L'ATTITUDE DE LA FRANCE

Le pays se montra calme et résolu. Les gardes nationales s'armèrent, les

municipalités siégèrent en permanence. On s'assura par endroits de la

personne des suspects, on interna au chef-lieu du département les prêtres

réfractaires les plus perturbateurs, mais il n'y eut aucun désordre,

aucune violence, rien qui rappelât la Grande Peur.

Ce calme imposant de la France a été bien dépeint dans deux lettres

écrites par Thomas Lindet à son frère Robert au moment même:

La France a été frappée d'un coup électrique qui s'est fait sentir d'un

bout du royaume à l'autre avec la rapidité la plus inconcevable. Partout

la même énergie, le même ordre, les mêmes sentiments, la même attitude

fière et inébranlable; la liberté est défendue par deux ou trois millions

de baïonnettes, et la Constitution est environnée de milliers de bouches à

feu qu'on appelait jadis _ratio ultima regum_ et qui sont aujourd'hui les

meilleurs arguments du peuple. D'un bout à l'autre de la France, on s'est

empressé d'envoyer à l'Assemblée nationale des adresses qui renferment les

principes du droit public les plus fortement prononcés.... [Note: Thomas

Lindet à Robert Lindet, 27 juin 1791, dans la _Correspondance_ publiée par

A. Montier.]

Vous aurez une idée de la tranquillité qui règne dans Paris quand vous

lirez le procès-verbal de l'Assemblée nationale toujours tenante et

délibérante presque sans interruption, sur les matières qui étaient à

l'ordre, et quand vous saurez que les adjudications des biens nationaux se

sont faites avec la même tranquillité et le même avantage dans les

enchères. J'ai vu des furieux humiliés, j'ai vu couler des larmes de

quelques prêtres fanatiques. Était-ce le désespoir ou le repentir qui les

arrachait? Je n'en sais rien, mais les scélérats qui ont compté que le

peuple nous égorgerait, les imbéciles qui ont espéré que la noblesse

détruite voudroit renaître des cendres de nos habitations, doivent être

bien atterrés par le spectacle de cet empressement avec lequel les

ci-devant nobles jurent de défendre la patrie, et de ce concert qui règne

dans toutes les classes de la société! Nous pouvions jurer de défendre la

patrie et la liberté des Français, nous pouvons jurer aujourd'hui que les

Français seront libres et qu'aucune puissance ne renversera l'édifice de

la Constitution. [Note: Thomas Lindet à Robert Lindet, 22 juin 1791.]

Les grandes journées de la Constituante · 第 83 / 101 题