heures M. de Chazeron.

_Le dimanche 7, jour de Pâques._—Il considère à la messe toutes les

actions de M. l'aumônier.

_Le 8, lundi._—Il jargonne, danse au violon de Boileau, son joueur de

violon. A trois heures après-midi M. Brulart, secrétaire d'État du feu

Roi, arrive et M. de Cypierre aussi.

_Le 9, mardi, à Saint-Germain._—A huit heures Mmes de Clermont

d'Amboise, d'Abin et de Saint-Gelais; à onze heures M. d'Épernon, avec

ses trois fils, qui lui baisèrent les mains. M. d'Épernon le loua fort

et le considéra attentivement. A une heure et demie M. Puget, trésorier

de l'Épargne, et sa compagnie. A deux heures M. d'Épernon, ses enfants

et M. Puget le voient remuer, les trois enfants de M. d'Épernon

étant dans la balustre. A quatre heures M. de la Nauve et M. Lecoq,

conseillers en Parlement, et M. Martineau, qui est à M. de Montpensier,

viennent pour le visiter.

_Le 11, jeudi._—Promené; il prend plaisir à un levraut qui se vint

rendre dans l'allée du palemail et fut pris à la main par M. Petit,

archer des gardes du corps du Roi. Le Dauphin l'ayant vu le veut

soudain, l'empoigne à deux mains, se jetant dessus avec ardeur. A six

heures M. de Roissy, maître des requêtes, M. Vion, maître des Comptes,

le sont venus voir.

_Le 13, samedi._—Éveillé à minuit, teté, point dormi. Mlle de Rumilly

me vient appeler, me disant que Monseigneur le Dauphin étoit malade

du mal de dents. Je y arrive incontinent après; il s'endort à peine

jusqu'à cinq heures. J'ai toujours demeuré debout, accoudé sur le bord

de son berceau, tenant sa main droite dedans la mienne.

_Le 14, dimanche, à Saint-Germain._—A quatre heures trois quarts M. de

Saint-Fussien, conseiller de la Cour, le vient voir.

_Le 15, lundi._—Reconnu par la remueuse, qui lui mit le doigt dans

la bouche, une dent percée; M. Guérin, son apothicaire, part pour en

porter la nouvelle au Roi à Fontainebleau[35].

[35] _Voy._ la lettre du Roi à Mme de Montglat, _Lettres

missives_, V, 575.

_Le 16, mardi._—A midi et demi M. d'Épernon (qui a dit des louanges),

ses trois fils, et M. d'Échaux, évêque de Bayonne.

_Le 17, mercredi._—A midi Mme la princesse d'Orange, Mme de Bruzoles,

Mlle Beringhen et sa mère le sont venues visiter.

_Le 18, jeudi._—M. de Mansan, gentilhomme gascon, nourri et élevé par

M. de Vic, gouverneur de Calais et capitaine aux gardes du Roi, arrive

à Saint-Germain en Laye avec sa compagnie, pour la garde de Monseigneur

le Dauphin, pendant que S. M. fait son voyage en Poitou.

_Le 19, vendredi, à Saint-Germain._—A dix heures et demie M. d'Arquery

le vient voir. A sept heures trois quarts, lettres du Roi par M. Guérin.

_Le 20, samedi._—A midi M. du Passage, Mme de Fonlebon et ses filles;

il a fort caressé la petite Charlotte de Fonlebon.

_Le 21, dimanche._—A deux heures, M. de Bouqueron, président au

parlement de Grenoble, M. de Chevrier, conseiller en ladite Cour, le

viennent voir.

_Le 22, lundi._—A neuf heures et demie, M. le duc de Bouillon, M. de

Salignac, M. de Sancy et le jeune Sardini et son frère. A douze heures

et demie, Hieronimo Taxis, ambassadeur d'Espagne, tête nue, fait une

grande révérence et prend la main de monseigneur le Dauphin sans la

baiser; dit qu'il n'a pas voulu partir sans l'avoir vu auparavant. Le

Dauphin est remué en sa présence. L'ambassadeur se tenoit tout debout,

accompagné desdits sieurs; sur ce qui lui fut dit par M. de Sancy[36]

qu'il en falloit faire un mariage, il répondit qu'il n'étoit rien qui

ne se pût faire, que la reine de France étoit grosse et la leur aussi,

qu'ils avoient une damoiselle et maintenant ils auroient un fils et

nous une fille, et puis que l'on mettroit tout ensemble[37].

[36] Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, conseiller du Roi,

etc., mort en 1629.

[37] Ce projet se réalisa par le traité de 1612, qui unit

Élisabeth de France à Philippe IV et Anne d'Autriche à Louis XIII.

_Le 24, mercredi, à Saint-Germain._—Il s'est fort joué à sa

peinture[38], que je lui ai apportée de Paris.

[38] C'est-à-dire son portrait, et probablement celui gravé par

Cl. de Mallery en avril 1602, où Louis XIII est représenté à

l'âge de sept mois.

