LA LUMIÈRE QUI MONTE

Christiane Dallène en fut sans doute persuadée, car elle renvoya

l’Arménien, puis elle s’étendit sur son lit de camp, situé en face du

mien, assez loin d’ailleurs, puisqu’il touchait l’autre versant de la

tente. La jeune fille ne retira rien de ses vêtements, elle ne rabattit

même pas les plis de la moustiquaire.

Comme l’Arménien était reparti avec sa lanterne, l’épaisse nuit du

dehors avait de nouveau envahi notre abri de toile. La lune montait

peut-être dans le ciel, mais sa lumière ne traversait pas le rideau des

palmes et des ricins.

Williams et moi, nous restions sur place. Je crois que nous avions

surtout le souci de simuler, pour Christiane attentive, un sommeil sans

à-coup, avec une respiration régulière, comme il se doit, tout en

restant sur le qui-vive.

L’obscurité, sous la tente, nous avait permis d’ouvrir les yeux, et nous

regardions le filet de nuit extérieure qui marquait la mince ouverture

de la toile retombante sur la porte d’entrée. C’était par là que les

événements qui ne pouvaient manquer de se produire allaient pénétrer

jusque chez nous.

Or, voici que dans le silence des feuillages de palmiers, agités comme

des tigettes de zinc, par une brise insoupçonnable, la porte de la tente

fut soulevée, d’une façon imperceptible, et quelque chose ou quelqu’un

glissa.

Je sais que je ne pus retenir un mouvement, à ce moment-là, car je

voulus me rendre compte tout de suite, si l’ombre qui venait de passer

était entrée ou sortie... Le bras de Williams me retint sur place, et

tous deux, mon ami et moi, nous restâmes encore un long instant

immobiles. Puis, Williams se décida:

--Il me semble que l’on est entré ici... ou bien que quelqu’un est

parti, la toile est mal refermée.

--Il... me... semble, balbutiai-je.

--C’est peut-être Christiane, prononça Williams de sa voix la plus

naturelle. Pourvu qu’elle ne soit pas malade.

Or, la main de Williams me serrait fortement le bras, et je compris que

je ne devais rien répondre de compromettant. Nous avions l’impression,

ainsi couchés, que nous étions surveillés par quelqu’un qui se tenait

caché. Aucune preuve; mais cependant la certitude absolue que l’on nous

guettait, derrière ce rempart de toile, quelque part... Je cherchais à

tâtons, sans bruit, près de moi, la crosse de mon revolver, et j’étais

sûr que Williams avait déjà pris son arme sous ses couvertures.

Tout haut, pour l’indiscret qui nous espionnait, mon ami parla:

--Où peut-elle bien être?

Mais je ne me sentais plus la force de rester immobile. Je me penchai

vers Williams.

--Nous ne pouvons pas laisser s’accomplir ce guet-apens contre Lucien

Lemans.

Sur le même mode confidentiel, il répliqua:

--Que décides-tu?

--Partir à sa recherche, le mettre au courant, l’aider surtout...

--Il y a quelques minutes, c’était là mon avis. Maintenant, non. J’ai

réfléchi.

--Tu as peur?

--Pas cette fois-ci, observa Williams sans élever la voix. Mais ce M. de

Henne parlait un peu trop haut, tout à l’heure. Il pensait à nous: il

savait que nous étions ici et que nous pouvions l’entendre. Donc, il

s’adressait indirectement à nous. Voilà pourquoi je n’irai pas au

rendez-vous qu’il nous a donné cette nuit: c’est un guet-apens. Quant à

Christiane, elle est venue voir si nous dormions. Elle est repartie à

présent, persuadée que nous n’avions pas écouté sa conversation avec

Henne. Si nous sortions, nous les rencontrerions, elle et lui, de retour

de leur expédition inutile. Et alors, que dirions-nous?

--Nous ne leur devons pas de comptes. Et nous avons bien le droit, il me

semble, de faire des rondes autour du camp lorsque nous entendons des

bruits suspects.

