grâce en vous avisant comme nous arrivâmes ici samedi dernier, en
grand peine de trouver logis, à cause de la grande multitude de gens
venus pour faire leurs adieux. Grâce soit rendue à Monseigneur le
Maréchal lequel nous a fait très bon accueil en considération de
Monseigneur le Cardinal (Pierre de Foix) et de la ville, et le
lendemain matin nous fit avoir audience du Roi. Celui-ci nous vit
volontiers et nous fit aussi un très grand accueil. Après avoir vu nos
lettres et avant que nous eussions rien autrement pu lui dire, il nous
appela près de lui, mais si près que nous nous touchions l'un l'autre,
et cela afin que personne ne pût entendre ce qu'il nous disait. Il
nous dit que nous étions les bienvenus, mais que lui ne pouvait
entendre à cette heure ni, par aventure, de tout le jour, mais
qu'avant de nous entendre, il voulait savoir de nous ce que nous
savions bien, qu'étant en son pays du Dauphiné, quelqu'un nous avait
dit et avisé la ville d'Avignon qu'il y avait quelques gascons qui
devaient faire en sorte que la ville passât, pour son compte, au
pouvoir de son maréchal d'Armagnac et que eux l'avaient notifié et
fait dire au Roi son père (dont Dieu ait l'âme) et qu'il voulait que
nous lui disions quel était cet inventeur qui nous avait dit et
dénoncé un pareil projet, car jamais il n'avait eu une telle intention
et que si la chose avait été vraie il n'aurait pas été assez téméraire
pour de sa vie mettre les pieds dans Avignon ni pour en passer aussi
proche qu'il l'a fait. Qu'il commet à Monseigneur le Maréchal et à
Messire Jean Bureu le soin de nous entendre à cet égard et que nous
eussions à leur dire qui sont ceux qui nous ont donné cet avis et qui
sont les inventeurs d'une pareille chose. Là-dessus le Roi nous a
laissés pour aller à la messe, puis diner, puis après dîner, aller aux
joutes que Monseigneur de Bourgogne faisait faire; et le soir, à un
banquet. Le tout a été un grand triomphe, et dans le même jour nous
dinâmes avec Monseigneur le Maréchal, nous lui affirmâmes en lui
disant que nous ne savions en vérité qui était l'auteur de l'avis dont
le Roi nous avait parlé, que jamais la Ville n'avait écrit au Roi son
père qu'elle le soupçonnât en aucune manière du monde, et que par
conséquent nous ne savions pas davantage qui était l'inventeur de la
chose. Nous fûmes également chez Maître Jean Bureu pour l'informer de
la même manière. Il nous répliqua qu'il lui semblait se souvenir
d'avoir vu quelque lettre et entendu parler de quelque chose de
semblable à l'hôtel du Roi, mais qu'il ne s'en rappelait pas
nettement. Que toutefois il rapporterait au Roi ce que nous lui
disions. Depuis, nous trouvant ensemble en présence de Monseigneur
Boucicaut qui veut le bien et l'honneur de Monseigneur (le Cardinal de
Foix) et de la ville et de maître Pierre Robin, pour aviser à cela et
chercher si personne ne se rappelait rien à ce sujet. Monseigneur
Boucicaut et quelque autre d'entre eux rappela que le Roi mort envoya
à Avignon avertir et aviser Monseigneur (le Légat) et la ville qu'il
avait vent qu'on devait nous faire déplaisir et qu'il nous en donnait
avis et que si nous avions besoin de quelque chose il nous viendrait
en aide par gens et par tout ce que nous lui demanderions. Il nous est
aussi revenu en mémoire que la ville répondit au Roi en le remerciant
et que nous n'avions besoin ni de gens ni de rien autre et il nous
semble que jamais la ville n'a écrit autre chose au feu Roi. En sorte
que, s'ils ne sont pas contents de la réponse, que nous avons déjà
faite, nous leur dirons ce qui nous est revenu à la mémoire comme il
vient d'être dit. S'il paraît à Monseigneur (le Cardinal de Foix) et à
vous autres que nous ne devons dire autre chose ou faire d'autres
justifications soit par lettres, soit autrement, mandez-nous le et
nous fairons ainsi que vous commanderez. Adressez les lettres à la
Cour, car le Roi doit partir demain ou le jour d'après pour se diriger
sur Melun, de Melun à Amboise où sont les Reines en tirant à Tours;
nous suivrons pour être dépêchés le plus tôt possible. Monseigneur le
Légat répond également à Monseigneur le Cardinal (de Foix) et l'avise
de tout avec encore plus de détails, car lui a aujourd'hui parlé au
Roi en tête à tête et, comme je vous l'ai dit, avise Monseigneur de
tout ce que le Roi lui a dit vous pourrez le savoir par lui, ainsi que
par le porteur de la présente qui est au service de Monseigneur,
lequel sait tout et par lui vous serez pleinement informés de tout (!)
Monseigneur le Sénéchal de Provence n'est pas encore arrivé ici; je
crois qu'il attend le Roi sur la route parce que le bruit avait couru
que le Roi était parti huit jours avant. Nous ne voyons pas autre
chose à vous dire, que Notre Seigneur vous garde. Recommandez-nous
très humblement à la bonne grâce de Monseigneur (le Cardinal) et à mes
seigneurs les Conseillers.
Vos humbles serviteurs.
Allemand de Pazzis: Fr. Malespine,
Ecrit à Paris, le 15 de septembre (1462).
No XIV
_Lettre de Louis XI au Cardinal de Foix._
21 janvier 1464.
Cardinal de Foix, Tres cher et féal cousin, nous avons entant que
aucuns des habitans de la ville d'Avignon et autres tant des nacions
d'Alemaigne, Florence, Venise, Gennes, que autres, demourans et
habitans en la dicte ville d'Avignon, ont donné et donnent chacun jour
de grans pors et faveurs a ceulx de la ville de Barselonne et leur ont
envoyé et envoyent des vivres, artillerie et autres choses à eux
nécessaires. Et pour ce que nous tenons et repputons les dits de
Barselonne et leur aliez et adhérans et aussi tous ceulx qui les
avitaillent ne favorisent en aucune manière noz ennemis et
adversaires, nous vous prions bien affectueusement que vous vueilliés
ces choses remonstrer ou faire remonstrer aus dits habitans de la
dicte ville d'Avignon et autres des nacions dessus dites demourans en
icelle, en leur nottiffiant ou faisant notiffier que se ilz font le
contraire nous les réputons dès à présent noz ennemis et entendons de
procéder ou faire procéder à lencontre d'eulx ainsi quil appartient en
tel cas. Et affin quilz n'aient cause d'en prétendre aucune ignorance,
vous prions de rechief que les choses dessus dites faictes crier et
publier par cry publique et à son de trompe en nous faisant savoir
tout ce que aurez fait. Et vous nous ferés tres singulier et agréable
plaisir.
Doné à Castelno de Médoc le XXIe jour de janvier.
LOYS.
Binon.
(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.)
No XV
_Louis XI aux Consuls d'Avignon._
A nos tres chers et grans amys les Consulz, bourgoys, manans et
habitans de la ville et cité d'Avignon et de la Conté de Venisy.