_Le 27, samedi._—A quatre heures M. le connétable l'envoie visiter;

viennent aussi Mme Deschamps, Mlle de Ligny, Mlle d'Ouailly.

_Le 28, dimanche._—M. le baron de Saint-Blancart, de la part de M.

de Biron[39], son beau-frère, avec lettre à Mme de Montglat, copie

ci-attachée[40].—M....., lieutenant général[41] à Fontenay le Comte,

âgé de quatre-vingts ans, arrive en jupe, se met à genoux et à pleurer,

le voit remuer, et s'en retournant dit à Mme de Montglat qu'il plût

à Dieu de donner à Monseigneur le Dauphin le bonheur de son père, la

valeur de Charlemagne et la piété de saint Louis; et s'étant retourné

pour s'en aller, étant au coin du grand pavillon, lève les mains au

ciel et dit: «Dieu m'appelle quand il lui plaira, j'ai vu le salut du

monde.» A trois heures M. de Sillery-Brulart et sa femme, M. de Berny,

son frère et sa femme.

[39] Charles de Gontaut, duc de Biron. Il fut arrêté le 14 juin

suivant et exécuté à la Bastille le 31 juillet.

[40] Copie de la lettre du maréchal de Biron à Mme de Montglat,

rendue par le sieur de Saint-Blancart, à Saint-Germain en Laye,

le dimanche 28 du mois d'avril 1602:

«Madame, le desir que jé de sauoyr des nouvelles de monseigneur

le Daufin me fait vous enuoier ce laquay exprés pour vous

supplyer m'en mander et me feres honneur et faueur que je

tiendray a vue très grande oblygation sy prenes la payne de me

donner aduis de son bon portement par la voye du Sr. Preuost

qui est a Parys, car jé de la pasyon et affection pour luy

desyrer vn heureux accroyssement estant de ceux qui croient que

il est donné de Dieu pour le maintien de cet estat ne pouuant

fayllyr que il ne se trouue de la generosyté, de la vertu et

de bon heur en luy estant né du Roy mon maistre qui a de Dieu

toutes ces grâces plus que jamays[A] autre Roy ny prince aye

eu. Pour moy, Madame, je le me fygure le plus beau, le plus

aimable prince qui feust ny qui sera, pour ce que toute mon

inclynation est portée a l'aymer, outre la royauté que le Roy

ly layra vn jour, il le laissera accompagné de tres bons et

fideles subiects et seruyteurs. Jauroys regret sy la mort me

preuenoit auant que je peusse rendre preuue de ce mien ardent

sele que je luy ay voué comme la plus tres humble et tres

obeissante creature du Roy son pere. Je borneray la ce mien

discours, et vous offryré mon humble seruyce et mon affection,

et vous baise bien humblement les mains estant,

«Madame,

«Vostre bien humble seruiteur

BIRON.

Ce XXIIIIe auril 1602.

Suscription:

«A Madame,

«Madame de Mongla, gouuernante

de Monseigneur le Daulphin.»

La copie de cette lettre, écrite de la main d'Héroard et

certifiée par lui, est jointe au manuscrit appartenant à M. le

marquis de Balincourt.

[A] _Jamays_ est effacé de sa main. (_Note d'Héroard._)

[41] Son nom est resté en blanc.

_Le 29, lundi, à Saint-Germain._—A sept heures, Messire Renaud de

Beaune, archevêque de Bourges, le vient voir.

_Le 30, mardi._—A onze heures viennent Mme et Mlle de Guise; dîné avec

Mme de Montglat. Mme de Guise l'a porté et fait danser. A quatre heures

MM. Archambaud, Corbonois et leurs femmes. A onze heures après midi,

lettres du Roi, de Blois, du 28, faisant mention de sa fluxion sur le

pied[42] et recommandation de son fils Alexandre et de Mademoiselle.

[42] Cette lettre, adressée sans doute à Mme de Montglat, ne se

trouve pas dans le _Recueil des Lettres missives_. Henri IV parle

de cette fluxion dans les lettres au connétable de Montmorency et

à Rosny des 25 et 26 avril.

_Le 1er mai, mercredi, à Saint-Germain._—A neuf heures et demie,

quatre députés de la ville de Metz viennent pour le visiter; à onze

heures, M. et Mme de Sancy; à une heure, M. de Bois-Dauphin; à trois

heures, M. le maréchal de Brissac et son fils.

_Le 2, jeudi._—A onze heures, et demie M. de la Rivière-Dudrach et sa

troupe; à deux heures et demie Mme de Nemours, M. de Rissay, Mme la

procureuse générale La Guesle.

_Le 3, vendredi._—A huit heures et un quart, un gentilhomme de la part

de M. d'Antragues; à une heure, Mme la présidente Dudrach.

_Le 4, samedi._—Le poil, de brun lui devient châtain clair. A une

heure, M. Campagnol, gouverneur de Boulogne; à quatre heures, M. le

prince de Condé et Mme sa mère, Mme la comtesse de Briqueil, sœur de

feu M. de Humières; à six heures, Mme de Buisseau.