--Non, il vaut mieux attendre encore. Christiane va revenir. Elle ne

peut pas être loin.

A ma grande surprise, Williams avait parlé à haute voix.

--Elle revient même... Tiens, entends ces chiens qui se répondent.

Cependant Williams s’était levé. Il me conseilla de l’imiter, et, à

tâtons, nous sortîmes dans la noire profondeur d’une opaque nuit.

Quelques tisons, sous la cendre du foyer, fumaient encore... Le camp

dormait. Du reste, Rives-Ribière et Sartigues seuls devaient être

couchés; Lucien Lemans, Prénonne, Christiane et Henne étaient partis on

ne savait où...

Nous avancions lentement. Nos pieds enfonçaient dans le sable de

l’oasis, et nous n’osions pas nous aventurer dans les endroits que l’on

présumait boisés parce qu’on n’y voyait rien. Nous fîmes ainsi le tour

du camp, puis, ayant gagné un chemin goudronné, nous marchâmes quelque

temps. Des aboiements de chiens, au loin, des branches secouées par le

vol d’un oiseau de nuit, au-dessus de nous et, soudain, la fuite de

quelque chacal dans les fourrés.

Mais comme nous avions ralenti, nous entendîmes distinctement quelqu’un

qui s’avançait à nos côtés. Williams dirigea sur l’homme aux souliers

cloutés la lumière de sa lampe de poche et, dans le trou de clarté

ouvert sur la nuit, il nous fut possible de reconnaître M. de Prénonne,

qui, ébloui par le jet électrique, s’était arrêté et ne pouvait nous

voir.

--Que me voulez-vous? demanda-t-il à tout hasard.

--Nous faisons une ronde. Nous avons entendu des bruits...

--Ah! c’est vous, monsieur Williams... Moi aussi, j’avais entendu, et

même, ajouta-t-il en se rapprochant de nous, j’ai vu une lumière qui

s’enfonçait dans l’oasis; j’ai voulu la rejoindre... Je l’ai suivie un

moment. J’y voyais assez pour me diriger.

--Vous êtes seul? interrompit Williams.

--Non. Je me trouvais avec Lemans. Il n’est pas venu avec moi,

d’ailleurs. Il m’a annoncé qu’il préférait rentrer. Quand Lemans a été

parti, je suis tombé par terre, je ne sais comment, et lorsque je me

suis relevé, la lumière avait disparu. Vous êtes arrivés à ce moment.

Mais vous n’avez pas allumé de lanterne?

--Non, dit Williams.

--Je ne comprends pas. Ne serait-ce pas quelqu’un du campement?

--C’est possible. Il n’y a plus personne sous les tentes, en dehors de

Rives-Ribière et de Sartigues.

--Comment? M. de Henne est également sorti?

--Il y a longtemps que nous n’avons pas vu M. de Henne, murmura

Williams... Lemans a dû rejoindre le camp. Nous devrions rentrer.

Il en fut ainsi décidé, mais Williams et moi, dès cette minute-là,

étions intimement persuadés que Henne, par le moyen de Christiane,

inconsciente sans doute du rôle qu’on lui faisait jouer, avait essayé de

nous attirer dans quelque embuscade.

La nuit était si profonde que nous aperçûmes les tentes du campement

lorsque nous fûmes arrivés dans les piquets des cordes... Christiane

était là qui nous attendait peut-être, et ses questions témoignèrent

tout de suite son affolement.

--Vous n’avez rien remarqué? Vous avez vu quelque chose?

--Des choses étranges, oui... Et vous?

--Je n’ai rien aperçu.

Williams se demandait alors, comme il me l’avoua plus tard, pourquoi la

jeune fille se trouvait au camp, pleine d’une inquiétude qu’elle ne

parvenait pas à dissimuler? Et Christiane pressentit sans doute la

question que l’on se posait; elle y répondit, en se tournant vers moi,

car j’étais le seul en qui elle devinait, avec son instinct si sûr

parfois, un défenseur possible.

--Je me suis réveillée tout à l’heure, j’ai eu peur du silence; alors je

vous ai cherchés, j’ai appelé... Tout le monde était parti. Je n’ai

trouvé personne...

