Nous ne savons s'il faut ranger dans la catégorie des nouvelles à
sensation dont l'imagination des journalistes s'est montrée si prodigue
depuis quelque temps, le bruit mis en circulation par un journal qui ne
publie d'ordinaire ses informations qu'à bon escient: «On nous donne,
dit le _Temps_, une nouvelle importante que les articles récents des
journaux légitimistes faisaient déjà pressentir: le cabinet du 24 mai,
reconnaissant que la restauration de la monarchie est impossible avec
les prétentions bien connues du comte de Chambord et les dispositions
également notoires de la majorité de l'Assemblée, serait résolu à
proposer soit par lui-même, soit par l'intermédiaire de plusieurs
députés, une prorogation des pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon pour cinq
ans.
«Quant aux lois constitutionnelles, le gouvernement les examinerait et
les discuterait au même point de vue que MM. Thiers et Dufaure,
c'est-à-dire au point de vue du fait républicain à maintenir à
organiser.»
Malgré une note de l'agence Havas, datée de Versailles et déclarant que
jusqu'à présent le conseil des ministres n'avait pris aucune
détermination au sujet de la prorogation des pouvoirs du maréchal de
Mac-Mahon, le _Temps_ persiste dans ses affirmations; il ajoute même que
le maréchal-président, dont les dispositions avaient d'abord paru
douteuses, se serait déclaré prêt à accepter cette prorogation et que,
dans la pensée du gouvernement, l'Assemblée se séparerait après avoir
voté la loi électorale.
Nous n'avons pas besoin d'insister sur la gravité du fait que signale le
_Temps_, s'il est exact. Ce ne serait rien moins, en effet, que le
cabinet de Broglie reprenant pour son compte la politique de M. Thiers.
Resterait à savoir si la majorité suivrait le cabinet dans un pareil
changement de front et si elle n'y répondrait pas par un nouveau 24 mai.
En attendant, l'attention du conseil des ministres s'est portée sur les
élections complémentaires destinées à pourvoir aux sièges vacants à
l'Assemblée nationale et pour une partie desquelles les délais de
convocation légaux vont expirer. Les journaux de la droite voient avec
peine arriver cette échéance inévitable et s'efforcent de répondre par
avance aux suggestions des feuilles républicaines, qui en escomptent les
résultats.
Nous n'entreprendrons pas de résumer les subtilités de toutes sortes
auxquelles les journaux se laissent aller à ce sujet; qu'il nous suffise
de citer, comme une des plus curieuses, cette théorie émise par le
_Français_, et d'après laquelle il n'y aurait pas lieu de convoquer les
électeurs dans un département lorsqu'une seule vacance se serait
produite dans sa représentation.
Nous n'avons pas parlé, jusqu'à présent, des troubles survenus en
Algérie parce que leur importance avait été évidemment exagérée, et que
d'ailleurs les renseignements positifs faisaient défaut. Une
correspondance officieuse de l'agence Havas nous apprend qu'en effet, le
calme est complètement rétabli dans notre colonie, mais que le général
Chanzy, gouverneur général de l'Algérie, vient d'être appelé à
Versailles pour conférer avec le conseil des ministres sur les mesures à
prendre pour assurer le maintien de l'ordre, mesures parmi lesquelles il
serait question de faire figurer la mise en état de siège de la province
d'Alger. Des désordres d'une autre nature ont éclaté sur la frontière de
notre colonie, mais cette fois parmi des tribus marocaines, et le
général commandant la province d'Oran a dû prendre des mesures pour
assurer l'inviolabilité de notre territoire, tout en observant la plus
stricte neutralité dans un conflit qu'il n'appartient pas à l'autorité
française de faire cesser.