_Le 5 mai, dimanche, à Saint-Germain._—Le Dauphin étant à la fenêtre

du préau répondit: _ghi_ à une bonne femme qui parloit à lui, sur le

bord du fossé, l'appelant: «mon ami.» Arnoul, contrôleur chez la Reine,

arrive.

_Le 6, lundi._—A une heure, M. le duc de Mayenne, qui fait la

révérence seulement. M. de Mayenne ne s'est jamais voulu asseoir, n'a

jamais dit mot, sinon sur ce qu'on parloit de la grossesse de la Reine

et des enfants qu'elle pourroit encore avoir, il a dit qu'il n'y en

sauroit avoir trop. Aussitôt que M. le Dauphin a été remué il s'en est

allé, et M. d'Aiguillon est venu et parti sans saluer Mme de Montglat.

_Le 7, mardi._—A dix heures et demie, M. de Cachac, capitaine de

la porte; M. Bioneau, secrétaire de M. le Grand; à quatre heures et

demie, Mme de Montmeray, nièce de M. le maréchal de Retz, avec Mme de

Montmeray, sœur de son mari, religieuse en l'abbaye de Saint-Avit près

de Châteaudun.

_Le 8, mercredi._—A midi et demi, Mme la comtesse de Chaulnes, Mme de

Chemerault, Mme de Poyane, Mme de Liancourt, sa fille, M. d'Espois, M.

Sevin, maître des requêtes.

_Le 9, jeudi, à Saint-Germain._—A midi, M. l'archevêque de Tours et M.

de La Guesle, procureur-général.

_Le 10, vendredi._—A onze heures Mme de Larchant; à deux heures et

demie le baron de Châteauneuf-Laubespine.

_Le 11, samedi._—A onze heures, M. le duc d'Elbeuf, MM. le vidame de

Chartres, Maligny, le baron des Ards en Provence; à deux heures, M.

l'amiral de Montmorency et Mme sa femme.

_Le 12, dimanche._—A dix heures et demie, les chevaliers de Sancy et

de Saint-Mesmain; à quatre heures et un quart, le capitaine Maltais, le

commissaire Lesage.

_Le 13, lundi._—A huit heures, M. Fouquet, deuxième président en

Bretagne; à douze heures et demie, M. l'évêque de Paris[43], Mme la

marquise de Menelay, sa sœur, le lieutenant général de Mâcon, qui lui

a souhaité des ans nestoriens et la lignée de Salomon.

[43] Henri de Gondi.

_Le 14, mardi._—A midi MM. de Gondi, le baron de la Tour; à trois

heures et un quart M. de Marchaumont.

_Le 15, mercredi, à Saint-Germain._—A dix heures M. de l'Isle,

d'Orléans, M. de la Motte, M. de la Violete; à douze heures et demie le

jeune comte de Montafié, Mme de Carnavalet, son petit-fils, aumônier de

Monseigneur le Dauphin, Mlle de Bourdeilles.

_Le 16, jeudi._—A douze heures et demie, M. de la Rocheposay, fils

de feu M. d'Abin; à trois heures, Mme de Colignon, M. de Lorme, M. de

Foucault, conseiller aux Aides, M. Damyn.

_Le 17, vendredi._—A onze heures, M. de Bragelongne, conseiller, et

Mlle de Luteau, sa sœur; à trois heures trois quarts M. d'Amanzay.

_Le 18, samedi._—A trois heures et demie, M. le président d'Assy et

sa femme, M. Hennequin, sieur de Manœuvre.

_Le 19 mai, dimanche, à Saint-Germain._—A trois heures et demie M.

de Sancy, Mme la marquise de Pisani, sa fille, le vicomte du Mans,

son gendre, Mme de Malissy, M. Petau, conseiller en Parlement; à

quatre heures, M. de Pisani, la More de la Reine; à six heures, Mme la

présidente Fayet, ma belle-sœur, et M. Laubigeois et sa femme.

_Le 20, lundi._—Mme de Guise s'en allant à Eu et Mlle de Guise le

viennent voir.

_Le 21, mardi._—M. le comte d'Auvergne[44] arrive sur les trois

heures, accompagné de deux hommes; il y a été une petite demi-heure,

appuyé contre la balustre, son visage à demi couvert de son manteau,

appuyé sur un pied; il tient à Mme de Montglat des propos confus et mal

cousus.

[44] Charles de Valois, comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulême,

fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet. Il fut arrêté

avec le maréchal de Biron le 14 juin suivant. Il mourut en 1650.

_Le 27, lundi._—Il arrive une vieille femme de Paris, comme une

revendeuse; elle pleure en le voyant, l'appelle: «Mon fils, la petite

courte à sa mère», et puis s'est prise à danser devant lui.

_Le 31, vendredi._—Mme Boursier, sage-femme de la Reine, vient voir le

Dauphin avec sa compagnie, dont en s'en retournant il se noya au bac de

Neuilly une femme grosse et une fille de douze ans.