Mais je savais bien qu’elle ne disait pas la vérité. Et Williams aussi

le savait. Si Christiane avait appelé, elle aurait réveillé

Rives-Ribière et Sartigues qui n’étaient point sortis du camp. Si elle

nous avait cherchés, elle aurait vu les deux couchettes de Rives-Ribière

et de Sartigues occupées. Et à quel moment plaçait-elle son réveil,

puisqu’elle avait simulé le sommeil pendant cinq minutes seulement et

que nous avions quitté le camp un quart d’heure après elle... Mais tout

le monde ne possède pas une excellente mémoire.

--Et maintenant, que faisons-nous?

C’était Prénonne, toujours indécis, qui, privé de son conseiller

ordinaire--M. de Henne--nous interrogeait. Williams surveillait

Christiane. Il me fit part de ses réflexions:

--C’est bizarre, dit-il. Elle court un grand danger, ou bien elle

redoute quelque catastrophe pour quelqu’un... Annonce-lui donc que nous

devons aller à la recherche de Lemans.

Je fis ce que Williams me conseillait, et Christiane me jeta un regard

de colère. Williams se mit à rire.

--Cette parole-là, elle n’est pas prête à te la pardonner.

Puis, se tournant vers Prénonne qui attendait notre décision:

--Lemans n’est pas encore revenu. Et Henne non plus. Maintenant que nous

sommes en nombre, nous pourrions repartir, armés sérieusement, avec

fusils, revolvers, etc... Et nos lampes électriques.

--Il n’y en a que trois! observa étourdiment Christiane.

--Où sont les deux autres?

Quand on chercha les lampes de poche, on n’en découvrit plus que trois

en effet; les deux meilleures avaient disparu. Williams possédait

toujours la sienne.

--Vous venez avec nous?

--Ce monsieur est bien assez grand pour trouver seul son chemin, annonça

Christiane, en haussant les épaules.

Mais quand nous partîmes, elle nous suivit. Ainsi se termina ce

singulier conseil que nous avions tenu, près d’un feu de bivouac, sur

lequel on jetait quelquefois des écorces sèches de palmiers qui nous

éclairaient brusquement, de bas en haut.

Nous allions les uns derrière les autres, Williams en tête, puis

Prénonne, puis Christiane. Je marchais sur le même plan que Prénonne,

mais à une distance de deux ou trois mètres. Le temps était plutôt

humide que froid; cependant nous étions sensibles à la fraîcheur de

l’oasis, dans le matin qui commençait, parce que nous avions passé une

nuit presque blanche. Williams parfois faisait jouer le ressort de sa

lampe pour éclairer la piste, devant nous, mais nous nous guidions

surtout avec les mains, nous évitions les colonnes des palmiers et,

lorsqu’un jet de clarté surgissait, nous avions l’air d’aveugles qui

s’avancent à tâtons... Cette randonnée nouvelle ne m’enchantait guère et

je pensais, avec quelque amertume, à Rives-Ribière et à Sartigues, qui,

eux, avaient eu la bonne inspiration de ne pas abandonner leurs

couchettes. S’ils s’étaient levés, Prénonne les aurait entraînés dans

cette expédition.

--Une lumière, là-bas, qu’on agite!

Je regardais cette lueur que j’avais déjà remarquée, avant Williams qui

la signalait comme une chose extraordinaire, et je puis bien avouer que

je n’y avais pas attaché d’importance. Nous nous étions arrêtés, et il

devint évident que la lumière bougeait. Quand je me déplaçais moi-même,

je ne m’étais pas aperçu de cette étrangeté. La clarté, on eût dit d’une

lanterne de voiture, montait et descendait, disparaissait soudain, puis

surgissait encore dans la profondeur de l’oasis, assez lentement, jamais

très haut ni très bas. Un homme, assurément, devait la balancer ainsi, à

bout de bras.