Tres chers et grans amis, nostre très cher et très amé cousin le _duc
de Bourbon_ et d'Auvergne, nostre lieutenant et gouverneur en nostre
pais de Languedoc, nous a dit et remonstré que à vostre pourchaz,
instigacion et requeste le Recteur d'Avignon a puis naguères prins à
force et port d'armes les places d'Albignan et Auriol que paravant
tenoit nostre bien amé le sieur de Vergères, escuier d'escuerie de
nostre dit frère et cousin. Et pour ce que désirons les besongnes et
affères du dit sieur de Vergeres estre favorablement traictées tant en
faveur de ce qu'il est nostre serviteur et subgect du bon droit que
entendons quil a ès dites places que en contemplacion de nostre frère
et cousin qui sur ce nous a requiz, nous vous prions tres acertes et
sur touz les plaisirs que fére nous désirez que vous tenez la main
envers le dit Recteur auquel escripvons présentement de ceste matière
en manière quil soyt content de bailler et delivrer au dit escuyer la
joyssance des dictes places au moins jusques à ce que par justice ses
droitz et tiltres sur tout veuz et visitez aultrement en soit ordonné.
Et tellement faictes que le dit escuier cognoisse par effect noz
prières luy avoir prouffité envers vous. Et en ce faisant vous nouz
ferez tres singulier et agréable plaisir lequel recognoistrons envers
vous en pareil cas ou greigneur quant d'aucunes choses nous requerrez.
Donné à Chartres, le XXe jour de juing.
LOYS.
Toustain.
(Arch. municip., Origin., Boîte des Catalans.)
No XVI
_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._
26 août 1464.
Loys par la grace de Dieu, roy de France. Tres chiers et grans amis,
nous avons sceu la maladie de nostre chier et féal cousin le Cardinal
de Foix dont avons esté et sommes tres desplaisans; et pour ce qu'il
est à doubter que de la dicte maladie il voise de vie à trespas, nous
vous advertissons que se avez d'aucune chose afaire, en quoy nous
puissions pour vous employer, nous le ferons de très bon cueur, ainsi
que plus amplement nous avons chargié vous dire à nostre amé et féal
conseiller et maistre de nostre hostel Mombardon, porteur de ces
présentes. Si le vueillez croire de ce qu'il vous dira sur ce de
nostre part.
Donné à Nouyon le XXVIe jour d'aoust.
LOYS.
A noz tres chiers et grans amis les Consulz et gouverneurs de la ville
et cite d'Avignon.
(Arch. municip., Origin., B. 77, no 87, Cott. P.P.P.P.)
No XVII
_Lettre de Jean d'Armagnac, maréchal de Comminges, aux Consuls
d'Avignon._
22 décembre 1464.
A mes tres chiers et grans amys les viguier, consulz et autres
bourgeoiz, manans et habitans de la ville et cité d'Avignon.
Tres chiers et grans amys, je me recommande à vous tant comme je puis
et vous plaise savoir que aujourdhuy XXIIe jour du moys de décembre
sont venues nouvelles au Roy, que Dieu a fait son commandement de feu
Monseigneur le Cardinal de Foix, auquel Dieu par sa grâce face mercy
et pour vous advertir de son vouloir et intention, il envoye devers
vous le bailli des Montaignes du Daulphiné, son conseiller et
serviteur, pour vous dire et remonstrer aucunes choses de par luy et
si vous escript bien au long en vous priant que vueilliez avoir mon
frère l'arcevesque d'Auch pour recommandé au fait de la legation de
la ville et cité d'Avignon et gouvernement de la Conté de Venissy en
la forme, et manière que mon dict seigneur le Cardinal la tenoit. Et
pour ce, très chiers et grans amys, je vous prie et requiert que, pour
l'honneur du Roy et amour de mon dict frère et de moy, vous y
vueilliez aider et tenir la main en tout ce qu'il vous sera possible
tant envers Nostre Sainct Père que autrepart et en temps et lieu mon
dict frère et moy le recognoistrons envers vous tellement que par
raison en devrez estre contens. Car je vous certifie que je le faiz
plus pour le bien du Pays que pour le prouffit que j'en espère en
avoyr. Et pour vous donner le cas à entendre, le Roy a escript
d'autrefois au Pape en faveur depré Monseigneur de Foix, en luy priant
qu'il luy voulsist bailler le gouvernement après le trespas de mon
dict seigneur le Cardinal, mais il lui feist responce que pour riens
il ne luy bailleroit pour ce qu'il estoit mineur d'aage; et après
quant le Roy a veu la responce de nostre dict Sainct Père, il y a