_Le 2 juin, dimanche, à Saint-Germain._—Champagne, cordonnier, lui

prend la mesure de ses souliers, qui fut d'un grand point.

_Le 8, samedi._—Le baron de Treslon porta les souliers à Monseigneur

le Dauphin; à cinq heures il a été vêtu et habillé d'un corset et d'un

bas de soie, et au-dessus d'une robe carrée, faite de satin blanc rayé

d'argent. Mlle de Vendôme lui a donné sa chemise. L'habillement lui

étoit si bien séant et convenable qu'il paroissoit avoir deux ans.

_Le 9, dimanche, à Saint-Germain._—M. de Sève, président en premier

la cour des Aides à Paris, M. de Rebours, président, et M. Barentin,

conseiller en ladite Cour, sont venus de la part de leur compagnie et

ont prié Mme de Montglat de le faire entendre au Roi.

_Le 10, lundi._—Le sieur Concino[45] prie Mme de Montglat qu'il le

puisse voir vêtir; il le voit coiffer, puis habiller, prend la mesure

de sa longueur, de la grosseur du bras et de la longueur du soulier,

puis est parti pour s'en retourner en Cour.

[45] Depuis Maréchal d'Ancre.

_Le 14, vendredi._—Ses cheveux longs, châtain clair, ont trois grands

doigts de travers en longueur; les sutures du sommet presque du tout

serrées.

_Le 16, dimanche._—M. le vicomte de Bourdeilles vient visiter le

Dauphin; Mme de Montglat lui raconte les desseins et l'emprisonnement

de M. de Biron.

_Le 17, lundi._—A midi, le Roi arrive, le baise et se joue à lui;

la Reine arrive à une heure et demie, trouve au pied des degrés

Monseigneur le Dauphin, au grand escalier; elle devient soudain fort

rouge et le baise à côté du front. On le remonte à la salle du Roi; LL.

MM. se jouent un peu à lui, puis se mettent à table pour dîner, et s'en

retournent.

_Le 20, jeudi._—A six heures après midi M. le maréchal de Fervaques et

M. de Laval le viennent voir. Le premier lui a baisé le pied et l'autre

touché le bout de son tablier et baisé la main qui l'avoit touché.

_Le 22, samedi._—Il se divertit à tout, fort agréablement, fait une

chère extraordinaire à la fille de chambre de sa nourrice, lui rit.

Le Roi arrive à dix heures et demie par son petit pont. Le Roi s'est

joué à lui et lui a vu prendre sa bouillie. Le Roi a voulu prendre le

demeurant et dit: «Si l'on demande maintenant: Que fait le Roi? l'on

peut dire: Il mange sa bouillie.» Le Roi lui fait prendre sa barbe à

deux mains; il la tire bien fort et lui fait mal. Il lui fait prendre

celle de M. de Montigny; il la prend à deux mains et se soulève tout le

corps pour la tirer plus fort; il a pris la moustache de M. le Grand.

Mme la marquise de Verneuil arrive à une heure, caresse fort M. le

Dauphin, mais, ce disoit-on, avec peine. Elle dîna, se joua après fort

à Monseigneur le Dauphin. On a fait voir à S. M. les caresses qu'il

avoit jà faites à Tienette Clergeon, native de Lagny, fille de chambre

de Mlle sa nourrice, le Roi l'ayant lui-même fait approcher et la lui

présentant. Il l'a vue pleurer comme elle s'en alloit. Le Roi est

parti pour s'en retourner à Paris, à sept heures et demie, et a fait

prendre dans son carrosse Monseigneur le Dauphin par Mme la marquise de

Verneuil, qui l'a porté jusques au bout de la cour. On l'a repris; le

Roi est parti.

_Le 23 juin, dimanche, à Saint-Germain._—Porté à la salle du Roi; vu

Tienette, fait les mêmes caresses, lui rit, lui empoigne la joue à

pleine main.

_Le 25, mardi._—Le sieur Decourt, par commandement de la Reine, en

tire le crayon. A quatre heures trois quarts, la Reine arrive; on le

lui porte au-devant. La Reine veut que l'on lui amène Tienette; il lui

fait caresses. La Reine part fort contente à six heures et demie.

_Le 28, vendredi._—M. de Rosny, revenant de Rosny, le voit dans son

berceau.

_Le 4 juillet, jeudi, à Saint-Germain._—Il a été peigné pour la

première fois, y prend plaisir, et accommode sa tête selon les endroits

qu'il lui démangeoit.

_Le 10, mercredi._—A midi le Roi arrive, se joue à lui à diverses

reprises, la Reine pareillement.

_Le 11, jeudi._—A sept heures et demie après midi, le Roi et la Reine

s'en retournent à Paris.

_Le 17, mercredi._—Il lui a été mis des lisières à sa robe pour

l'apprendre à marcher.

_Le 21, dimanche, à Saint-Germain._—La Reine arrive à dix heures, le

Roi à dix heures et demie.