Nous nous regardions, cherchant en nous-mêmes une explication

convenable. A ce moment-là, je ne pouvais pas voir le visage de

Christiane, mais je fus certain qu’il était très pâle... Comme je

cherchais à l’observer davantage, Williams dut avoir la même pensée que

moi, peut-être parce que mon manège ne lui avait point échappé, et, sous

prétexte d’éclairer le chemin, il dirigea quelques secondes le jet de sa

lampe sur Christiane.

Celle-ci, les yeux fixes, s’appuyait, sans bouger, près d’un palmier.

--C’est trop fort! articula Prénonne.

--Il faut aller se rendre compte, émit Williams.

--Un signal convenu, mais avec qui? Si vous y répondiez, M. Lecharier,

en répétant autant que possible... C’est peut-être Lemans.

--Nous sommes trop loin. Il ne verrait pas la lumière de ma petite

lampe.

Nous marchâmes encore, prudemment, le revolver à la main, prêts à toute

surprise, mais, comme nous pensions nous être rapprochés de l’endroit où

la lumière montait et descendait, nous ne vîmes subitement plus rien.

Tout avait disparu. Déconcertés, nous hésitions à poursuivre notre

route. C’est alors que Prénonne conseilla à Williams d’élever sa

lanterne.

Ce ne fut pas long.

A peine la lampe électrique eut-elle brillé au-dessus de nous, que des

balles claquèrent dans l’oasis, tirées dans notre direction.

Nous nous étions couchés aussitôt, et à plat ventre, dans le sable qui

glissait sous notre poids, nous attendîmes la fin de l’attaque, ou

plutôt de cet étrange guet-apens.

Tout d’abord, comme les coups avaient été rapides et successifs, nous

avions cru à une rencontre d’éclaireurs. Il n’est pas rare, en effet,

que les tribus nomades de ce coin de Mésopotamie, toujours en rivalité,

se livrent à des razzias par surprises et même à des combats. Peut-être

étions-nous tombés sur quelques cavaliers envoyés en reconnaissance ou

sur un parti de maraudeurs Haoufs... Le mieux, dès lors, était de ne

point faire usage de nos armes, jusqu’à ce que nos assaillants fussent à

portée de nos revolvers.

Mais comme nous ne bougions pas, nous eûmes le temps de remarquer que

les coups de feu, assez espacés, devaient être tirés par un seul

homme,--peut-être deux,--qui déchargeaient un pistolet de gros calibre,

probablement, au hasard... on entendait parfois des cris et nous

pensions que c’étaient des ordres--ou des injures--en arabe...

--Nous sommes entourés de fanatiques, souffla Prénonne en étendant la

main, devant lui, sur le sable humide.

--Nous sommes très mal entourés, appuya Christiane.

--Qui peut être cet imbécile? grognait Prénonne, mécontent d’avoir perdu

son casque de liège au moment où il s’agenouillait.

--Ne serait-ce point, par hasard, ce monsieur qui est venu de Suez

jusqu’ici avec nous?

--Guère probable, répondit Williams.

--Et qui, se croyant attaqué, se défendrait.

--En criant des injures en arabe? demanda encore Williams.

--Pour mieux donner le change.

Ces mots échappèrent presque à Christiane. Elle s’en rendit compte, du

reste, aussitôt qu’elle les eut prononcés. Mais c’était trop tard.

Williams les retournait déjà:

--De quel monsieur parlez-vous? Du docteur Neikuls?

--Précisément, assura la jeune fille.

--Alors, il y a erreur, «madame», coupa sèchement une voix, près de

nous, et que je reconnus aussitôt. Christiane aussi la reconnut, car

elle se recula brusquement, et l’on entendit le bruit de sa retraite sur

le sable qu’elle déplaçait en se traînant, tandis que le docteur

Neikuls, Lucien Lemans pour mieux dire, nous expliquait qu’il s’était

perdu dans l’oasis et nous cherchait depuis longtemps.

--Votre lumière tout à l’heure m’a bien servi. Et lorsqu’on vous a tiré

dessus, j’ai pensé que vous ne deviez plus bouger. Cependant, je n’osais

approcher trop vite.