escript en faveur de l'évesque de Genève, frère de la Royne, pour
lequel il luy a faict semblable responce et que pour riens n'y
commettroit l'un ne l'autre, mais il lui a bien fait savoir qu'il
advise quelque évesque ou arcevesque en son royaulme qui soit à son
gré et qu'il pourvoira cestuy là sans autre. Et pour celle cause le
Roy a envoyé, passé a six sepmaines, messire Jehan de Reillat, son
secretaire devers Nostre dict Sainct Père pour le supplier et requérir
qu'il luy plaist que à sa requeste, vueille pourveoir mon dict frère
de la dicte légation et gouvernement sans autre; et me semble que
c'est l'homme au monde que vous devriez mieulx vouloyr, veu que vous
cognoissez ses conditions et qu'il n'est pas homme malicieux pour
pourchasser aucun dommage au pays, ainsi que plus après pourrez estre
informez par le dict bailli des Montaignes, de l'entente du Roy avey
ensemble de la mienne. Si vous prie, tres chiers et grans amys, que le
vuelliez croire de tout ce qu'il vous dira, comme feriez à moy mesme
si je y estoye en personne. Et tousjours, si aucune chose vous plaist
que pour vous fere puisse, faictes le moy scavoir et je l'acompliray
de tres bon cuer. Au plaisir de Dieu qui, très chers et grans amys,
vous doint ce que désirez.
Escript à Tours le XXIIe jour de décembre.
Le tout vostre,
Le Conte de Commenge, mareschal de France, conseiller et premier
chambellan du Roy, lieutenant-général et gouverneur de par luy en
ses pays du Daulphiné et duchié de Guienne.
JEHAN.
(Origin., Arch. municip. d'Avignon, boîte 95, no 73.)
No XVIII
_Lettres patentes de Louis XI en faveur de Jules de la Rovère._
Lyon, 21 juin 1476.
Loys par la grace de Dieu roy de France à tous noz justiciers ou à
leurs lieutenants salut. Nostre tres chier et grant amy le cardinal de
Saint Pierre _ad Vincula_, nous a fait dire qu'il a esté adverty que
pour ce qu'il n'est natif de notre royaume, il ne peut bonnement tenir
selon les ordonnances royaulx sur ce faites, aucuns beneffices de
nostre royaume s'il n'est, quant à ce, de nous habilité; et pour ceste
cause il nous a humblement fait requerir noz grace et provision
convenables lui estre sur ce imparties. Savoir vous faisons que nous
inclinant libéralement et vouluntiers à sa requeste pour la grant et
singulière amour et amitié que avons à lui et en faveur de plusieurs
grans, louables et notables services dignes de recommandation qu'il
nous a faiz et espérons qu'il nous face au temps advenir, et afin
qu'il ait désormais mieulx les faiz et affaires de nous et des subgetz
de nostre royaume pour espécialement et singulierement recommandez et
qu'il ait beneffices en icellui, dont il se puisse plus honorablement
entretenir icellui cardinal, pour ces causes et autres à ce nous
mouvans, avons octroyé et octroyons, voulons et nous plaist de grace
espécial par ces présentes quil puisse et lui loise avoir, tenir et
posséder en notre dit royaume tous les beneffices dont il a esté et
sera justement et canoniquement pourveu en icellui, soient
archeveschez, éveschez, abbayes et autres dignitez et beneffices
quelzconques, quelz quilz soient et à quelque valeur et extimation
quilz puissent valoir et monter. Et quant à ce l'avons habilité et
habilitons de nostre dite grace espécial par ces dites presentes, non
obstant qu'il ne soit natif de nostre dit royaume et lesdites
ordonnances royaulx, et sans préjudice dicelles en autres choses et
quelz conques autres ordonnances, mandement ou deffences à ce
contraires, que ne voulons quant a ce lui nuyre ne préjudicier en
aucune manière. Et vous mandons et enjoignons et à chacun de vous sur
ce requis et comme à lui appartiendra que de nos présentz grace,
habilitation et octroy vous le faites souffrez et laissez joyr et user
pleinement et paisiblement, sans lui mettre ou donner ne souffrir
estre fait mis ou donné aucun destourbier ou empeschement au
contraire, lequel se fait mis ou donné lui avoit esté ou estoit si
l'ostez et mettez ou faites oster et mettre incontinent et sans délay
à plaine délivrance et au premier estat et deu. Car ainsi nous plaist
il et voulons estre fait. Donné à Lyon sur le Rosne, le XXIe jour de
juing l'an de grace mil CCCC soixante seze et de nostre regne le
quinziesme. Par le Roy.
