Le 8 juillet, Mirabeau prononça un terrible réquisitoire contre les
mauvais conseillers du roi qui compromettaient le trône: «Ont-ils prévu
les conseillers de ces mesures, ont-ils prévu les suites qu'elles
entraînent pour la sécurité même du trône? Ont-ils étudié dans l'histoire
de tous les peuples comment les révolutions ont commencé, comment elles se
sont opérées?» Il déposa la motion suivante:
Qu'il soit fait au roi une très humble adresse, pour peindre à S.M. les
vives alarmes qu'inspire à l'Assemblée nationale de son royaume l'abus
qu'on s'est permis depuis quelque temps du nom d'un bon roi pour faire
approcher de la capitale et de cette ville de Versailles des trains
d'artillerie et des corps nombreux de troupes tant étrangères que
nationales, dont plusieurs se sont cantonnés dans les villages voisins, et
pour la formation annoncée de divers camps aux environs de ces deux
villes.
Qu'il soit représenté au roi, non seulement combien ces mesures sont
opposées aux intentions bienfaisantes de S.M. pour le soulagement de ses
peuples dans cette malheureuse circonstance de cherté et de disette de
grains, mais encore combien elles sont contraires à la liberté et à
l'honneur de l'Assemblée nationale, propres à altérer entre le roi et ses
peuples cette confiance qui fait la gloire et la sûreté du monarque, qui
seule peut assurer le repos et la tranquillité du royaume, procurer enfin
à la nation les fruits inestimables qu'elle attend des travaux et du zèle
de cette Assemblée.
Que S.M. soit suppliée très respectueusement de rassurer ses fidèles
sujets en donnant les ordres nécessaires pour la cessation immédiate de
ces mesures également inutiles, dangereuses et alarmantes, et pour le
prompt renvoi des troupes et des trains d'artillerie aux lieux d'où on les
a tirés.
Et attendu qu'il peut être convenable, en suite des inquiétudes et de
l'effroi que ces mesures ont jetés dans le coeur du peuple, de pourvoir
provisionnellement au maintien du calme et de la tranquillité; S.M. sera
suppliée d'ordonner que dans les deux villes de Paris et de Versailles, il
soit incessamment levé des gardes bourgeoises qui, sous les ordres du roi,
suffiront pleinement à remplir ce but sans augmenter autour de deux villes
travaillées des calamités de la disette le nombre des consommateurs.
[Note: Réimpression du _Moniteur_.]
La motion de Mirabeau fut votée, à l'unanimité moins quatre voix, à
l'exception du dernier paragraphe que les électeurs de Paris allaient se
charger de mettre en application. [Note: Dès le 25 juin les électeurs de
Paris avaient agité le projet d'une milice bourgeoise.]