LES PRÉCÉDENTS, LES FÉDÉRATIONS

C'est pour réprimer les troubles, pour protéger les subsistances, pour

rétablir l'ordre indispensable à la régénération de la chose publique que

se forment, après la Grande Peur, les premières fédérations, véritables

ligues armées au service de l'Assemblée nationale. Le sentiment qu'elles

tiennent à exprimer tout d'abord, à proclamer bien haut, c'est leur

confiance absolue dans le dogme politique de la toute puissance des

représentants de la nation à préparer et à assurer le bonheur public.

Elles ne doutent pas que les intrigues des méchants, les conspirations des

aristocrates ne soient le seul obstacle qui retarde l'heure prochaine de

la félicité générale et c'est pour déjouer leurs intrigues, leurs complots

qu'elles ont pris les armes. Elles protestent de leur soumission sans

bornes à la _Constitution_, de leur ardent amour de la _Patrie_.

Et par Patrie elles n'entendaient pas une entité morte, une abstraction

incolore, mais une fraternité réelle et durable, un mutuel désir du bien

public, le sacrifice volontaire de l'intérêt privé à l'intérêt général,

l'abandon de tous les privilèges provinciaux, locaux, personnels.... La

liberté dont les Fédérés se proclament «idolâtres», ce n'est pas une

liberté stérile, une liberté neutre, indifférente, mais c'est la faculté

de réaliser leur idéal politique profondément unitaire, le moyen de bâtir

leur cité future harmonieuse et fraternelle....

II n'est pas exagéré de prétendre que les cultes révolutionnaires sont

déjà en germe dans les fédérations, qu'ils y ont pris racine. Ces grandes

scènes mystiques furent la première manifestation de la foi nouvelle.

Elles firent sur les masses l'impression la plus vive. Elles les

familiarisèrent avec le symbolisme révolutionnaire qui devint de suite

populaire. Mais, surtout, elles révélèrent aux hommes politiques la

puissance des formules et des cérémonies sur l'âme des foules. Elles leur

suggérèrent l'idée de mettre ce moyen au service du patriotisme.... [Note:

A. Mathiez, _Les origines des cultes révolutionnaires_. Paris, 1904, pp.

39-46.]

Les grandes journées de la Constituante · 第 58 / 101 题