NICOT.
(Copie extraite des minutes de Jean Robini, notaire à Avignon.)
No XIX
_Lettre de Louis XI au bâtard de Comminges._
A notre amé et féal cousin le maistre des ports (..........)
Bastard de Comminges.
Notre aimé et feal, nous avons sceu, par noz chiers et biens aimes
aliez, les Consuls et habitans de la cité d'Avignon que ung nommé
Bernard de Guerlandz avecques XV hommes de guerre tant à pied que
à cheval soy disant estre en notre service et sous umbre de nous
comme se à iceluy en eussions donné congié ou exprès mandement,
que desavouons expressement par ces présentes, de fait, par force
et violence cest mis avecques les dits gens dedans le Conté de
Venycy, prins places, tuez gens, violez femmes et filles pucelles,
bruler maisons, desrober marchans et faitz autres infinitz maulx,
dont sommes fort mal contens de luy et de ses dits complices. Et
pour ce que n'entendons aucunement la dite cité ne les habitans
d'icelle et dud. Conté, comme noz confédérés, aliez et devotz de
notre couronne, soient vexés ne opprimés en quelque maniere que ce
soit, meismement comme de terre de Saincte mère Esglise a cuy
nostre desir ne sache que servir, obéyr et complaire, et que aussi
en justice tous excès, violences, forces et autres maulx et
roberies ne se doibvent souffrir, vous mandons que veues ces
présentes sur tant que désirés nous complaire, que incontinent et
sans délay faictes vuyder le dit Bernard avecques ses dits
complices hors la dicte conté. A quoy vous donnons plain povoir et
mandement espécial par ces présentes, en réintégrant ou faisant
réintégrer ung chacung à votre povoir, selon debvoir et justice et
ce par toutes voyes deues et raisonnables, et se ilz ne vous
obéyssent incontinent se y procédez par main armée jusques ad ce
que la dicte Conté du tout en soit à pleine delivrance, et
tellement qu'ilz n'ayent plus cause den revenir plaintifs à nous.
Mandons et commandons a tous noz justiciers et officiers que en ce
faisant vous obéyssent et entendent. Et faictes, cessantz toutes
exqusations, quil n'y ait point de faulte, et que plus n'en oyons
parler.--Donné au Plesseys du parc les Tours, le 7e jour de
février.
LOYS.
Courtin.
(Arch. municip., Origin., série A.A.)
No XX
_Lettre de Baptyste de Béségat aux Consuls d'Avignon._
9 février 1479.
A Messieurs les Consuls d'Avignon.
Messieurs les Conseuls, de tout mon cuer à vous me recommande. Par
Guillaume présent porteur ay receu voz lettres, lequel ariva jeudi
au soir icy et pourceque le Roy estoit parti des Forges pour venir
au Plesseis du parc, la où il arriva vendredi au soir bien tart,
ne fut possible présenter vos lettres jusques à samedi à sa messe.
