Je comptais te dédier cet épisode de l'histoire intime du Maroc bien
avant ton élection triomphale dans le Jura. Tu n'étais alors qu'un
diplomate en vacances, épris de solitude, amoureux de nos belles
montagnes qui mériteraient de retenir, au seuil de la Suisse classique,
le voyageur distrait. Tu paraissais faire fi des plaisirs que la
crainte peut corrompre, devenu provisoirement un parfait rat des champs.
Tout au plus, et comme en te jouant, avais-tu accepté d'être le premier
au village et, tôt après, le premier au canton. Ces lauriers, si
humbles, tu les avais cueillis d'un air si détaché, qu'il semblait que
ce fût, de ta part, un acte de haut dilettantisme.
Aujourd'hui, j'ai l'air, comme l'éléphant pieux, de saluer le soleil
levant. Qu'importe! Je maintiens ton nom en tête de cet ouvrage,
qui ne sera cité dans aucun Livre Bleu, Blanc, Jaune ou Rouge, et
dont l'intérêt se trouve être exclusivement d'ordre anecdotique. Tu
n'en seras, je l'espère, ni abaissé ni glorifié outre mesure, et je
n'attends même pas de toi le remerciement banal que ne refusent jamais
les professionnels du succès.
Mais il est juste qu'ayant à parler du mystère marocain, je ne change
rien à mon dessein antérieur de placer sous tes auspices ce roman
véritablement vécu, écrit en marge de la grave politique, qui sera
l'histoire de demain.
Nous avons eu, en effet, une longue conversation au sujet du
Maroc--bien avant Algésiras, hélas!--et je ne puis mieux faire que
de la reproduire, en lui gardant sa forme cursive et son allure
primesautière.
Voici l'article publié par moi dans _le Rappel_ du 15 septembre 1904
et cité, à cette date, par la plupart des journaux de Paris et de
l'étranger: