La reprise d'_Angelo_, drame en cinq actes de Victor Hugo, a été
l'occasion d'un succès personnel considérable pour Mme Sarah Bernhardt,
organisatrice et principale interprète de l'oeuvre, et pour ses
partenaires, Mlle Dufrène, MM. de Max, Desjardins et Deneubourg. La mise
en scène et les costumes sont superbes: c'est en somme un très beau
spectacle. Quant à dire que cette reprise ajoutera quelque chose à la
gloire du poète, ce serait évidemment aller à l'encontre du sentiment
général. Le romantisme a vécu: le public ne «coupe plus» à ses tirades
emphatiques, et les horreurs où il se complaît ne provoquent plus que le
sourire.
Le nouveau spectacle du théâtre Antoine ne présente qu'un intérêt moyen.
_L'Amourette_, de M. Pierre Veber, amusante à suivre avec son enlèvement
en auto, qui est tout à fait dans la note du moment, ne va pas sans
engendrer une certaine lassitude à cause de ses longueurs; et puis ce
vaudeville est joué sans conviction. Les _Manigances,_ de M. Athys,
mettent en scène avec esprit une tentative de rupture entre deux amants;
le rôle de la femme, tout de sentiment et de bonne grâce, est très bien
tenu par Mlle Jeanne Lion. Enfin une pièce «juridique» à la Courteline:
les _Experts_, par M. Benière, a beaucoup plu; elle démontre une fois de
plus que, si l'on a à réclamer une indemnité, il vaut mieux s'entendre à
l'amiable: les frais de justice mangent tout. (Voir _l'Huître et les
Plaideurs_.)
Dans la _Fille de Jorio_, tragédie pastorale en trois actes, donnée au
Nouveau-Théâtre, M. G. d'Annunzio développe avec une vive ardeur
mystique une histoire analogue à celle du Succube, si bien contée par
Balzac en vieux français:
Une pauvre fille de la campagne, innocente et pure, est cruellement
sacrifiée par des paysans qui veulent voir l'oeuvre du démon en sa grâce
ensorceleuse. Ce rôle, admirablement interprété par Mlle Suzanne
Desprès, a conquis à l'oeuvre toutes les sympathies du public.
Il est superflu d'ajouter que la traduction de M. G. Hérelle est de tous
points remarquable.
[Illustration: LE REPORTER MODÈLE, par Henriot.]
_NOUVELLES INVENTIONS_
_(Tous les articles publiés sous cette rubrique sont entièrement
gratuits.)_
_LE VULCANISATEUR EXPRESS "SANS"_
La fragilité des pièces collées sur chambres à air et bandages de
pneumatiques est bien connue de tout le monde; elle est due à ce que le
caoutchouc servant d'adhésif n'est pas du caoutchouc vulcanisé, solide
et peu altérable, mais bien du caoutchouc naturel, poisseux et peu
résistant. D'autre part, la vulcanisation, ou sulfuration, est une
opération peu à la portée de tout le monde.
M. Sans a créé des nécessaires vulcanisateurs-express, permettant de
donner aux pièces de caoutchouc, et cela d'une façon instantanée, toute
la solidité voulue. L'expérience suivante prouve bien d'ailleurs
l'évidence du phénomène.
Si l'on applique quelques couches de dissolution sur une plaque de
verre, il reste une pellicule de caoutchouc naturel sur la plaque ainsi
traitée; étendons sur une moitié de cette pellicule une couche de
liquide vulcanisateur et passons ensuite sur l'ensemble un pinceau
imbibé de sulfure de carbone, la moitié non vulcanisée se trouve presque
instantanément dissoute, la moitié vulcanisée résiste et se détache sous
forme de caoutchouc solide, plus apte à tous usages que la partie
n'ayant subi aucun traitement.
[Illustration:]
Le nécessaire Sans comporte deux flacons; le premier est une solution de
caoutchouc; le deuxième, un liquide vulcanisateur, une râpe et une
brosse sont jointes à l'appareil. Un nettoyage parfait est nécessaire
pour assurer le succès de tout raccommodage. Il se fait à l'aide de la
râpe dont le côté rond est taillé à grains fins.
Ce côté de la râpe doit servir à bien gratter les parties à coller, de
façon à enlever les matières étrangères ou saletés qui s'y trouvent
adhérentes.--En un mot, on doit bien mettre le caoutchouc à vif.
L'autre côté de la râpe, qui est plat et dont les grains sont plus gros,
doit servir à écorcher le caoutchouc pour permettre à la dissolution de
bien pénétrer dans les pores de cette substance. Après cette opération,
on doit épousseter soigneusement avec la petite brosse pour enlever les
pulpes.
Il suffit ensuite d'appliquer, comme d'habitude, deux ou trois couches
de dissolution sur les deux parties à réunir; dès que la dissolution est
sèche, on passe une couche de liquide vulcanisateur et l'on applique
fortement. Il est aisé de reconnaître que le caoutchouc est vulcanisé,
car les bords des pièces ne sont pas poisseux comme d'habitude. Les
recollages ainsi obtenus sont très solides et ne craignent pas la
chaleur.
--Pour tous renseignements concernant cet appareil, s'adresser à _M,
J.-B. Sans, 15, rue Vanderkinderen, Bruxelles._
_Pour, toutes insertions concernant les nouvelles inventions, écrire au
service des Nouvelles Inventions à l'Illustration, 13, rue
Saint-Georges, Paris._
[Illustration: Supplément.]
[Note du transcripteur: Les suppléments ont, pour la plupart, été
perdus; ils ne sont d'ailleurs pas contenus dans les éditions reliées de
26 numéros.]