Et receu quil eut vos lettres m'apella et me demanda quelx gens
sont ce qui sont entres en la Conté de Venise. Je luy respondi:
Sire ce sont les Angloys qui ont passé par votre royaume qui
disoient aller au service des Florentins.--Lors me respondit que
c'estoient des trez (traits) de son compère Lyonnet de Medicy et
qu'il avoit fait faire tout cecy sans son sceu, dont il monstra
n'estre pas contant et me dist quil vouldroit garder ceulx
d'Avignon et du conté de Venisse comme ses propres subgets et
mieulx, se mieulx povoit. Et en effect dist quil vouloit que tous
ses officiers tant du Royaume que de Dalphiné vous donnassent tout
l'ayde et faveur que leur vouldriez demander pour leur faire
réparer les domaiges faitz, et faire vuyder hors de la terre de
l'Eglise, car il n'entendit oncques quils y entrassent ne feissent
nul dommaige et qu'il ne les vouloit soustenir en façon quelconque
et sur ce me dist quil avoit commandé à Monsieur Dubochaige et à
Monsieur le conte de Castres que toutes telles lettres que vous
seroient nécessaires vous fussent faictes et commanda au
secrétaire ainsi le faire. Et sur ce a esté poursuivy et fait la
response telle que vous verrez et comme il escrit au Séneschal de
Beaucaire et maistre des ports, lequel il fait commissaire pour
faire saillir le cappitaine hors de la terre de l'Eglise et en
faire telle raison comme en cas appartiendra, comme verrez par les
lettres qu'il luy escript.
L'expedition na pas esté si briesve comme je eusse bien voulu et
n'a pas tenu à solliciter, comme vous pourra dire le dit porteur,
qui a veu tout le demene et part ce matin IXe jour. Et si chose
voulez que pour vous faire puisse, mandez le moy pour l'acomplir à
layde Nostre Seigneur, qui vous donne ce que desirez.
Escript à Tours le dit IXe jour de février.
Le tout plus que votre
_Signé_: Batyte de BESEGAT?
Antoine Vela baille IIII écus à
Guillaume et ung autre écu au
secrétaire pour vos lettres.
Je vous envoye les lettres du
Roy sans cire affin que les lisiez
car il n'a point de coustume de
y mettre cire.
(Arch. municip., Original, série A.A.)
No XXI
_Lettre de Louis XI aux consuls et habitans d'Avignon._
7 septembre 1481?
A noz chers et bons amys les consolz, mannans et habitans de la
cité d'Avignon.
Tres chers et bons amis, nous avons sceu les grans excez faiz en la
personne de Tinteville par la cruelle et mauvaise torture que on luy a
donnée à diverses foiz par delà. Sans avoir regart quil feust notre
vassal et subgect et qui pis est vostre légat a fait pendre et noyer
plusieurs ses gens et autres gitter de la Roche au Rosne tres
deshonnestement sans avoir considéracion quilz feussent de notre
royaulme, dont sommes tres mal contens, délibérez de ne laisser pas la
chose ainsi. Et pour ce que ledit Tinteville est notre serviteur
désirons l'avoir. Et à ceste cause vous prions nous le envoyer. Et
quil ny ait point de faulte. Car si faulte y a, nous nous en prandrons
à vous par faczon que ny prendrez point de plaisir. Tres chers et bons
amis Notre Seigneur vous ait en sa sainte garde.
Donné au Plessis du parc le VIIe jour de septembre.
LOYS.
Gilberti.
(Origin., Arch. de la ville d'Avignon, série A.A.)
No XXII
_Lettre de Louis XI aux Consuls d'Avignon._
19 septembre 1481.
A noz chers et bons amys les consols gens de conseil manans et
habitans d'Avignon.
