LES FEMMES DE NOS MINISTRES

En 1902, lors de l'avènement du ministère qui vient de terminer sa

carrière, _l'Illustration_, après avoir, comme il convenait, publié les

portraits de MM. les ministres, donnait, pour la première fois, ceux de

MMmes les «ministresses». L'innovation fut goûtée et l'on nous sut gré

de faire cesser l'inégalité de traitement, vraiment injuste, qui, depuis

trop longtemps, réservant la pleine lumière de l'avant-scène aux seuls

chefs d'emploi munis du portefeuille, laissait leurs distinguées

compagnes dans l'ombre de la coulisse.

«La femme d'un ministre, écrivions-nous à ce propos, est-elle une simple

«particulière»? Ne partage-t-elle pas la fortune politique de son mari?

N'est-elle pas pour lui, sinon une Égérie, du moins une précieuse

collaboratrice, en donnant réceptions et dîners, aidant le maître de la

maison à gouverner ces importantes sections de son ministère: les salons

et la salle à manger? N'a-t-elle pas, elle aussi, sa «vie publique», qui

consiste surtout à organiser et à présider des fêtes de bienfaisance?

Enfin, tout comme l'homme en place, n'est-elle pas à l'honneur et à la

peine?»

On nous pardonnera cette répétition, puisque, aussi bien, l'inauguration

d'un nouveau cabinet, où figurent d'ailleurs quatre membres du

précédent,--M. Rouvier, président du conseil, en tête,--nous fournit

l'occasion d'une récidive justifiée par les mêmes raisons d'équité.

Ajoutons qu'elle est encouragée par la faveur du public, toujours très

désireux de connaître, au moins en effigie, nos «ministresses»,

personnes de marque, sans caractère officiel, il est vrai, mais non sans

influence, chargées d'un rôle parfois délicat, où s'exerce à merveille

la diplomatie féminine, et d'autant plus dignes de nos hommages qu'elles

représentent, au premier plan, ces deux choses difficiles à réaliser en

politique: la grâce et l'élégance.

[Illustration: S. S. Pie X. Mgr Radini Tedeschi. CONSÉCRATION DE Mgr

RADINI TEDESCHI, ÉVÊQUE DE BERGAME, DANS LA CHAPELLE SIXTINE, AU

VATICAN. _Photographie G. Felici._]

[Illustration: LE CARDINAL RICHARD, ARCHEVÊQUE DE PARIS, QUI VA CÉLÉBRER

SES «NOCES DE DIAMANT.» Photographie De Jongh, Frion succ.]

Le vénérable archevêque de Paris, le cardinal Richard, âgé de

quatre-vingt-six ans, et qui est à la fois le doyen de création des

cardinaux français et le doyen d'âge de l'épiscopat de France, va fêter

l'anniversaire qu'il est convenu d'appeler, pour les prêtres comme pour

les époux, «noces de diamant», autrement dit le soixantième anniversaire

de son ordination sacerdotale.

Né à Nantes en 1819, issu de l'ancienne et noble famille de Lavergne,

Mgr Richard fut élevé dans le château de ce nom, puis fit ses études au

séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Ordonné prêtre en 1845, il fut

vicaire général de Nantes durant vingt années. En 1871, il devint évêque

de Belley; en 1875, coadjuteur de l'archevêque de Paris, avec future

succession. A la mort du cardinal Guibert, en 1886, Mgr Richard prit

possession de son siège et en 1889 le pape Léon XIII lui donna le

chapeau de cardinal.

[Illustration: LA DÉLÉGATION DES OUVRIERS DE SAINT-PÉTERSBOURG A

TSARSKOÏE-SELO. Après leur réception par le tsar au palais Alexandre, le

1er février, les ouvriers délégués des usines et des fabriques de

Saint-Pétersbourg ont été reconduits à la gare dans les voitures de la

cour. Le palais Alexandre est la résidence particulière du tsar à

Tsarskoïé-Sélo; il est situé à peu de distance du grand palais Catherine

où fut reçu M. Loubet en 1902. _D'après un croquis de notre envoyé

spécial._]

[Illustration: Le salon de lecture de l'Hôtel de France, à

Saint-Pétersbourg: tous les journaux sont passés au "caviar". _Dessin

d'après nature de M. Paul Thiriat._]

L'Illustration, No. 3233, 11 Février 1905 · 第 13 / 27 题