Autrefois la Chine, comme le Japon, était fermée aux étrangers. De là
sur beaucoup de points l'infériorité de ce pays et les moeurs si
tranchées de ses habitants. Mais aujourd'hui que l'extrême Orient ouvre
toutes grandes ses portes au commerce, à la science, à la civilisation
de l'Occident, et montre qu'il est résolu à en faire son profit, cette
dissemblance ira chaque jour s'affaiblissant, et dans un avenir plus ou
moins rapproché cessera d'être sensible. Avant que ce moment soit venu,
il ne sera donc pas sans intérêt, croyons-nous, de photographier et de
consigner dans ce recueil quelques-uns de leurs types, ceux entre autres
qui nous semblent appelés à disparaître des premiers, et qui
appartiennent à cette classe des gagne-petit, classe en Chine si vive,
si laborieuse, si intelligente. Le Chinois, en effet, pratique également
bien tous les métiers, et, quelque durs qu'ils puissent être, il le fait
avec autant de prestesse que d'assiduité. Son tempérament d'ailleurs se
prête merveilleusement au travail, à la sobriété, à l'économie.
Malheureusement il est un peu voleur. On ne saurait être parfait.
Le premier type que nous offrons au lecteur est populaire à Pékin. C'est
le marchand de jouets d'enfants. D'un pied léger, on le voit, dès le
matin, avec le panier qui renferme sa fortune et sur lequel il saura
avec art disposer sa marchandise, gagner la rue où il stationnera,
attendant les clients. Car il n'est pas riche et ne peut se payer le
luxe d'une de ces boutiques à fond bleu et vert parsemé d'or qui font un
si bel effet dans les grandes rues de Pékin, tirées au cordeau et sans
cesse remplies d'une foule immense. Mais il ne compte pas non plus dans
sa clientèle beaucoup de mandarins. C'est aux petites gens qu'il
s'adresse, et c'est aux beaux yeux de leur modeste cassette qu'il fait
les doux yeux. Il vit tout de même et le plus souvent fait très-bien ses
affaires.
Notre second type, le cordonnier ambulant, est un nomade. Il ne plante
pas sa tente dans un lieu fixe. Il rayonne, et va de ville en village
indifféremment. Il porte son outillage tantôt sur l'épaule, aux deux
bouts d'un bâton, comme nos porteurs d'eau portent leurs seaux, tantôt
sur une brouette surmontée d'une voile pour s'aider du vent. Arrivé à
destination, il s'établit dans le premier coin venu et se met à
l'ouvrage. Il travaille pour homme et pour femme, fait le neuf, mais ne
dédaigne pas le vieux... surtout pour lui: Je ne sais si notre proverbe:
«Les cordonniers sont les plus mal chaussés,» a cours en Chine, mais à
le voir on le croirait.