Tres chers et bons amys, nous avons receu vos lettres par lesquelles
vous excusez du fait de Tinteville, lequel, comme par autres vous
avons escript, veu quil est notre subgect et serviteur, voulons avoir,
vous advisant que si faulte y a nous en prendrons à vous de ceulx que
votre légat a fait pendre et noyer sans avoir regart qu'ils fussent de
notre reaulme. Nous savons bien ou nous en devons prendre.
Donné au Plessys du parc lez Tours le XIXe de septembre.
LOYS.
Gilberti.
(Arch. municip. de la ville d'Avignon, Origin., série A.A.)
TABLE DES MATIÈRES
PAGES.
PRÉFACE i à x
CHAPITRE PREMIER.--_Coup d'oeil rétrospectif sur les
relations de la Cour de France avec Avignon et le Comté
Venaissin pendant la première moitié du XVe siècle.--Charles
VI. Benoît XIII. Le schisme._--Caractère général des
relations de la Cour de France avec le Venaissin et l'État
d'Avignon pendant le règne de Charles VI et de Charles VII.
Comment les rois de France entendaient la juridiction
temporelle des papes sur ces États. Voyages princiers à
Avignon. Fondation du royal monastère des Célestins (1395);
privilèges accordés. Inviolabilité.--Premières assises de
l'autorité royale à Avignon.--Le schisme et Benoît XIII.
Situation des Avignonnais vis-à-vis du pape et des
cardinaux. Louis d'Orléans et les oncles du roi à Avignon.
Attitude et intervention de Charles VI: premier siège du
Palais (1398). GEOFFROY LE MEINGRE, dit BOUCICAUT. Son rôle
dans les événements militaires dont Avignon est le théâtre
(1398-1399).--Charles VI prend Benoît XIII sous sa
protection. Sa lettre aux consuls d'Avignon (22 avril 1401).
Il se fait le défenseur des cardinaux et des terres de
l'Église. Sa lettre au sire de Grignan (juin 1401).
Captivité et évasion de Benoît XIII (1400, mars 1403).
Traité de paix entre les cardinaux et le pape. Hommage des
Avignonnais à Benoît XIII (10 avril 1403). Retrait de la
soustraction d'obédience (30 juillet 1403).--Suite des
événements provoqués par les agissements de Benoît
XIII.--L'anti-pape et le maréchal de Boucicaut.--Inféodation
des villes du Comtat et prise de possession (mars 1408).--Le
second siège du Palais.--Rodrigues de Luna et les Catalans
(1410-1411).--Intervention de l'Université de
Paris.--Charles VI envoie des secours aux
Avignonnais.--Capitulation de la garnison catalane (27
novembre 1411). 1 à 41
CHAPITRE II.--_Charles VII._--_Les Boucicaut._--_Le Cardinal
de Foix._--Le dauphin Charles en 1419-1420.--Devenu roi il
ne cesse d'assurer de sa protection les États citramontains
du Saint-Siège.--Nouveaux agissements de Geoffroy le Meingre
(1426-1428).--La succession du maréchal.--Les routiers dans
le Venaissin et dans la vallée du Rhône.--Démêlés entre les
sujets du pape et Boucicaut.--Attitude de Charles VII
(janvier 1426).--Il protège les Avignonnais, tout en
appuyant les revendications de Champerons, seigneur de la
Porte (1428).--Situation des États de l'Église au moment de
l'ouverture du concile de Bâle.--Charles VII appuie
ouvertement Alphonse Carillo, cardinal de Saint-Eustache,
qui est le candidat du concile. Sa lettre aux Avignonnais
(1431).--Conflit entre le pape Eugène IV et les Avignonnais
à propos de la nomination de Marc Condulmaro.--Neutralité de
Charles VII (1432).--Le cardinal Pierre de Foix, légat du
Saint-Siège (avril 1432).--Triomphe de la politique
française.--Efforts de Charles VII pour amener la cessation
du schisme et la convocation d'un concile à Avignon pour
l'union des Grecs (1437) 42 à 71