_Le 22, lundi._—Vêtu d'une cotte neuve, du présent de la Reine, il

est porté à huit heures au jardin, au Roi qui se promenoit, ayant pris

de l'eau de Pougues[46]. La Reine le demande, on le lui apporte, il

pleure; il le faut emporter, le Roi ne le peut apaiser. Porté chez la

Reine, le Roi y étant; ils ont voulu voir sa tête, l'ont fait brosser,

et en ont toute la journée eu leur agréable passe-temps.

[46] Héroard commence en ces termes son livre _De l'institution

du Prince_, dédié au Dauphin et publié en 1609: «Au temps que

le Roi séjournoit à Saint-Germain en Laye, y prenant quelques

jours de ceux-là qu'il employe continuellement aux plus grandes

affaires de son État pour les donner à sa santé, buvant à cet

effet, par l'avis de ses médecins, des eaux portées des fontaines

de Pougues.»

_Le 24, mercredi._—Vêtu à sept heures, il prend plaisir et se

rit à plein poumon, quand la remueuse lui branle du bout du doigt

sa guillery. A huit heures, porté à la chambre de la Reine, aux

fiançailles du baron de Gondi et de la signora Polyxena Gonzaga, l'une

des filles de la Reine. Le Roi lui continue toujours ses caresses.

_Le 28, dimanche._—Le Dauphin, vêtu à sept heures, se promène, se

tourne pour voir s'il a ses soldats, rencontre le Roi, le reconnoît en

souriant. Le Roi se cache derrière moi et l'appelle; il le cherche,

l'aperçoit enfin et se met à sourire. Mme d'Angoulême[47], Mme la

princesse d'Orange[48] arrivent; la Reine lui donne une petite

turquoise mise à son doigt.

[47] Charlotte de Montmorency, fille du connétable, mariée en

1591, à Charles de Valois, duc d'Angoulême; elle n'avait pas été

enveloppée dans la disgrâce de son mari. Voy. _Lettres missives

de Henri IV_, V, 616.

[48] Louise de Coligny, veuve d'abord de Téligny, tué à la

Saint-Barthélemy, puis de Guillaume de Nassau, dit le Taciturne,

prince d'Orange, assassiné en 1584.

_Le 29, lundi._—Le Roi et la Reine arrivent de la chasse, commandent

de le leur porter. Le Roi lui fait voir donner la curée du cerf pris

au-dessus de Ruel; il ne s'en étonne point.

_Le 31 juillet, mercredi._—Impatient pour sortir; il rencontre le Roi;

mené en carrosse dans la forêt à voir passer le cerf couru par le Roi,

qui avoit dîné à Forqueil, où s'étoit faite l'assemblée. Porté au Roi,

dedans son lit, blessé d'une chute, courant le cerf. Il tient un bâton;

je prends un brin de fagot, j'en frappe contre son bâton pour escrimer;

le jeu lui plaît, il me poursuit en riant par toute la chambre. Tout le

reste du jour paisible et fort gai.—Ce jourd'hui, à cinq heures, le

maréchal de Biron eut la tête tranchée à la Bastille[49].

[49] Nous reproduisons tel quel le texte du manuscrit. Cette

chute de Henri IV, le jour de la mort de Biron, n'eut pas de

suites, car Héroard n'en reparle pas, et on n'en trouve pas trace

dans le _Recueil des Lettres missives_.

_Le 1er août, jeudi, à Saint-Germain._—Le poil lui éclaircit, la tête

se nettoie. Promené; il rencontre le Roi, voit la Reine, caresses

accoutumées.

_Le 2, vendredi._—Promené il rencontre le Roi, lui rit et tend les

bras; va en la chambre de la Reine. On lui fait chercher le Roi dans

le lit de la Reine; ne le trouvant point il entre en grande colère. Il

va en la chambre du Roi, qui le met coucher avec lui, avec infinies

caresses.

_Le 4, dimanche._—Allées et venues. M. de Rosny. Porté à la chambre du

Roi, qui soupoit; il lui a fait prendre de la soupe, qu'il a fort bien

mangée.

_Le 7, mercredi._—Il rencontre le Roi, qui fait semblant de ne le

point voir; il crie; le Roi se retourne, va à lui et l'embrasse. Au

sortir de la messe, Engoulevent[50] se met à chanter et le Dauphin

aussi; le Roi y prend plaisir pour un peu de temps. A cinq heures

arrive Bartholomæo Pusuynki, Polonois, clerc de la chambre et nonce

extraordinaire de Sa Sainteté vers le Roi, conduit par M. de Sillery.

Mme la comtesse de Guichen[51], lui envoye une épée par M. de

Frontenac en présence du nonce. Le Roi et la Reine en ont pris grand

divertissement.

[50] _Voy._ la note du 14 janvier 1604.

[51] Diane d'Andouins, dite _la belle Corisande_, veuve de

Philibert, comte de Gramont et de Guiche, ancienne maîtresse de

Henri IV. Elle mourut vers 1620.

