II

Ô pâle Ophélia! belle comme la neige,

Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!

--C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège

T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté!

C'est qu'un souffle inconnu, fouettant ta chevelure,

À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;

Que ton coeur entendait la voix de la Nature

Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits!

C'est que la voix des mers, comme un immense râle,

Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;

C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,

Un pauvre fou s'assit, muet, à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre Follet

Tu te fondais à lui comme une neige au feu.

Tes grandes visions étranglaient ta parole:

--Un Infini terrible effara ton oeil bleu!

Poésies complètes, avec préface de Paul Verlaine et notes de l'éditeur · 第 70 / 125 题