LE 12 JUILLET

Il est impossible de dépeindre le mouvement immense qui tout à coup

souleva la ville entière de Paris [à la nouvelle du renvoi de Necker]. On

y prévit tout ce à quoi il fallait s'attendre, l'assemblée nationale

dissoute par la force, et la capitale envahie par l'armée. Les citoyens

accourent au Palais-Royal, leur rendez-vous accoutumé; la consternation

les y avait conduits; la fureur commune s'y alluma, mais telle qu'elle dut

se communiquer en un moment à cette vaste et populeuse enceinte. La

première Victime du despotisme devint l'idole et la divinité du jour. Les

citoyens prennent un buste de M. Necker; ils y joignent celui de M.

d'Orléans, dont on disait aussi qu'il allait être exilé, et les promènent

dans Paris suivis d'un immense cortège. Des soldats du Royal-Allemand

reçoivent ordre de charger, et frappent de leurs sabres ces bustes

insensibles: plusieurs personnes sont blessées. Le prince de Lambesc était

sur la place de Louis XV avec des soldats de Royal-Allemand; le peuple lui

jette des pierres; alors il se précipite dans les Tuileries le sabre à la

main et blesse un vieillard qui s'y promenait. Tandis que les femmes et

les enfans, effrayés, poussent mille cris, le canon tire et tout Paris est

sur pied et crie aux armes; le tocsin sonne, les citoyens enfoncent les

boutiques des armuriers.

Ils battent une compagnie de Royal-Allemand, et l'émotion continue durant

toute la journée jusqu'à ce que, la nuit étant survenue, des brigands,

apostés hors de Paris, brûlent les barrières, entrent dans la ville et

courent les rues, que remplissaient heureusement des patrouilles de

citoyens, de gardes-françaises et de soldats du guet. [Note: Rabaut, _op.

cit._, p. 68.]

Les grandes journées de la Constituante · 第 24 / 101 题