_Le 9 août, vendredi, à Saint-Germain._—Au sortir du jardin il

rencontre le Roi, qui entroit; caresses accoutumées, réciproques.

_Le 10, samedi._—Le Roi, et la Reine partent et lui disent adieu, fort

contents.

_Le 21, mercredi._—A trois heures et demie mis dans le carrosse et

porté au bâtiment neuf, pour l'éloigner de Messieurs, qui avoient eu la

rougeole[52].

[52] _Voy._ la lettre du Roi à Mme de Montglat, du 29 août.

(_Lettres missives_, V, 661.)

_Le 22, jeudi._—A deux heures, le clarissimo Marino Cavalli,

ambassadeur de Venise, entre en la balustre, ayant demandé permission à

Mme de Montglat, le salue, baise sa main, et puis embouche (_sic_) la

sienne, et peu après se couvre. On met au Dauphin son épée au côté et

son chapeau en tête, qu'il enfonce en mauvais garçon; il bat fort et

ferme le tambour avec les deux baguettes. L'ambassadeur prend congé de

lui et baise sa main, puis embouche la sienne.

_Le 25, dimanche._—Promené; mis aux fenêtres pour le faire voir à

grand nombre de peuple venu pour le voir[53], dont la plus part s'est

mis à genoux et plusieurs les larmes aux yeux.

[53] C'était le jour de la Saint-Louis.

_Le 5, jeudi._—A douze heures trois quarts Mme de Longueville laisse à

Saint-Germain M. son fils.

_Le 6 septembre, vendredi, à Saint-Germain._—M. Pary, chevalier de la

Jarretière, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre devers le Roi, le

vient voir, parle à Mme de Montglat, ayant fait une révérence de la

tête, de loin, à M. le Dauphin, puis, s'approchant de lui, en fait une

autre et se met à se promener avec la dite dame.

_Le 8 septembre, dimanche, à Saint-Germain._—On porte le pain bénit

au Dauphin; il tenoit le goupillon, fait ses affaires à croupeton sur

le tapis; le goupillon qu'il tenoit s'y mêle, et si l'aumônier n'y eût

pris garde, en donnant de l'eau bénite il en eût donné.

_Le 11, mercredi._—Il écoute les contes que lui fait Mlle de Ventelet

touchant l'Infante[54], qu'il couchera avec elle; il en rit.

[54] Anne d'Autriche, née le 22 septembre 1601.

_Le 12, jeudi._—Crié extrêmement; Mlle de Ventelet lui vient donner le

bon jour de la part de l'Infante; il s'apaise soudain, et se prend à

rire.

_Le 15, dimanche._—A huit heures le page de M. de Longueville arrive

pour savoir de ses nouvelles; ayant parlé à Mme de Montglat et s'en

retournant, le Dauphin l'appelle d'un _Hé!_ et se retrousse, lui

montrant sa guillery. Il est porté au vieux château par le commandement

du Roi, qui arrive à cinq heures. Porté au pied du degré au devant du

Roi, l'obscurité et la foule des hommes fut cause qu'il eut peur. Le

Roi le caresse; à sept heures et un quart la Reine arrive.

_Le 16, jeudi._—Il montre sa guillery à M. d'Elbenne; porté chez

la Reine, il voit la signora Passithea, en eut peur, à cause de la

coiffure.

_Le 17, mardi._—A quatre heures, porté chez la Reine; la marquise de

Verneuil y arrive, au cabinet de la Reine; le Roi y arrive.

_Le 18, mercredi._—Sur les dix heures et demie le Roi part pour

aller dîner à Saint-Cloud et de là à Paris, pour conduire la Reine à

Fontainebleau pour attendre ses couches.

_Le 19, jeudi._—Il commence à cheminer avec fermeté, soutenu sous les

bras.

_Le 23, lundi._—Fort gai, émerillonné; il fait baiser à chacun sa

guillery. Le comte de Visé, du marquisat de Saluces, ambassadeur

extraordinaire du duc de Savoie, et le comte de Hems, ambassadeur

extraordinaire d'Écosse, le viennent voir.

_Le 25 septembre, mercredi, à Saint-Germain._—M. de Montpensier lui

baise les mains au berceau et lui a donné la chemise.

_Le 27, vendredi._—Il se joue à sa guillery, repousse son ventre en

dedans, qui l'empêchoit de la voir. Il vient un gentilhomme flamand,

du parti espagnol, pour le voir; il se y trouve un vieil Espagnol qui

entrant et sortant lui donna sa bénédiction la larme à l'œil, en

souhaitant le mariage de l'Infante[55].

[55] Le Dauphin entrait ce jour-là dans sa deuxième année.

_Le 30, lundi._—A douze heures un quart le sieur de Bonières et sa

fille, jeune; il lui a fort ri, se retrousse, lui montre sa guillery,

mais surtout à sa fille, car alors la tenant et riant son petit rire il

s'ébranloit tout le corps. On dit qu'il y entendoit finesse. A douze

heures et demie le baron de Prunay; il y avoit en sa compagnie une

petite damoiselle; il a retroussé sa cotte, lui montré sa guillery avec

une telle ardeur qu'il en étoit tout hors de soi. Il se couchoit à la

renverse pour la lui montrer.

