LA CONSÉCRATION D'UN ÉVÊQUE AU VATICAN

A la date où paraîtra ce numéro de _l'Illustration_, le gouvernement

aura probablement déposé sur le bureau de la Chambre son projet de loi

destiné à réaliser la séparation des Églises et de l'État, une des

principales réformes inscrites au programme du nouveau cabinet, comme

elle l'était au programme du cabinet Combes. C'est là une question

brûlante: depuis plusieurs mois déjà, la rupture diplomatique entre la

France et le Saint-Siège est un fait consommé, la dénonciation du

Concordat paraît imminente; mais l'éventualité plus ou moins prochaine

de cet événement considérable n'est pas pour détourner du Vatican

l'attention de notre pays; il semble, au contraire, qu'en raison même

des circonstances elle se porte plus que jamais vers les choses de Rome,

de cette Rome papale, où, malgré toutes les tempêtes, la tradition de

l'Église catholique demeure immuable.

Là, dominant les soucis de la politique, le souverain pontife continue

d'exercer son ministère avec sérénité. Ces jours derniers, il procédait

à la consécration d'un prélat italien, l'évêque de Bergame. Pie X

officia en personne à l'autel de la chapelle Sixtine; puis, après

l'accomplissement de la cérémonie suivant les rites solennels, il prit

part à la collation d'usage. Ces agapes offrent une particularité

caractéristique: le pape ne s'assoit pas, ainsi que Jésus, à la même

table que ses disciples; il a son couvert mis sur une petite table

séparée, d'où il préside au repas. Peut être, _in petto_, regrette-t-il

son isolement et trouve-t-il bien rigoureuse cette prescription du

protocole sacré, dont les inflexibles gardiens considèrent la stricte

observation comme une des conditions nécessaires de la hiérarchie

ecclésiastique.

L'Illustration, No. 3233, 11 Février 1905 · 第 11 / 27 题