EDUCATION SPARTIATE OFFICIELLE.

L'hygiène, si fort en honneur dans nos sociétés civilisées, serait-elle

à la veille de subir une réaction, inséparable de tous les engouements,

et, après le dix-neuvième siècle, qui a proclamé la toute-puissance

sociale de l'hygiène, le vingtième siècle va-t-il décréter que celle-ci

ne sert qu'à conserver les faibles et à peupler la terre de malingres,

au détriment des forts dont ils prennent les places? Il ne semblait pas

qu'un tel revirement fût à la veille de se produire.

Or, en Prusse, la Chambre des députés vient d'adopter un projet de loi

portant création d'un office spécial dénommé: _Office pour le bien

public_.

Ce titre ne dit pas grand'chose; mais le ministre de l'intérieur a

déclaré, à ce sujet, qu'il s'agit de ne plus s'occuper seulement

d'assister les malades, les faibles, les indigents, mais bien de ne pas

négliger les personnes en bonne santé. «L'avenir de notre pays, a-t-il

dit, consiste à créer une population forte au point de vue physique,

apte à endurer les rigueurs de la nature, capable de fournir un travail

effectif, et non point un peuple amolli et affaibli par l'application

des mesures d'hygiène.»

Il n'y a pas à s'y tromper: c'est bien la première bombe envoyée dans le

camp des hygiénistes. C'est bien la proclamation du retour à l'éducation

Spartiate, c'est-à-dire aux méthodes d'endurcissement qui tuent les

faibles et ne laissent subsister que les forts. Dans cette voie on peut

aller très loin, mais dans un sens tout opposé à celui où se sont

engagées les sciences médicales modernes.

L'Illustration, No. 3253, 1er Juillet 1905 · 第 37 / 45 题