_Le 8 octobre, mardi, à Saint-Germain._—Le Roi arrive, se joue à lui;

la Reine pareillement.

_Le 9, mercredi._—Porté au Roi au jardin, où il faisoit bien froid;

porté à la chambre de la Reine.

_Le 11, vendredi._—Porté au Roi, à la galerie rouge, à une heure et

demie un ambassadeur allemand; à six heures Mme la princesse d'Orange.

_Le 12, samedi._—A deux heures et demie endormi; le Roi arrive, qui

l'éveille, le baise et s'en va pour retourner à Paris. Sur les trois

heures, comme il ne faisoit que s'endormir, la Reine l'éveille, et s'en

va soudain; comme on le rendormoit, arrive M. le comte de Soissons,

qui conduit les députés généraux du pays de Dauphiné pour rendre

l'hommage, qu'ils firent à genoux, fors l'archevêque de Vienne[56], qui

porta la parole, M. le Dauphin étant dans un berceau. Il leur tendit la

main à tous pour la baiser.

[56] Jérôme de Villars.

_Le 13 octobre, dimanche._—Porté à la messe; les députés de Dauphiné

y étoient. Lesdits députés ont donné des présents: à Mme de Montglat,

un buffet d'argent de la valeur de trois cents écus; à Mlle Piolant, un

bassin et une aiguière d'argent, valant environ cent écus; une chaîne

d'or pesant quatre-vingts écus à Mlle la nourrice, et une de cinquante

à la remueuse; et des pièces d'or et d'argent faites en mémoire de la

naissance de M. le Dauphin à plusieurs du château et aux officiers de

Mme de Montglat.

_Le 17, jeudi._—Promené à la chambre du Roi, à dix heures, où il a vu

les ambassadeurs de Suisse venus pour jurer et confirmer l'alliance

avec le Roi; il leur a baillé sa main à baiser. Ils furent conduits par

M. de Souvré et M. de Vic, ambassadeur pour le Roi vers les Cantons.

Ils furent fort satisfaits de M. le Dauphin, qui sembloit avoir composé

sa façon pour cet acte. Ils furent traités à dîner aux dépens du Roi,

en la salle du Roi, et leurs officiers en la salle du bal, où ils

étoient cent à table.

_Le 24, jeudi._—Le Roi arrive à neuf heures et demie, revenant de la

chasse, où il avoit été deux jours, et venoit découcher à Villepreux;

il le trouve fort gentil, lui donne du sucre rosat. A douze heures et

trois quarts, le Roi part et s'en retourne à Paris.

_Le 5 novembre, mardi, à Saint-Germain._—A onze heures et demie, le

Roi arrive de Fontainebleau; il voit le Roi, résolu. Le Roi va dîner;

porté au dîner du Roi, il fait baiser sa guillery à M. de Souvré, à M.

de Termes, à M. de Liancourt, à M. Zamet. Le Roi part à trois heures

pour aller coucher à Paris.

_Le 15, vendredi._—A trois heures M. le prince de Condé[57], Mme

sa mère, M. de Haucourt viennent voir le Dauphin. Sa nourrice lui

dit: «Monsieur, voyez votre petit cousin qui vous vient voir.» Il

se retourne, regardant tous ceux qui étoient contre la balustre, le

va choisir et lui tend la main, que M. le Prince lui baisa alors. A

l'entrée M. d'Haucourt lui dit qu'il allât baiser la robe du Dauphin;

il se tourna, et lui dit qu'il ne le falloit pas faire.

[57] Henri de Bourbon II, né posthume, le 1er septembre

1588, était alors âgé de quatorze ans; sa mère était

Charlotte-Catherine de la Trémoille; elle mourut en 1629.

_Le 16, samedi, à Saint-Germain._—M. le prince de Condé prenant congé

de lui, il le suit après, le regardant toujours, et se prend à pleurer;

il faut que M. le Prince revienne pour partir sans être aperçu; Mme la

princesse de Condé lui vient dire adieu.

_Le 21, jeudi._—Porté au château neuf.

_Le 22, vendredi._—Naissance de Madame[58], à Fontainebleau, environ

les neuf heures du matin.

[58] Élisabeth de France, mariée par procuration à Philippe IV,

roi d'Espagne, en 1615, morte à Madrid, en 1644.

_Le 23, samedi._—Nouvelles de la naissance de Madame, le jour

précédent, sur les neuf heures du matin[59].

