Il est impossible de dépeindre le mouvement immense qui tout à coup
souleva la ville entière de Paris [à la nouvelle du renvoi de Necker]. On
y prévit tout ce à quoi il fallait s'attendre, l'assemblée nationale
dissoute par la force, et la capitale envahie par l'armée. Les citoyens
accourent au Palais-Royal, leur rendez-vous accoutumé; la consternation
les y avait conduits; la fureur commune s'y alluma, mais telle qu'elle dut
se communiquer en un moment à cette vaste et populeuse enceinte. La
première Victime du despotisme devint l'idole et la divinité du jour. Les
citoyens prennent un buste de M. Necker; ils y joignent celui de M.
d'Orléans, dont on disait aussi qu'il allait être exilé, et les promènent
dans Paris suivis d'un immense cortège. Des soldats du Royal-Allemand
reçoivent ordre de charger, et frappent de leurs sabres ces bustes
insensibles: plusieurs personnes sont blessées. Le prince de Lambesc était
sur la place de Louis XV avec des soldats de Royal-Allemand; le peuple lui
jette des pierres; alors il se précipite dans les Tuileries le sabre à la
main et blesse un vieillard qui s'y promenait. Tandis que les femmes et
les enfans, effrayés, poussent mille cris, le canon tire et tout Paris est
sur pied et crie aux armes; le tocsin sonne, les citoyens enfoncent les
boutiques des armuriers.
Ils battent une compagnie de Royal-Allemand, et l'émotion continue durant
toute la journée jusqu'à ce que, la nuit étant survenue, des brigands,
apostés hors de Paris, brûlent les barrières, entrent dans la ville et
courent les rues, que remplissaient heureusement des patrouilles de
citoyens, de gardes-françaises et de soldats du guet. [Note: Rabaut, _op.
cit._, p. 68.]