--Et vous nous avez écoutés.

--Le temps de vous reconnaître... et je me suis déclaré...

--Juste à point pour éviter une erreur judiciaire... Il me semble que

nous sommes au complet, poursuivit Williams. Nous pourrions rentrer.

--Et Constantin de Henne? remarqua Prénonne.

--Je ne suis pas inquiet pour lui. C’est le seul qui manque, du reste.

--Pardon, il y a encore MM. Rives-Ribière et Sartigues, corrigea

Christiane.

--Ils étaient au camp quand nous sommes partis.

--Pourquoi ne sont-ils pas venus avec nous?

--Parce qu’ils dormaient, dis-je.

--Et vous trouvez que c’est une excuse? repartit Christiane en se

retournant de mon côté.

--Je n’ai pas à apprécier.

--Vous serez toujours le même.

Mais Williams songeait que Christiane défendait trop bien Henne pour ne

pas en savoir plus qu’elle ne voulait en dire.

Les coups de feu avaient cessé pendant cette discussion, et c’est à

peine si nous nous en étions aperçus. Nous repartîmes, Williams toujours

en tête, et parfois, pour nous retrouver, nous faisions fonctionner nos

petites lampes électriques.

Au camp, tout le monde dormait, y compris l’Arménien. Cependant, le

lendemain, Rives-Ribière confia à Williams que Sartigues et lui avaient

entendu des coups de feu cette nuit-là.

Sur le moment, ils n’y prêtèrent pas grande attention, mais, un peu plus

tard, quelques instants avant que nous rentrions au camp, ils avaient

cru percevoir du bruit dans la tente occupée par Prénonne et Constantin

de Henne. Puis, comme le calme était revenu, Sartigues et lui se

rendormirent.

Prénonne, ce matin-là, au moment où nous allions nous coucher, souleva

la porte de notre tente et nous annonça:

--L’expédition est au complet. Henne dort comme un innocent.

--Comme un innocent, reprit Williams, écho fidèle.

--Voulez-vous le voir?

--Non, merci.

Cependant Prénonne ne s’en allait point. Il restait là, à l’entrée de

notre tente, affectant cet air faussement méditatif qui lui était si

coutumier au point qu’il faisait partie de son naturel. Prénonne donnait

toujours l’impression de poser devant un appareil enregistreur.

--C’est incroyable, murmurait Williams, ce que l’imitation faussement

conçue de Napoléon a pu induire de pauvres bougres dans tout un

engrenage de catastrophes héroï-comiques.

Prénonne parlait peu; nous le savions. Il était sujet, comme beaucoup de

ses pareils, à des crises d’isolement, de solitude mélancolique, puis

ses rêves d’impérialisme reprenaient le dessus. Enfin, il se décida:

--Dormez bien.

Et sa voix résonnait solennelle:

--Si vous entendez du bruit, ne vous alarmez pas. Ali-Rhem nous rejoint

ce matin avec des mulets et des chevaux. Je viens de l’apprendre par un

éclaireur.

Tous ces préparatifs pour nous annoncer ce secret! Prénonne se résumait

là tout entier.

--Alors, bonne nuit, messieurs.

Nous lui souhaitâmes bonne nuit, puisque cette équipée nocturne marquait

tout au moins la reprise des relations polies. Sitôt que Prénonne fut

parti, Williams m’expliqua:

--Je suis certain «qu’il» est rentré pendant que vous parliez, Lemans et

toi, «il» s’est glissé tout équipé sous ses couvertures, sans avoir pris

le temps d’enlever ses bottes de chasse.

--Si nous allions nous en assurer.

A ce moment, la tête de Christiane apparut dans le pan de toile

soulevée. Elle s’approcha de son lit de camp, puis elle nous regarda

l’un après l’autre, avec un air de visible triomphe.

--Nous éclaircirons tout cela demain, décida Williams.

Mais je ne doutais pas que sa religion ne fût entièrement édifiée, car

il souriait en arrangeant son lit.

Sous les murs de Bagdad · 第 66 / 89 题