[59] C'est à la date du 23 novembre 1602 qu'il faut rapporter

la lettre du Roi à Mme de Montglat que M. Berger de Xivrey a

classée à l'année 1608. (_Lettres missives_, VIII, 647.) Voici

cette lettre: «Madame de Montglat, vous m'avez fait plaisir que,

sur l'avis que le fils de Frontenac avoit la petite vérole, de

transporter mon fils au petit château. Faites le même de mon

fils Alexandre et de ma fille; les quels je vous recommande,

et que vous me mandiez souvent des nouvelles de mon fils. Ma

femme accoucha hier, sur les neuf heures du matin, de ce qu'il

a plu à Dieu. De quoi elle est plus fâchée que moi, qui l'en

console. Bonjour, madame de Montglat. Ce XXIIIe novembre, à

Fontainebleau.—HENRY.»

La phrase du Roi sur la seconde couche de Marie de Médicis

s'explique par ce passage de la circulaire sur la naissance

de Madame Élisabeth: «Ce n'est pas chose qui soit, selon les

apparences humaines, si avantageuse qu'eût été un fils.» On

verra que le 23 novembre 1608 Henri IV était au château de

Saint-Germain avec le Dauphin.

_Le 28, jeudi._—A onze heures et un quart le colonel Postech, de

Berne, le sieur Ryech, député de Zurich, lui ont baisé la main, qu'il

leur a tendue; ils n'étoient pas venus à Saint-Germain avec les autres.

Ils lui ont dit qu'ils étoient ses très-humbles serviteurs et alliés,

lui ont derechef baisé la main en s'en allant; le sieur Ryech avoit la

larme à l'œil d'aise en lui disant adieu.

_Le 12 décembre, jeudi, à Saint-Germain._—A huit heures trois quarts

joué à de petits jeux. On lui demande: «Où est le mignon de papa?» Il

se montre, frappant sur son estomac. Je lui demande: «Où est le mignon

de l'Infante?» Il met la main sur sa guillery.

_Le 19, jeudi._—Rapporté au vieux château à une heure; à six heures le

Roi et la Reine, accompagnés de M. le maréchal de la Châtre, arrivent

en sa chambre; ils l'ont trouvé fort gentil.

_Le 20, vendredi._—Le Roi et la Reine l'entendent jargonner, y

prennent plaisir.

_Le 21, samedi._—Le Roi oit la messe en sa chambre; le Dauphin est

porté chez la Reine. A une heure, le Roi l'ayant baisé part pour s'en

retourner à Paris, la Reine peu après.

_Le 23, lundi._—Le Roi arrive à onze heures et demie à

l'assemblée[60]; le Dauphin est porté en la cour devant lui, ne le

salue point, sinon quand le Roi lui eut tiré le chapeau; il ôte le

sien, puis se recouvre quand le Roi lui eut dit: «Couvrez-vous,

Monsieur.» Porté au dîner du Roi à onze heures et demie, mis au bout de

la table, rêveur; le Roi se joue à lui, le fait jargonner. Le Dauphin

reconnoît M. de Guise ne lui ayant été montré qu'une fois. A cinq

heures arrive M. de Rosny; le Roi revient de la chasse, fait porter le

Dauphin dans son cabinet. A six heures, porté au bout de la table avec

le Roi, qui lui fait donner une cuillerée de vin fort trempé. Rapporté

en sa chambre, à sept heures trois quarts, le Roi y vient, il le prend,

le promène; le Dauphin danse en branle donnant la main à Alexandre

Monsieur, le Roi lui ayant commandé de le faire. A huit heures et demie

M. le comte de Soissons lui donne sa chemise à brassière; le Roi le

baise et s'en va coucher.

[60] C'est-à-dire au rendez-vous de la chasse.

_Le 24, mardi, à Saint-Germain._—Le Roi arrive à neuf heures, va

déjeuner à la petite salle; le Dauphin y est porté, regarde déjeuner le

Roi attentivement. Le Roi s'en retourne à Paris, et part à dix heures.

_Le 30, lundi._—Sur les quatre heures trois quarts, le Dauphin est

porté en hâte au-devant de Madame, sa sœur, à laquelle heure Madame

arrive, conduite par Mlle Piolant et MM. de Montglat et de Villeserin,

écuyer servant de la Reine. M. le Dauphin, porté par sa nourrice, est

descendu par la petite montée du côté de la chambre de Madame, et

rencontre vis-à-vis de la porte de l'autre petite montée, à huit pas

près, Madame, que l'on descendoit de la litière; prise et portée par M.

de Villeserin. Il fut aise et sans dire mot de la voir, lui ayant été

dit: «Monsieur, voilà votre sœur.»

_Le 31, mardi._—Madame est portée en sa chambre; il la baise

doucement. A douze heures et demie, le Roi arrive; le Dauphin, porté

dans la chambre du Roi, y a été durant le dîner et a donné la serviette

au Roi, qui la lui avoit demandée. Le Roi part pour aller à la chasse.

A quatre heures et demie la Reine arrive, vient en la chambre de

Madame, où j'étois, puis va en celle de M. le Dauphin. A cinq heures il

est porté chez la Reine, à sept heures au souper du Roi, qui lui donne

de la gelée, dont il étoit friand, et du vin.

Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610) · 第 23 / 51 题